LIVRE XII. — FABLE III
Et Raton de prendre parti :
« Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle *,
D'insulter ainsi notre ami !
Le moineau du voisin viendra mang-er le nôtre ? Non, de par ^ tous les chats ! » Entrant lors ' au combat, Il croque l'étranger. « Vraiment, dit maître chat, Les moineaux ont un goût exquis et délicat ! » Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.
Quelle morale puis-je inférer * de ce fait ?
Sans cela, toute fable est un œuvre '" imparfait.
J'en crois voir quelques traits; mais leur ombre m'abuse.
Prince, vous les aurez incontinent trouvés :
Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma muse ;
Elle et ses sœurs n'ont pas l'esprit que vous avez.
Fable 111. — Du thésauriseur et du singe'.
Un homme accumulait. On sait que cette erreur
Va souvent jusqu'à la fureur '.
Celui-ci ne songeait** que ducats et pistoles. Quand ces biens sont oisifs, je tiens qu'ils sont frivoles.
Pour sûreté de son trésor.
Notre avare habitait un lieu dont Amphitrite ^ Défendait aux voleurs de toutes parts l'abord. Là, d'une volupté ^'^ selon moi fort petite, Et selon lui fort grande, il entassait toujours;
Il passait les nuits et les jours A compter, calculer, supputer sans relâche, Calculant, supputant, comptant comme à la tâche : Car il trouvait toujours du mécompte à son fait ". Un gros singe, plus sage, à mon sens, que son maître. Jetait quelque doublon " toujours par la fenêtre,
i. .Vous la vient donner belle. 8. Songeait, l^ex. Ducats. Lex,
Lex., beau. Pistoles, v. note 9, p. 320.