DESCRIPTION DE LA CORNE D'ABONDANCE
PRESENTEE A UNE MOMMERIE.
Archeloys cest amoureux fleuve, Se faisant taureau mugissant, Contre Hercule au combat se treuve, Mais à son dam il fit espreuve De l'ennemy le plus puissant.
De cornes sa teste embellie
De l'une eut le front desarmé .
Les Naiades l'ont recueillie,
Et des plus beaux thresors remplie,
Dont le cours de l'an soit semé.
La sont les venneillettes roses, Des lys la royale blancheur, La les œillets, là sont encloses IVDlle raai-gnerites decloses A la matinale frescheur.
La est la pomme colorée, L'a est le citi'on verdissant, La l'olive tant honorée, La l'orange jaime dorée , La le beau grenad rougissant.
La riche pomme enluminée.
Pris de la plus belle des trois.
De ce cor ( * ) soit exterminée, Trop diue fut sa destinée.
Qui fut la mort de tant de Roys.
Celles par qui la Cyprienne D'Atalante tarda le cours, Soient dedans ceste corne mienne, Et face amour, qu'il m'en advienne Contre vous semblable secoiu-s.
Ces fleurs je voue a la plus belle.
Mon œil la voit, mon cœur la sent :
Mais je ne diray le nom d'elle.
Chacune se peut juger telle.
Puis qu'a toutes j'en fay présent.
(*) Cor, pour corne.
De mille autres icy cachées, Les champs de Cypre sont fournis :
Poui' vous y furent arrachées Celles qui sont du sang tachées D'Hyacinth', Narcisse, Adonis.
Venus qui cognoist vos mérites, En son verger les fit cueilhr Paf les mains de ses trois Carites :
Ses faveurs ne sont pas petites, Vueillez en gré les recueillir.
La riche corne florissante Je la compare a vos valeui's :
La fleiu des ans est périssante, Et puis la saison ravissante Pallist les vermeilles couleurs.
Les fniicts qui les beautés nourrissent Ne laissez en l'arbre sécher :
Cueillir les faut quand ils raeurissent, Aussi sans meurir ils flétrissent, S'on les veut trop verds arracher.
AUX DAMES AMEVINES
Plume, qui as d'une aile inusitée Depuis deux ans la France visitée, Chantant des Roy s les louanges a gré, Et l'arbre sainct a Minerve sacré, Baisse ton vol , razant la fresche rive Où près d'Angers le cours de Maine arrive.
Va saluer d'im son mélodieux
De mon Anjou les domestiques Dieux :
Qui m'ont souvent, de leurs manoirs sauvages,
Ouy chanter sur les prochains rivages
Le nom, qu'amour, de ma force vainqueur,
A érigé pour trophée en mon cœur.
Ne cerche point la tourbe murmiuante Des professeurs de sagesse ignorante ; Mon nom aussi, par la France loué, Ne quiert le bruit du palais enroué, Ne le sourcil trop superbe et severe Qui le pouvoir des Muses ne révère.
Le docte Dieu qiii inspire en mon cœur Du sainct ruisseau la féconde liquem-, Mon sort fatal, et mon Dieu domestique, Qui m'a voué au labeur poétique, Sçachant combien j'y prenais de saveur, M'ont destiné a plus douce faveur.
Va, plume, doncq voir les troupes divines Des Demi-Dieux et Nymphes Angevines, Où je seray ( peut être ) bien receu. Par ton moyen, quand la France aura sçeu Que leur hault bruit je fay sonner a Loyre, Qui ay chanté des grands princes la gloire.
Des envieux les plumes de corbeau ( * ) Ont mis l'hoimeur des Dames au tombeau, Sentant combien les grâces féminines Seraient en pris, si les plumes bénignes Les opposaient au tiltre ambitieux Dont nostre nom ( ** ) s'esleve jusqu'aux cieux.
De cygne donc la mienne blanchisssante Soit a lem' los ses ailes llecliissante, Mienne je dy, qui au dedans du corps Suis aussi blanc que le cygne dehors ; Aussi le Dieu qui ma fureur allume, Me fit jadis présent de ceste plume.
(*) Le Corbeau, pour avoir calomnié Coronis , amante d'Aiiollon, fut changé par celui-ci en oiseau noir, de blanc qu'il était.
('*) Notre nom, le nom d'homme , le sexe masculin.
Les doctes sœurs qiii parmy l'univers Feront voler vostre nom par mes vers, Tant que vivray, Dames bien fortunées, Seront par moy pour vous importunées, Qui feray bien, si j'en veux prendre esmoy, Vivre deux fois ensemble vous et moy.
Si vous eussiez de l'onde oblivieuse Tiré vos noms, que la parque envieuse Et nos escripts y ont fait devaller, Quel bruit poiu-rait au vostre s'égaler? Toute vertu des Grâces ignorée N'est longuement entre nous honorée.
Mais maintenant je voy le temps changer, Qui vous souloit sous sa force ranger, Puis que déjà commencent a vous plaire Les doctes vers, vous n'am^ez plus affaire, Pour vos honneurs rendre à jamais vivans, De mendier la main des escrivans.