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L APPRENTISSAGE POETIQUE

aimer les poètes. Il les goûta d'instinct, ou, du moins, dés le premier éveil de son esprit. Mais nous le savons par sa propre confidence, son goût s'égara d'abord.

Je pris certain auteur autrefois pour mon maître : Il pensa me gâter.

Épilre à HueL {16S1).

Il est extrêmement probable qu'il s'agit ici de Voiture '. Ce gentil écrivain avait par ses qualités (et même par quelquesuns. de ses défauts) de quoi séduire notre apprenti poète. Qu'on y songe, ils offrent plus d'un trait commun. Par la légèreté, la vivacité de l'esprit, il y a déjà, en Voiture, un « papillon du Parnasse » ; tous deux ont une pente au galant ; ils sont, l'un et l'autre, ingénieux et badins. Mais l'abus, on dirait volontiers la manie de la bagatelle ; mais la sécheresse du cœur et le brillante de l'esprit, — voilà qui est de Voiture seul. Ces défauts, pourtant, sont de ceux qui se gagnent; si La Fontaine n'avait eu, comme il dit, les yeux dessillés, le Voiture qui était en lui, et qui y demeurera d'ailleurs isurtout jusqu'à l'époque de la chute de I^ouquet), aurait étouffé l'autre poète, le vrai l'humain, le grand, le poète de V Élégie de Vaux, des Fables, et de tant d'autres oeuvres charmantes.

Qui donc lui dessilla les yeux ? A l'en croire, ce fut Horace. Nous admettons volontiers qu'Horace fut pour beaucoup dans cette sorte de conversion poétique. On verra, à propos des fables, combien La Fontaine imite souvent Horace, et avec quel bonheur. Mais peut-être convient-il de ne pas voir dans

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