‹ Œuvres choisiesChapitre 399 sur 507 · LIVRE XI. — FABLE V 4i · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — FABLE V 4i

Des exemples de l'un el l'aulre *,

— Toute espèce, dit le docteur,

Et je commence parla nôtre, Toute profession s'estime dans son cœur,

Traite les autres d'ignorantes,

Les qualifie impertinentes * ; Et semblables discours qui ne nous coûtent rien. L'amour-propre, au rebours ^ fait qu'au degré suprême On porte ses pareils ; car c'est un bon moyen

De s'élever aussi soi-même.

De tout ce que dessus j'argumente * très bien Qu'ici-bas maint talent n'est que pure grimace. Cabale % et certain art de se faire valoir, Mieux su des ignorants que des gens de savoir.

L'autre jour, suivant à la trace Deux ânes qui, prenant tour à tour l'encensoir, Se louaient tour à tour, comme c'est la m^mière, J'ouïs que l'un des deux disait à son confrère : « Seigneur, trouvez-vous pas bien injuste et bien sot « L'homme, cet animal si parfait ? Il profane

« Notre auguste nom, traitant d'âne « Quiconque est ig-norant, d'esprit lourd, idiot:

« Il abuse encore d'iin mot, K Et traite notre rire et nos discours de braire. « Les humains sont plaisants de préteinirc exceller « Par-dessus nous! Non, non ; c'est à vous de parler,

« A leurs orateurs de se taire :

« Voilà les vrais braillards. Mais laissons là ces gens ;

« \''ous m'cniendez. je vous enlomis :

« Il suffit. Kl quant aux merveilles « Dont votre divin chant vient frapper les Qroiiîes, « Philomèle ® est, au prix ', novice dans cet art : « Vous surpassez Laml3ert^ » L'autre baudet r.'part : « Seigneur, j'admire en vous des qualités parc.iic^. >■

1. De l'un et l'autre. Du ridicule tre es arts frais émoiiln f)p 1* et de rinjiistice 3. Cabale. Manœuvre n'si

2. /m/;ér/inen/es. Sottement pré- meut dissimulée. — J'vu'is Le..., sonviitueuses. ouïr.

o. Au rebours. En sens con- •;. Philomèle. Le rossignol,

traire, cest-à-dire s'il sogit de nos 7. An prix. Lex.

pareils. 8. Lambert. Cii^anteur célèbr-î,

•i. J'argumenie. 11 parle en mai- mailre tic la chapelle du roi.

Ces ânes, non contents de s'être ainsi grattés *,

S'en iUlèrent dans les cités L'nn l'autre se prôner ; chacun d'eux croyait faire. En prisant ses pareils, une fort bonne aiVaire, Prétendant que l'honneur en reviendrait sur lui -.

» J'en connais beaucoup aujourd'hui, Non parmi les baudets, mais parmi les puissances Que le Ciel voulul mettre en de plus hauts dei^rés, Qui changeraient entre eux les simples Excellences ^

S'ils osaient, en des Majestés.

J'en dis peut-être plus qu'il ne tant, et suppose Que votre Majesté gardera le secret*.

Elle avait souhaité d'apprendre quelque trait

Qui lui fit voir, entre autre chose, L'amour-propre donnant du ridicule aux gens. L'injuste * aura son tour : il y faut plus de temps. » Ainsi parla ce singe. On ne m'a pas su dire S'il traita l'autre point ; car il est délicat; Et notre maitre es arts, qui n'était pas un fat *, Rejiardait ce lion comme un terrible sire.

Fable VL —Le loup et le renard \

Mais d'où vient qu'au renard Esope accorde un point', C'est d'exceller en tours pleins de matoiserie ^ ? J'en cherche la raison, et ne la trouve poinl. Quand le loup a besoin de défendre sa vie, Ou d'attaquer celle d'autrui.

N'en sait-il pas autant que lui ?

Je crois qu'il en sait plus ; et j'oserais peut-être Avec quelque raison contredire mon maître. Voici pourtant un cas où tout l'honneur échut A riiôte des terriers. Un soir il aperçut

1. Grattés. Allusion au dicton: 5. L'injuste. (Voir p. 419. note 1.) Asinds asinum fricaU <>• Un fat. Un sot.

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