‹ Œuvres choisiesChapitre 29 sur 35 · AQ · texte numérisé non relu

AQ

Des grains de sel il y met d'avantage, Il y adjoute encores du fourni âge Dur et salé, et puis ces herbes la, Dont j'ay pai'lé, jette sur tout cela : Et puis dessoubs ses Rjnes hérissées De la main gauche a ses robbes troussées, De l'autre main il va pilant les aulx, Dont la senteur offense les nazeaux :

Le suc de l'un avec l'autre s'assemble, Le pilon tourne et brise tout ensemble.

Lors peu à peu cestuy perd sa valeur.

Et cestuy Ta : tous n'ont cpi'une couleur, Qui pour le blanc, n'est du tout verdissante, Ny pour le verd toute aussi blanchissante. Souvent Marsault, comme tout courroucé, Soufle, renifle et d'un nez retroussé Maudict ses aidx : souvent torche ses yeux Du bout des doigts, souvent tout furieux Va maugréant la vapeiu innocente.

Déjà se faict la matière plus lente Qu'auparavant : le pilon qui tenoit Dans le mortier, plus lentement tournoit.

Or' il y mesle mi peu d'ohf, et ores

Un petit fil de vinaigre, et encores

Remesle tout, et puis une autre fois

Le mesle encor : puis avecques deux doigts

Fhiablement le mortier environne,

Et en tourteau la matière façonne.

Voyla comment la saulse Ton faisoit, Qiii MORETUM en latin se disoit.

Calou soigneuse avecques la main nette En ce pendant tire aussi sa galette.

Ainsi ]Marsault, ne craignant plus la faim Pour ce jour là, se despesclie soudain, Prend son chappeau, ses guestres, et se rue Avec ses bœufs au faict de la charrue.

VŒUX RUSTIOUES

on LATIN MAUGERinS (^).

31 Cms.

Regarde, 6 Ceres la grande , Danser la ru»tic[iie bande Des laboureurs assemblez A la semence des bleds.

Fay que le grain ne pourrisse Par la pluie, et ne périsse Par rhy\-er trop avancé Le sillon ensemencé.

Que la malhem-euse avesne Ne foisomie sur la plaine, Ny toute autre herbe qui nuit Au grain dont yient le bon fniict .

(*) Andrû Navagero , noble Vénitien , orateur et poète , mort 15-29.

Qu'un fort vent nieslé de gresle Ne renverse pesle mesle Le blé sur terre haulsé De telle fureur blessé.

Que les oyseaux qui ravissent, Du fourment ne se nourrissent, Ny ces monstres d'animaulx Qni font par tout tant de niaulx.

Mais fay que le champ nous rende Avecq une usiu-e grande Les grains par nous enserrez Soubs les sillons labourez.

Ainsi sera, qu'on espanche Un plein pot de cresme blanche, El du miel délicieux Coulant avecques vin vieux.

Que l'hostie inviolée , Avant que d'estre immolée, Par trois fois d'un heureux tour Cerne ces bleds a l'entour.

C'est assez, moissons parfaictes Autres festes seront faictes, Et seront tes cheveux saincts D'espics couronnez et ceincts.

Wmx \>annmï ï^e Hé, anx Hents.

A vous, troppe légère, Qui d'aile passagère Par le monde volez, Et d'im sifflant murmure L'ombrageuse verdure Doulcement esbranlez :

J'offre ces violettes, Ces lis et ces fleurettes, Et ces roses icy.

Ces vermeillettes roses, Tout freschement ecloses.

Et ces œillets aussi.

De vostre doulce haleine Eventez ceste plaine.

Eventez ce séjour , Ce pendant que j'aliamie A mon bled que je vanne A la chaleur du jour.

% €ms , à iBa«l)us ei a ^aUs.

Ceres d'espics je couronne.

Ce pampre a Bacchus je donne,

Je donne a Pales la grande Deux pots de laict pour offrande A fin que Ceres la blonde Rende la plaine féconde, Bacchus h la vigne rie, Et Pales h la prairie.

Ôur le mesme subject.

De fleurs, d'espics, de pampre je couroune

Pales, Ceres , Bacchus , a fin qu'icy

Le pré, le champ et le terroy aussi

En fein, en grain, en vendange foisonne,

De chault, de gresle et de froid qui estonne L'herbe, Pespic, le sep, n'ayons soucy : Aux fleurs, aux grains, aux raisins adoulcy Soit le printemps, soit l'esté, soit l'automne.

Le bœuf, Poyseau, la chèvre ne dévore L'herbe, le blé, ny le bourgeon encore. Faucheurs, coupeurs, vendangeurs, louez doncqucs

Le pré, le champ, le vignoble Angevin : Granges, greniers, celliers on ne vid oncques Si pleins de fein, de fourment et de vin.

POKSIES. 197

l'un i3exQ(ï , a pan.

Robin par bois et canipaignes, Par boccaiges et montaigiies, Suivant naguère un taureau Egaré de son troppeau, D'un roc élevé regarde, Void une biche fuyarde, D'un dard la fait treluicher :

Trouve en l'antre d'iui rocher Les petits fanneaux qu'il doime A Jannette sa mignomie :

Puis fait a ses compaignons Un banqiiet d'aulx et d'oignons, Faisant courrir par la trouppe De vin d'Anjou mainte couppe.

Quant au reste, ô Dieu cornu, Au croc de ce pin cognu Pour ton offrande j'apporte La peau de la Biche morte.

Wnn ail)assfur.

Pan, des forests habitant l'espesseur, Pan, pied de bouc, Robinet ton chassem*, Accoustumé jadis de faire teste A la fiu^eiu' de mainte ficrc beste.

Et par lequel à cestii}^ pin sacré Tu vois encor, s'ils te viennent ^ gi'é, Les pieds des ours et les hures fendues Des vieux sangliers, pour offrande pendues: Ores vieillard, et d'aage tout vousté, De ce grand cerf, que luy-mesme a donté, Le bois encor il te sacre et ordomie, Digne présent d'une vieille personne, Bien que tel œuvre ait jadis eu Tlionneur D'estre avoué par le Thebain veneiu.

Reçoy-le doncq pour œuvre de jeunesse, Et ne le croy de moindre hardiesse.

D'un iDiflncron, o 6a«l)us.

Geste vigne tant utile, Vigne de raisnis fertile , Tousjours coustiuniere d'estre Fidèle aux vœux de son maistre, Ores qu'elle est bien fleurie. Te la consacre et dédie Thenot, vigneron d'icelle.

Fay doncq, Bacchus, que par elle Ne soit trompé de l'attente, Qu'il a d'une telle plante • Et que mon Anjou foisonne Par tout en vigne aussi bomic.

Nous deux Amans, qui d'un mcsmc courage Sommes unis en ce prochain village, Chaste Cypris, vouons h ton autel Avec le lis l'aniaranthe immortel .

Et c'est a fin cpie nostre amour soit telle Que Tamaranthe à la fleur immortelle :

Soit tousjours pure, et de telle blancheur, Que sont les hs et leurs pâlies frescheur. Et que nos cœurs mesme lien assemble.

Comme ces fleurs on void joinctes ensemble.

Wune U^mp\}ej h Wiane.

Une vierge chasseresse Pleurant de laisser les bois, Append icy son carquois.

Ses traicts, son arc et sa lessc.

Sa mère l'a condanmée A rompre son chaste vœu, La liant d'mi autre nœu Dessoid)s les lois d'HjTiienée.

Mais, ô fille de Latonne, Qu'encor reclamer je doy , Si c'est en despit de moy Que tes forcsts j'abandonne,

Autant qu'au bois favorable , Diane, tu m'as esté, Sois a ma nécessité, Lucine, autant secourable.

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