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DIALOGUE D'UN AMOUREUX ET D'ECHO

Piteux écho, qiii erres en ce bois , Respons au son de ma dolente voix.

D'ovi ay-je peu ce grand mal concevoir, Qui m'oste ainsi de raison le devoir? De voir.

Qui est l'auteiu- de ces maulx avenus? Venus.

Comment en sont tous mes sens devenus ? Nuds .

Qu'estoy-je avant qu'entrer en ce passage ? Sage . Et maintenant, que sens-je en mon courage? Rage. Qu'est-ce qu'apner, et s'en plaindre souvent? Vent. Que suis-je doncq lors que mon cœur en fend? Enfant. Qui est la fin de prison si obscure? Cure.

Dy moy , quelle est celle pour qui j 'endure ? Dure. Sent-elle bien la douleur qui me poingt ? Point.

O que cela me vient bien mal a poinct. Me faut-il doncq (ô débile entreprise) Lascher ma proye avant que l'avoir prise? Si vault-il mieux avoir cœur moins haultain, Qu'ainsi languir sous espoir incertain.

AU SEIGNEUR ROBERT DE lA HAÏE,

POUR ESTRENE.

Ores, que l'an dispos, Qui tourne sans repos Par une mesme trace.

Nous figure en son rond Du Père au double front Et l'une et l'autre face : ( " )

Amy, pour toy je veux

En poetic[ues vœux

De la nouvelle année

Le jour solenniser,

A fin d'etemiser

Nostre amour nouveau-née.

Je t'offriroy les dons,

Qui fiuent les guerdons ( *** )

(*) ConBeiller au Parlement.

(»*) Il s'agit ici du premier jour de janvier; Janus de ses deux visages regardait à la fois l'année qui tinit et l'année qui commence.

(***) Guerdons; récompenses.

Des plus vaillans de Grèce Ou l'or malicieux, Qui tenteroit les yeux D'une chaste Lucrèce :

Je t'offriroy encor L'ambitieux thresor, Que le marchand avare Au plus près du matin Pille pour son butin Au rivage barbare.

Mais tant et tant de biens, Que je désire tiens, Ne sont en ma puissance :

Et l'avare soucy N'appovrit point aussi Ta riche suffisance.

Si ma main eust acquis Le savoir tant exquis D'un Lysippe ou Apelle, Tu devrois au pinceau, Au marbre et au ciseau Ta louange plus belle.

Je n'oubliroy icy Ton Sybilet aussi, ( * )

(*) Sybilet ( Thomas ), avocat au Parlement de Paris, auteur d'un art poétique contre le livre de Du Bellay VlUuslration de la Langue française , d'une traduction de l'Iphigénie d'Euripide et de beaucoup d'autres ouvrages .

Dont le docte artifice Nous rechante si bien Du Roy Mycénien Le triste sacrifice.

Mais la Muse et les Dieux Ne t'ont faict studieux D'ime peintiu-e morte, Et puis contre le temps En mes vers tu attens Une image plus forte.

Mais que dis-je en mes vers?

Les tiens, qui Tirnivers Rempliront de lem* gloire, Sur le marbre des cieux Engraveront trop mieux Le vif de ta mémoire.

Tes phaleuces tant doulx Qui coulent entre nous Mille grâces infuses De nous sont adorez, Pour estre redorez Du plus fin or des Muses.

Tu vivrois par les sons De plus haultes chansons,

Si je sçavois eslire L'inimitable voix, Que le grand Vandomois ( * ) Accorde siu- la lyre. -

Quels parfaits artisans N'ont bien donné dix ans Au rond de leur science?

Qui veult ravir le pris, Doit estre bien appris Par longue expérience.

(*) Pierre Ronsard.

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