DISCOURS A M"® DE LA SABLIERE
C'est peu que leurs conseils, si je ne sais les suivre Et qu'au moins vers ma fin je ne commence à vivre. Car je n'ai pas vécu; j'ai servi deux tyrans : Un vain bruit * et l'amour ont partag;é mes ans. 9o
Qu'est-ce que vivre, Iris? vous pouvez nous l'apprendre. Votre réponse est prête ; il me semble l'entendre : C'est jouir des vrais biens avec tranquillité, Faire usage du temps et de l'oisiveté, S'acquitter des honneurs dus à TÊlre suprême, 95
Renoncer aux Philis en faveur de soi-même*, Bannir le fol amour et les vœux impuissants, Gomme hydres ^ dans nos cœurs sans cesse renaissants.
La rechtîte du poète. — Le discours qu'on vient de lire a un duuljle caractère. C'est d'abord une confession publique où l'esprit du poète a presque autant de part que son âme : on y voit le Bonhomme s'exciter de son mieux à hi contiition, sans pousser, d'ailleurs, jusqu'au ferme propos. C'est aussi un hommag-3 de reconnaissance, que le cœur seul a inspiré.
Depuis 1680, M"» de la Sablière, devenue veuve, et ayant renoncé à tout« en faveur de soi-même », avait quitté son magnifique hôtel de Reuilly * {la Folie-F,amhouillel)ponr une habitation plus modeste de la rue Saint-Honoré. Elle réduisit son train ; c'est alors qu'elle dut prononcer le mot connu : « Je n'ai gardé avec moi que mes trois animaux, mon chien, mon chat et La Fontaine ^. » Bientôt sa conversion se fît plus rigoureuse ; M™' de la Sablière quitta le monde, pour se lixer au couvent des Incurah'es. La l'^ontaine continua d'habiter l'appartement de la rue Saint- tlonoré. Mais il était maintenant livré à lui-même: le volac/e s'échappait souvent au dehors.
Dès 1685, il retombait dans son néché littéraire. Sous ce litre : Ouvrages de prose et de poésie des Sieurs de Maucroix et de La Fontaine, sa part était de dix fables nouvelles, (plus tard rangées dans le livre XII;, accompagnées de Philénion et Bau-
1. Uv vain bruit. La gloire, 4. iîe»i7/y.Le hameau de îteuilly ou du moins la passion de l'es- est devenu le faubourg- Saiut-An- {.irae. toine.
2. En faveur de soi-même. Re- 5. On liii attribue un autre mot noncer à la tyrannie des folles sur La Fontaine : « le fabliér », amours pour rentrer en possession dont le sens est que La Foivlaine de soi-même. produit des fables comme un pom-