PREMIERE PARTIE
l'apprentissage poétique. — LE POÈTE DE VAUX. — LE POÈTE DES CONTES (1621-1668).
La ville natale. — Jjeande La Fontaine est ne k Château- Thierry, le 7 ou 8 juillet de Tàunée 1621. Sa famille avait de l'aisance.' La maison natale du poète subsiste encore : située entre cour et jardin, elle possédait une tourelle, aujourd'hui en partie détruite. C'était une demeure assez élégante, qui convenait bien à des bourgeois cossus.
Depuis deux générations, les La Fontaine étaient de père en fils maîtres particuliers des eaux et forêts ; ils se disaient < nobles hommes », qui est un nom pris souvent par les bons bourgeois des derniers siècles, et ils prétendaient même au titre
plus rpifvé flW)? y Pr.
Nous ne connaissons presque rien des premières années du poète. Sa mère, Françoise Pidoux. sera morte quand il se mariera, en 16i7 ; y aura-t-il longtemps? on l'ignore. Son père mourra beaucoup plus tard. Que doit l'enfant à ses parents ? nous ne le savons pas non plus. On se plaît à penser que sa tendre sensibilité est un peu l'œuvre de sa mère; que son père, le forestier, a dû l'emmener plus d'une fois avec lui dans ses tournées, que l'amour du poète pour les panv^ Ip's bois et la nature, a pu lui venii^J^^ ^^ P''"'e. et un peu sans doute aussi des gracieux paysages que la haute colline do Château-Thierry, la Marne qui en bai^rne le pied, et les forêts qui lui faisaient alors uiîc verdoyante ceinture, offraient à ses regards d'enfant.
Les études. — Où fit-il ses études ? peut-être à Reims, peut-être simplement dans sa ville natale, qui possédait un bon
collège. t:n tout cas, il fut condisciple de François de Maiicroix, de deux ou trois ans plus Agé ; Maucroix sera toujours son plus ii.li'K' ami; il lui survivra, en lui conservant un pieux et tendre souvenir.
A l'Oratoire. — La Fontaine va avoir vingt ans, vers quelle carrière se dirigera-t-ll? Soit complaisance et docilité, soit lïambée d'enthousiasme —l'un et l'autre lui sont naturels — on le voit prendre la direction pour laquelle il semble le moins fait: il entre au noviciat de l'Oratoire, établi rue Saint-Honoré. On n'a pas de peine à croire qu'il faisait un plaisant confrère : les poètes Foccupaient plus que les ouvrages de piété, et s'ij n'est pas certain que. lors d'un séjour à Juilly, il ait fait de sa fenêtre, au moyen de sa barrette attachée au bout d'une ficelle, la chasse aux poules qui picoraicjit dans la basse-cour du collège, on peut penser que la légende n est qu'à demi fausse, qu'il se passionnait pour tout, plus que pour les pieux exercices des bons Oratoriens. Il ne resta pas vingt mois dans la congrégatioa ; du moins il montra la route à son frère puîné, Claude, qui entra peu après lui à l'Oratoire.
Après cet essai de vie religieuse, La Fontaine, comme Boileau et Mi^lièrc, voulut tàter du droit; il nous reste un acte légal où il porte le titre d'avocat au Parlement. Mais il ne plaida qu'en vers : ce fut, d'ailleurs, pour des causes qui toutes honorent son cœur autant que son esprit : la défense de Fouquct {Ode au roi, 1G62>, le plaidoyer pour l'intelligence des animaux (i" Discours à M"" de la Sablière), l'éloge des anciens (Zspîfre à Haet). Ce sont bien là les plaidoiries qui conviennent à un homme pour lequel la poésie est l'unique affaire de la vie.
L'apprentissage poétique. — Si l'on ne saurait dire quand conmiença au juste, pour La Fontaine, l'apprentissage poétique, on peut suivre, du moins, les premiers tAtonnements de son goût. Une anecdote raconte qu'à vingt-deux ans « il ne se portait encore à rien, lorsqu'un ofiicier qui était à ChAteau- Thierry, en quartier d'hiver, lut devant lui par occasion » l'ode de Malherbe sur la mort de Henri IV. Transporté d'admiration, il lut sans désemparer t<jute l'œuvre du poète « et s'y attacha de telle sorte qu après avoir passé les nuits à l'apprendre parcœur, il allait le jour la déclamer dans les bois ». (D'Olivet, Histoire de VAcadémie.) L'anecdote peut n'être pas vraie de tous points, elle a un sens sérieux et comme une vérité symbolique. Chez un génie aussi impressionnable, le sens de la grande poési-: dut se déclarer ainsi, par illumination soudaine. Sans doute, ce n'est pas à tel jour, à telle heure, que La Fontaine se prit è