‹ Œuvres choisiesChapitre 15 sur 35 · AU FLEUVE DE LOYRE · texte numérisé non relu

AU FLEUVE DE LOYRE

O ( de qui la vive course Prend sa bienheureuse source, D'ime argentine fontaine ; Qui d'une fuite lointaine, Te rends au sein fluctueux De l'Océan monstrueux ) Loyi'e, hausse ton chef ores Bien hault et bien hault encores, Et jette ton œil divin

Sur ce pays Angevin,

Le plus heureux et fertile.

Qu'autre oii ton onde distille.

Bien d'autres Dieux que toy, Père,

Daignent aimer ce repaire

A qui le ciel fut donneur

De toute grâce et bonheur.

Ceres, lorsque vagabonde Allait querant par le monde Sa fille dont possesseur Fut l'infernal ravisseur, De ses pas sacrez toucha Geste terre, et se coucha Lasse sur ton vert rivage, -Qui luy donna doux bruvage.

Et cekiy-lk, qui pour mère

Eut la cuisse de son père.

Le Dieu des Indes vainqueur

Arrousa de sa liqueur

Les monts , les vaulx et campaignes

De ce terroir que tu baignes.

Regarde, mon Fleuve, aussi Dedans ces forests icy, Qui leurs chevelures vives Haussent autoiu de tes rives.

Les Faunes aux pieds soudains, Qui après Bisches et Dains, Et Cerfs aux testes ramées.

Ont leius forces animées.

Regarde tes Nymphes belles A ces Demi-Dieux rebelles, Qui à grand'course les suyvent, Et si près d'elles arrivent, Qu'elles sentent bien souvent De leius haleines le vent.

Je voy déjà hors d'haleine Les pauvrettes qiii a. peine Pourront atteindre ton cours, Si tu ne leur fais secours .

Combien (pour les secourir) De fois t'a-t-on veu courir Tout fiuieux en la plaine ?

Trompant l'espoir et la peine De l'avare labom-eiu, Helas ! qui n'eust point d'horreur Blesser du soc sacrilège De tes Nymphes le collège, Collège, qui se recrée Dessus ta rive sacrée.

Nymphes des jardins fertiles, Hamadryades gentiles, Toy Priape, qui tant vauls Avecq ta lascive faux, Pales, qui sur ces rivages Possèdes tant beaux herbages, Que Flore va tapissant De mainte flem- d'eux yssant, Toy pasteur Amphiysien, Chacim de vous garde bien Ses richesses de l'injiue Du chauld et de la froidiue.

Ces masses laborieuses, Que les mains industrieuses Quasi égalent aux cieux, Ne sont-elles pas aux Dieux ?

Qui voudra doncq, loue et chante Tout ce dont l'Inde se vante, Sicile la fabuleuse, Ou bien l'Arabie heureuse.

Quant a nioy tant que ma lyre Voudra les chansons élire Que je luy commanderay, Mon Anjou je chanteray .

O mon Fleuve paternel.

Quand le donnir éternel , Fera tomber a l'envers

Celuy qui chante ces vers, Et que par les bras amis Mon corps bien près sera mis De quelque fontaine vive, Non gueres loing de ta rive.

Au moins sur ma froide cendre Fay quelques larmes descendre, Et soime mon bruit fameux A ton rivage escumeux.

N'oublie le nom de celle, Qui toute beauté excelle. Et ce qu'ay pour elle aussi Chanté sur ce bord icy.

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