LIVRE PREMIER. FABLES XV ET XVI
Les dieux et leurs pareils ; de plus, que Melpomène* Souvent sans déroger trafique * de sa peine; Enfin, qu'on doit tenir notre art en quelque prix. Les grands se font honneur dès lors qu'ils nous font grâce ^ :
Jadis l'Olympe et le Parnasse
Etaient frères et bons amis.
Fables XV et XVI*.
La Mort et le malheureux.
La Mort et le bûcheron.
Un malheureux appelait tous les jours
La Mort à son secours.
« 0 Mort, lui disait-il, que tu me semblés belle ! Viens vite, viens finir ma fortune cruelle! » La Mort crut, en venant, l'obliger en effet. Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre. « Que vois-je? cria-t-il. ôtez-moi cet objet';
Qu'il est hideux I que sa rencontre
Me cause d'horreur et d'effroi !
N'approche pas, ô Mort! ô Mort, retire-toi! »
"^ Mécénas * fut un galant homme; Il a dit quelque part: « Qu'on me rende impotent. Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme Je vive, c'est assez, je suis plus que content. » •: Ne viens jamais, ô Alort ! on t'en dit tout autant.
«Ce sujet a été traité d'uae autre façon par Ésope, comme la fable suivante le fera voir. Je composai celle-ci pour une raison qui me conlrai-
1. Melpomène. Muse de la tragé- 3. Font grâce. Se montrent gragédie. nommée ici pour une muse cieux, reconnaissants, quelconque. 4. Fables réunies par La Fon-