‹ Œuvres choisiesChapitre 43 sur 507 · Qui. Grammaire, pron. rclal. 3. Obole. Le · texte numérisé non relu

Qui. Grammaire, pron. rclal. 3. Obole. Le

t. Accommoder. Gratiûer. ♦• Aussi. Lex.

LA MH D ESOPE LE PHRYGIEN 'M

qu'il avait, ce que chacun d'eux devait porter pour la commodité du voyage fut départi selon leur emploi et selon leurs forces. Esope pria que Ton eût égard à sa taille; qu'il était nouveau venu, et devait être traité doucement. « Tu ne porteras rien, si tu veux, » lui repartirent ses camarades. Ésope 'se piqua d'honneur et voulut avoir sa charge comme les autres. On le laissa donc choisir. Il prit le panier au pain ; c'était le fardeau le plus pesant. Chacun crut qu'il l'avait fait ]onr bêtise ; mais dès la dînéc le panier fut entamé, et le Phrygien déchargé d'autant ; ainsi le soir, et de même le lendemain : de façon qu'au bout de deux jours il marchait à vide. Le bon sens et le raisonnement du personnage furent admirés. Quant au marchand, il se défit de tous ses esclayes, à la réserve d'un grammairien, d'un chantre et d'Esope, lesquels* il alla exposer en vente à Samos*. Avant que de les mener sur la place, il fît habiller les deux premiers le plus propreinent qu'il put, comme chacun farde sa marchandise. Esope, au contraire, ne fut vêtu que d'un sac, et placé entre ses deux compagnons, afin de leur donner lustre. Quelques acheteurs se présentèrent, entre autres un philosophe appelé Xantus. Il demanda au grammairien et au chantre ce qu'ils savaient faire. — « Tout, » reprirent-ils. Gela fit rire le Phrygien, on peut s'imaginer de quel air. Planude rapporte qu'il s'en fallut peu qu'on ne prît la fuite, tant il fit une effroyable grimace. Le marchand fit son chantre mille oboles, son grammairien trois mille; et, en cas que l'on achetât l'un des deux, il devait donner Esope par-dessus le marché. La cherté du grammairien et du chantre dégoûta Xantus, mais pour ne pas retourner chez soi ' sans avoir fait quelque emplette, ses disciples lui conseillèrent d'acheter ce petit bout d'homme qui avait ri de si bonne grâce : on en ferait un épouvantail ; il divertirait les gens par sa mine. Xantus se laissa persuader, et fit prix d'Ésope à soixante oboles. Il lui demanda, devant c[ue de * l'acheter, à quoi il lui serait propre, comme il l'avait demandé à

i. Lesquels. Grammaire, p/'on. 2. Soi. Gvammaire, pronom per-

relciL. sonnel.

t. Samos. Ile de la mer Egée. 4. Devant que de. Lex.

ôO LA FONTAINE

t;es en m a rnflt"J. l'isopc répondit : « A rien, » puisque les deux autres avaieiil tout retenu pour eux. Les (n^uimis (le la douane remirent * généreusement à Xajilus le sol pour livre, et lui en donnèrent quittance sans rien paver.

Xantus avait une femme de goût assez délicat, et à qui toutes sortes de gens ne plaisaient pas : si bien que de lui aller présenter sérieusement son nouvel esclave, il n'v avait pas d'ajiparence ^ à moins qu'il ne la voulût mettre en colère et se faire moquer de lui. Il jugea plus à propos d'en ' faire un sujet de plaisanterie, et alla dire au logis qu'il venait d'acheter un jeune esclave le plus beau du monde et le mieux fait. Sur cette nouvelle, les lilles qui servaient sa femme se pensèrent battre à qui l'aurait pour son serviteur ; mais elles furent bien étonnées quand le personnage parut. L'une se mit la main devant les yeux, l'autre s'enfuit, l'autre fit un cri. La maîtresse du logis dit que c'était pour la chasser qu'on lui amenait un tel monstre ; qu'il y avait longtemps que le philosophe se lassait d'elle. De parole en parole le dilFérend s'échaufTa, jusqu'à tel point que la femme demanda son bien et voulut se retirer chez ses parents. Xantus fit tant par sa patience, et Ksopeparson esprit, que les choses s'accommodèrent. On ne parla plus de s'en aller ; et peut-être que l'accoutumance elTaça à la fin une partie de la laitleur du nouvel esclave.

Je laisserai beaucoup de choses où * il fit paraître la vivacité de son esprit; car quoiqu'on puisse juger par là de son caractère, elles sont de trop peu de consé- (juence pour en informer la postérité. Voici seulement lin échantillon de son bon sens, et de l'ignorance de son maître. Celui-ci alla chez un jardinier se choisir lui-même une salade. Les herbes cueillies, le jardinier le pria de lui satisfaire l'esprit sur une difficulté qui regardait la philosophie aussi bien que le jardinage : c'est que les herbes qu'il plantait et qu'il cultivaitavec

1. /y'^-m/ren^elcLe <lispfns.n;nt ^. 7?n. Grammaire, prnn.adveV-

du paicriieiit de un sol par Tninc. hinux.

î. U'apitarençe. Dô vraiseiii- 4. Où. Grammaire, /)ronom«fl(/-»

blance. verbiaux.

LA Vil- d'Ésope le phrygien 81

un grand soin ne profitaient point, tout au contraire de celles que la terre produisait d'elle-même, sans culture ni amendement, Xantus rapporta le tout à la Providence,^ comme on a coutume de faire quand on est court ^ Esope se mit à rire; et ayant tiré son maître à part, il lui conseilla de dire à ce jardinier qu'il lui avait fait une réponse ainsi générale, parce que la question n'était pas dig-ne de lui ; il le laissait donc avec son g-arçon, qui assurément le satisferait. Xantus s'étant allé promener d'un autre côté du jardin, Ésope compara la terre à une femme qui, ayant des enfants d'un premier mari, en épouserait un second qui aurait aussi des enfants d'une autre femme ; sa nouvelle épouse ne manquerait pas de concevoir de l'aversion pour ceux-ci, et leur ôterait la nourriture, afin que les siens en profitassent. Il en était ainsi de la terre qui n'adoptait qu'avec peine les productions du travail et de la culture, et qui réservait toute sa tendresse et tous ses bienfaits pour les siennes seules: elle était marâtre des unes, et mère passionnée des autres. Le jardinier parut si content de cette raison, qu'il offrit à Ésope tout ce qui était dans son jardin.

Il arriva quelque temps après un grand différend entre le philosophe et sa femme. Le philosophe étant du festin, mit à part quelques friandises, et dit à Ésope : « Va porter ceci à ma bonne amie ». Ésope l'alia donner ^ à une petite chienne qui était les délices de son maître. Xantus.de retour, ne manqua pas de demander des nouvelles de son présent, et si on l'avait trouvé bon. Sa femme ne comprenait rien à ce lang-age ; on fit venir Esope pour l'éclaircir. Xantus, qui ne cherchait qu'un prétexte pour le faire battre, lui demanda s'il ne lui avait pas dit expressément : « Va-t'en porter de ma part ces friandises à ma bonne amie ». Ésope répondit là-dessus que la bonne amie n'était pas la femme, qui. pour la moindre parole, menaçait de faire un divorce : c'était la chienne, qui endurait tout, et qui revenait faire caresses après qu'on l'avait battue, Le

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