‹ Œuvres choisiesChapitre 19 sur 35 · ODE PASTORALE · texte numérisé non relu

ODE PASTORALE

A BERTRAND BERGIER DE MONTEMBEOr, NATIF DE POICTIERS ( * ),

poêle ùedonniquebouffonnique (**).

Bergers coudiez a l'envers, A l'ombre des saules verds, Bergers, qui, au près des ondes Du Clain lentement fuyant, Arrestez le cours oyant De ses Nymphes vagabondes,

Desmanchez vos chalumeaux Et dictes a ces onneaux, A ces antres et fontaines :

JNf'escoutez plus nos chansons, Ny ces ruisseaux, ny leurs sons, Enfans des roches haultaines :

Mais oyez le son divin Du chalumeau Poictevin

(') Bergier de MorJembeuf ( Jacques ) , poitevin , florissalt au milieu du XVI.» siècle.

(**) Bcdonique , de bédon , (aniliourin. — Poète divine seulement d'être accompagné du tambourin.

Renouvelant la mémoire Du pasteur Sicilien, Et du grand Italien La vive et durable gloire.

N'a gueres nostre berger, Traversant d'un pie léger Le dos chenu des montaignes, Ramena les doctes Sœurs, Abreuvant de leius douceius Les Poictevines campaignes.

C'est luy, premier des bergers, Qui, dédaignant les dangers De l'envieuse ignorance, A ses vers osta le frein, Les faisant d'im libre train Galopper parmy la France.

Ses vers, de fureur guidez Comme fleuves débridez.

D'une audacieuse fuyte Nos campaignes vont foulant ; Mais les ruisseaux vont coulant Tousjours d'une mesme suyte.

O qu'ils ont tardé souvent Et les ondes et le vent, Quand les Nymphes Poictevines, Et les Dieux aux pieds de bouc Trepignoient dessoubs le joug De ses cadences divines !

Mais bien les troupeaux barbus Oyant des sommets herbus Ses aubades nompareilles, Ont faict mille et mille saults, Et les plus lourds animaux En ont cbauvy des oreilles.

Ainsi le grand Thracien, De son lue musicien Tiroit les pierres oyantes, Les fleuves esmerveillez, Et des cbesnes oreillez Les testes en bas ployantes.

Hemeux berger, désormais, Tu seras pour tous jamais, L'honneur des champs et des prées, L'honneur des petis ruisseaux, Des bois et des arbrisseaux, Et des fontaines sacrées,

Pom' sonner si bien tes vers, Sur les chaliuneaux divers, Dont la douceur esprouvée Aux oreilles de bon goust Coule plus doux que le moust De la première cuvée.

L'amour se nourrit de pleurs, Et les abeilles de fleurs :

Les prés ayment la rosée, Phœbiis ayme les neuf Sœiirs, Et nous aymons les douceius Dont ta Muse est arrousée.

Ores, ores il te fault, Avecq un style plus hault, Pousser la royale plainte, Jusqu'aux oreilles des Rois, Sacrant du pré Navarrois La fleiu nouvellement saincte.

Ainsi l'Arcadique dieu, Te favorise en tout lieu, Et tes brebis camusettes ; Ainsi a toy seulement Demoiue éternellement L'honneiu" des vieilles musettes.

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