LIVRE X. FABLE XII
J'achèverai mes jours loin du fatal objet *
Qui doit l'être un juste sujet De haine et de fureur. Je sais que la vengeance Est un morceau de roi ; car vous vivez en dieux.
Tu veux oublier cette offense; Je le crois : cependant il me faut, pour le mieux.
Inviter ta main et tes yeux.
Sire roi, mon ami, va-t'en; tu perds ta peine;
Ne me parle point de retour; J> absence est aussi bien un remède à la haine
Qu'un appareil * contre l'amour. »
Fable XII. — La lionne et l'ourse'.
Mère lionne avait perdu son faon^ :
Un chasseur l'avait pris. La pauvre infortunée Poussait un tel rugissement
Que toute la forêt était importunée.
La nuit ni son obscurité, Son silence et ses autres charmes',
De la reine des bois n'arrêtait les vacarmes:
Nul animal n'était du sommeil visité.
L'ourse enfin lui dit : « Ma commère.
Un mot sans plus: tous les enfants Qui sont passés entre vos dents, N'avaient-ils ni père ni mère®?
— Ils en avaient. — S'il est ainsi,
Et qu'aucun de leur mort n'ait nos têtes rompues -^ Si tant de mères se sont tues, Que ne vous taisez-vous aussi **?
— Moi, me taire? moi, malheureuse!
Ah ! j'ai perdu mon fds ! il me faudra traîner
Une vieillesse douloureuse.
l. Objet, tex. Ésope, s'il eût traité le sujet, se
i.Un appareil, tel quou ea fut .ans doute arrêté.sur ce Irait. ..nliano snr Ips hlpssures. ?^^'"^ ^e regrettons pas ce que La
applique sur les blessures.
Foniaine ajoute.