‹ Œuvres choisiesChapitre 30 sur 35 · en\x · texte numérisé non relu

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Ayant après long désir Pris de ma doulce eimeniie Quelques arrhes du plaisir, Que sa rigueur me dénie,

Je t'offre ces beaux œillets.

Venus, je t'offre ces roses, Dont les boutons venneillets, Imitent les lèvres closes,

Que j'ay baisé par trois fois, Marchant tout beau dessoubs l'ombre De ce buisson que tu vois, Et n'ay sceu passer ce nombre.

Pour ce que la mère es toit Auprès de la, ce me semble.

Laquelle nous aguettoit :

De peur cncores j'en ticmble.

Or' je te donne des fleurs :

Mais si tu fais la rebelle, Autant piteuse a mes pleurs Comme à mes yeux elle est belle,

Un myrthe je dédier ay Dessus les rives de Loyre, Et sur l'escorce esciiray Ces quatre vers a ta gloire ;

Thenot sur ce bord icy, A Venus sacre et ordonne Ce myrthe, et luy donne aussi Ses troppeaux et sa personne.

ESTRENE D'UN TABIEAU.

Ce tableau tjue, pour t'estrener, Isabeau, je le veux donner, Au vif rapporte mon visage Autant qu'on vid oncques image.

Qu'ainsi soit, regarde, Isabeau, Comme je semble à mon tableau :

La couleur du portraict est blesmc, Et la mienne est tousjours de mesme :

Sans cœur il est, sans cœur je suis.

Je n'ay point eu de cœur, depuis Qu'amour, l'ostant de ma puissance.

Le mit soubs ton obéissance :

Il est muet, si suis-je moy, Quand je me trouve devant toy .

Bref qui nous void, voir il luy semble Deux amans ou tableaux ensemble.

Nous sommes differens d'impoinct, C'est qu'Amour ne le brusle poinct .

Et quand il sentiroit la flamme, ( Comme tout par ton œil s'enflamme)

Ainsi que de moy malheureux Son mal ne sera langoureux, Et les llanunes continuelles Ainsi n'ardront point ses moelles.

Au premier feu qu'il sentira, Soudain en cendres il ira.

VILLANËLLE.

En ce moys délicieux, Qu'amour toute chose incite Un chacun à qui mieux mieux, La doulceur du temps imite, Mais une rigueur despite Me fait pleurer mon malheur.

Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur.

Dedans vostre œil gracieux ToiUe douleur est escripte , Mais la doulceur de vos yeux En amertume est confite; Souvent la couleuvre habite Dessouhs une belle fleur.

Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur.

POÉSIES. 20o

Or puisque je deviens vieux y Et que rien ne me proufite, Désespéré d'avoir mieux, Je m'en iray rendre hermite ; Je m'en iray rendre hermite, Pour mieux pleurer mon malheur, Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur.

Mais si la faveiu* des Dieux Au bois vous avoit conduite, Oii , desperé d'avoir mieux, Je m'en iray rendre hermite :

Peut estre que ma poursuyte Vous feroit changer couleur.

Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ay ceste douleur

ËLËGIE D'AMOUB.

S'il m'en souvient, vous me distes un jour, En vous tenant quelque propos d'amour.

Que vous n'estiez de si léger courage Que de juger du cœur par le visage :

Qu'Amour si tost ne se peut enflammer.

Qu'il fault premier cognoistre que d'aymer, Et que hastif je voulois faire gerbe D'une moisson qui est encor en herbe.

Vos argumens sont fort a redoubter, Mais s'il vous plaist mes raisons escouter, Vous cognoistrez qu'h vaincre ils sont faciles, Et qu'ils ne sont ny Hectors ny Achilles.

Quant au premier, je ne veux soustenir

Que vous deviez pour oracle tenir

Tout ce qu'on dict, ny que ( soit vraye ou feincte ]

Dessus le front tousjours l'amoiu' soit pcincte.

(I Les cœurs hiiniains un labyrinthe sont, « Qui maints destours, maintes cacliettes ont, » Où l'on se perd, qui n'a le fil pour guide » D'un bon esprit, et jugement solide. »

Or avez-vous l'esprit si cler-voyant,

Que nul destour, tant soit-il fourvoyant.

Vos pas certains pourroit tromper , en sorte

Qu'ils n'ayent tousjours la raison pour escorte.

Vos yeux. Madame, ont pouvoir de percer

La nue espesse, et le ciel traverser :

Passer le roc, sonder le creux de l'onde.

Et voyager soidîs la terre profonde.

Qui poui'roit doncq empesclier leur vigueur

De pénétrer au plus profond d'un cœur.

Et la au vray descouvrir la pensée

D'un amoureux, s'elle est saine ou blessée ?

Quant est de moy, je ne pris oncq plaisir

A contrefaire un amoureux désir.

Comme ceux là qui ajinent par la plume.

Et sans aymer, font l'amour par coustume.

Je ne suis point si subtil artisan

Que de pouvoir, d'un parler courtisan,

D'mi faulx souspir et d'mie larme feincte

Monstrer dehors une amitié contraincte,

DissimiUant mon visage par art,

Car je ne suis ny Thuscan, ny Lombard.

Qu'Amour si tost en nos cœurs ne s'enflamme. Certainement je confesse, Madame,

Que qui de soy ne se peut enflammer, Le temps luy sert de beaucoup a aymer : Et n'a dict mal , qui dit qu'à sa naissance L'amour est faible et de peu de puissance. Mais il s'entend de ces froides amours Qui sont ainsi qu'on void un petit ours, Lequel n'est rien qu'une masse difforme, A qui sa mère en lecbant donne forme.

Le vray amour naist du premier regard.

Et ne veut poinct se façonner par art : Et c'est pourquoy ces moitiés séparées, Estant jadis par le monde égarées.

Se retrouvant si bien se rejoingnoient, Que jamais plus elles ne s'esloingnoient.

J'ay plusieurs poincts, que je pourrois induire

A ce propos, si je voulois déduire

Ce faict au long, et deraonstrer comment

L'amoiu- s'engendre en nous premièrement.

Quelle est sa fin, son essence et nature,

D'où vient souvent qu'on ayme a l'adventure

Un incognu, et ne sçait-on pourquoy.

Fors que l'on trouve en luy je ne sçay quoy.

Qui a l'aymer par force nous incite,

Comme le fer qui suit la calamité.

Je parlerois d'autres sortes d'amours,

Mais ce propos est de trop long discours ,

Et me suffit vous avoir faict cognoistre

Que par le temps mon amour ne peut croistre.

Quant a vouloir faire preuve de moy, Si vous vouliez pour gage de ma foy Ma propre vie, ayant receu tel gage Vous auriez faict h vous mesme dommage, Perdant en moy mi fidèle servant, Qui ne vous peut servir, s'il n'est vivant.

Je suis content d'endiuer mille peines.

Mille souspirs, mille complainctes vaines. Mille desdaings et refus rigoureux, Si autrement on n'est poinct amoureux : Mais s'il vous plaist imiter la clémence De cesluy Ta dont la bonté immense Ayant esgard à nostre infinnité Nous donne plus que n'avons mérité, Vous me ferez de vous mesme la gi-ace Que sans mérite envers vous je pourchasse : Sans qu'avec peine et longue passion J'aye vers vous moindre obligation, Comme j'aurois, et telle jouissance Ne seroit grâce, ains plus tost recompense.

Quant a voidoir en herbe moissonner Ce qu'en espic vous me pourriez domier Avecq le temps, si j'avois la science De le gaigner avecques patience.

Je ne voudrois qu'on me peust reprocher Que les fruicts verds je voulusse arracher, Ne que si fol ou si hastif je feusse. Que les saisons attendre je ne peusse :

2<0 i'OÎ:sjES.

Mais ne peut-on l'amour assaisonner Comme le fruict, cl par art luy donner Maturité, sans bien souvent attendre Si longuement, pour le trouver plus tendre, Que par le temps ou autre deffaveur Il ait perdu le goust et la saveur ?

Les fruicts d'amour sont de nature telle, Qu'ils plaisent plus en leur saison nouvelle Qu'en leur hyver, d'autant que leur verdeur Ne se meurit jamais par la froideur.

Et n'ont le goust ny la couleur si franche. Quand de soy mesme ils tombent de la branche.

L'amour, Madame, en mon affection

Est arrivée a sa perfection.

Et ne pourroit ny le temps ny l'usage

Y adjouter un seul poinct d'avantage.

Doncques pourquoy en sont les fruicts trop verds ?

Prenez le cas que cinq ou six hyvers

Soient ja passez, et qu'a vecq longue peine

Ils soient venus en accroissance pleine :

De les cueillir on me peut dispenser,

C'est le moyen pour l'amour avancer.

BAÏSER.

Sus, ma petite Colombelle,

Ma petite belle rebelle,

Qu'on me paye ce qu'on me doit :

Qu'autant de baysers on me donne.

Que le poète de Veromie

A sa Lesbie en demandoit.

Mais pomquoy te fay-je demande De si peu de baysers, friande.

Si Catulle en demande peu ?

Peu vrayment Catulle en désire, Et peu se peuvent-ils bien dire Puis que compter il les a peu.

De mille fleurs la belle Flore Les verdes rives ne coloie, Ceres de raille espics nouveaux Ne rend la carapaigne fertile, Et de mille raisins et mille Bacchus n'emplit pas ses tonneaux .

Autant doncq qiie de fleurs fleiu-issent, D'espics et de raisins meurissent, Autant de baysers donne-moy :

Autant je t'en rendray sur l'heure, A fin qu'ingrat je ne demeure De tant de baysers envers toy.

Mais sçais-tu quels baysers, mignonne?

Je ne veulx pas qu'on me les donne A la Françoise, et ne les veulx Tels que la Vierge chasseresse Venant de la chasse les laisse Prendre a son frère aux blonds cheveux :

Je les veulx à l'Italienne,

Et tels que l'Acidalienne ( * )

Les donne à Mars son amoureux :

Lors sera contente ma vie.

Et n'auray sur les Dieux envie,

Ny sur leur nectar savoureux.

(*) Nom donné à Vénus considérée comme déesse des soucis.

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