LIVRE PREMIER. — FABLE IX
Fable IX. — Le rat de ville et le rat des champs '.
Autrefois le rat de ville Invita le rat des champs, D'une façon fort civile, A des reliefs d'ortolans *.
Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis.
Le rég-al fut fort honnête ^ :
Rien ne manquait au festin ; Mais quelqu'un troubla la fête Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit ;
Le rat de ville détale; - " '"
Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campag-ne aussitôt; Et le citadin de dire : .^-^-r--»^ « Achevons tout notre rôt *.— ^
— C'est assez, dit le rustique; Demain vous viendrez chez moi.
Ce n'est pas que je me pique ' De tous vos festins de roi;
Mais rien ne vient m'interrompre;
Je manye tout à loisir.
Adieu donc. Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre ® 1 »
l.Esope,297. — Hoiacc,SaMI,C. 3. Que je me pique. Que je me
ti Ortolan. Petit oiseau, d'un vante de donner de tels festins.
goût délicat. — Reliefs. Lex. G. La fable d'Horace offrait un
:L Honnête. Lex. premier tableau : chez le rut des
t. Rôt. « S'est dit pour repas champs, que La Fontaine a sup-
eii g'énéral ». (Littré) primé. Nous savions les pauvres