LIVRE PREMItR. — FABLE VIII
Fable VIII. - L'hirondelle et les petits oiseaux '.
Une hirondelle en ses vovages Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu
Peut avoir beaucoup retenu.
Celle-ci prévoyait jusqu'aux '^noindres orages,
Et devant ■ qu'ils lussent écîos,
Les annonçait au.\ matelots.
l\ arriva qu'au temps que ' la chanvre * ^e sème, Elle vit un manant' en couvrir maints sillons. « Ceci ne me plait pas, dit-elle aux oisillons; Je vous plains : car pour moi, dans ce péril extrême, Je saurai m'éloigner. ou vivre en quelque coin. ^'oyez-vous cette main qui par les airs chemine ^ 1
Un jour viendra, qui n'est pas loin, Que ■ ce qu'elle répand sera votre ruine. De là naitront engins à vous envelopper,
Et lacets pour vohs attraper.
Enfin mainte et mainte machine
Qui causera dans la saison
A^olre mort ou votre prison « ;
Gare la cag-e ou le chaudron !
C'est pourquoi, leur dit l'hirondelle,
Mangez ce g-rain, et croyez-moi. »
Les oiseaux se moquèrent d'elle :
Ils trouvaient aux champs trop de quoi '.
Quand la chènevière fut verte, L'hirondelle leur dit : « Arrachez brin k brin
Ce qu'a produit ce maudit g-rain ;
Ou soyez sûrs de votre perte.