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De mAtne que la foadre ùAt tourner le lait le plus pur des métairies , Torage politique aigrit les persoupes les plus douces, les caractères les plus tranquilles ; il exaspère toutes les opinions qu*il met en présence, et c'est alors que la fureur des partis éclate de toutes parts.
Sans doute il est une classe d*individus sans res* sources, méconteus de leur sort, qui, ne voyant dans le trouble qu'une chance d'améliorer leur position, ne s'y opposent que faiblement, ou même cherchent à le propager. Toutefdis, cette catégorie est plutôt redoutable chez nous par son énergie que par sa force numérique ; elle serait bientôt comprimée si la foule immense de ceux qui n'ont qu'à perdre au dé* sordre, et auxquels je parle seuls maintenant, montraient avec vigueur leur volonté de maintenir la tranquillité : mais le bon citoyen perd à déplorer la discorde le temps qu'il pourrait employer à rétablir l'harmonie; il fait de la force au coin du feu, les pieds sur les chenets ; il conseille des jnesuras terribles en prenant son café; enfin, disons-le avec firanchise , il est peureux quelquefois , pour ne pas dire sowent; car comment expliquer autrement les déplorables excès de nos révolutions , excès commis en &ce de la nation entière, bien qu'un petit nombre de meneurs en fussent seuls les auteurs « et que la majorité les désapprouvât?
C'est que l'égoisme civique se montre alors dans sa nudité hideuse ; on s'efGarce à mettre sa personne il l'abri du danger, sans songer au salut d'autrui: on abandonne l'intérêt général pour son intérêt
particalier; on s'isole, on cherche une posHicm exceptionnelle fatvorable à sa sûreté ; et, divisés ainsi, les bons citoyens s'offrent sans défense compacte [à lenrs ennenns.
Si dans ces instans de terreor ils se rallient à lenrs magistrats, loin de tendre une main amie aux loyaux adversaires de leurs opinicms politiques, loin de leur dire: Oublions nos vidUes querelles, luttons ensemble contre un désordre qucmcundenous ne dé' sire^ et dont nous serions tous victimes , ils s'eflEorcent au contraire d'aigrir ceux qui ne sont pas à Tunisson de leurs vues politiques ; ils leur témoignent une méfiance outrée, ils prennent ce moment pour^leur reprocher des torts qu*ils exagèrent, ou même que la calomnie invente ; les évènemens sont exploités au profit d'une animosité que la circonstance enflamme, et voilà qu'on pousse au désespoir et à de coupaUes résolutions des gens incapables d'abord de vouIcht l'anarchie , et qu'un peu plus de mansuétude eût ramenés à la défense des intérêts commuas de la paUîe*
Puis de bas flatteurs du pouvoir viennent lui rapporter , en les amplifiant , les menaces ou les propos inconsidérés de quelques individus; on le jette ainsi dans des craintes exagérées, on le lance dans des voies de rigueur sans moti&, on lui offre un appui verbeux sans mérite , puisqu'on n'a pas un grand courage en brûlant d'affronter des dangers qu'on a inventés soi<-même, et en jurant d'anéantir des obstacles qu'on a imaginés.
Dans ces malheureuses circonstances , on base
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moins son civisme sur son attachement à Tétat que sur son envie d'incriminer ceux qui ont fait de Topposition. On se fait un mérite, non de penser bien, mais de penser autrement ou mieux que d'autres ; on veut prouver son amour pour nos magistrats en étalant sa haine pour ceux qui parfois leur fiirent opposés ; on attise de vieilles rancunes , on fomente d'anciens levains de discorde ; plus d'épanchemeiis, plus de confiance; on s'observe, on épluche les moindres paroles ; pas l'ombre de tolérance ; il s'établit une épouvantable dictature sur la pensée ; la discussion devient crime , et personne ne peut dévier de la ligne des opinions dominantes sans encourir le reproche banal de mauvais citoyen. Hélas ! que résulte-t-il de ce violent état de choses? loin de se rallier pour lutter contre les vrais fauteurs du désordre, des citoyens recommandables se divisent, s'irritent et emploient à se déchirer entre eux l'énergie qu'ils devraient mettre à réprimer le trouble et à repousser l'anarchie.
La cause première de la crise politique fût-elle tout à fait étrangère aux demandes de l'opposition parlementaire, comme aux abus signalés antérieurement par la presse, n'importe! tontes deux sont proclamées les sources uniques de la perturbation sociale ; car enfin il faut bien trouver quelque chose sur quoi décharger sa colère , épancher sa bile , et profiter de la circonstance, afin de noircir tout ce qui osa n'être pas sans cesse de l'avis du pouvoir ; dût-on même oublier qu'une émeute peut très -bien avoir lieu sans gazettes, et que la place publique en vit une
ESQUISSIS.
dans le temps heureux où Tumoceate Feuille dJçis pouvait aeule être accusée d avoir fait un appel aux passions et enflammé les esprits.
Et les renégats politiques « quel rôle odieux ne jouent-ils point dans ces tristes momens ! Pour faire croire au changement de leurs doctrines, ils les exagèrent; ils veulent anéantir t comme Mathan, le Dieu qu'ils ont quitté; ils appellent Tanathème sur les rangs qu'ils ont abandonnés ; ils abjurent, en criant, ce qu'ils appellent leurs erreurs ; ils se démènent en tout sens pour rendre leur conversation retentissante, leur repentir sonore , et pour que leurs vieux péchés leur soient remis. Ils se prétendent éclairés d'illuminations soudaines ; ils ont vu , à leur clarté, Tabime où ib allaient se précipiter , etc. , etc. ; et le pouvoir se sert de leur influence expirante dans le danger prétendu auquel ils cherchent à lui &ire croire , quitte à les abandonner après la crise au mépris du camp dont ils furent les vils transfuges. Misérables, qui ne trouveront nulle part ensuite des gens qui les veuillent pour alliés ou qui les redoutent comme adversaires, et qui, n'inspirant aucune confiance , seront également inhabiles pour propager le bien ou pour combattre le mal !
Ne voilà-t-il pas , ou à peu près , la politique bourgeoise en temps de crise? Ah! Genevois, serrons-nous les uns contre les autres pour braver un danger commun et conserver Tordre social auquel nous sommes tous intéressés ! ne nous présentons jamais désunis, aigris, bataillant les uns contre les autres ! en un mot , employ<Mis toute notre énergie
pour repousser ceux qui désirent le mal, mais non pour envenimer les intentions de ceux qui voient le bien ou le mieux ailleurs que nous ne le voyons nous-mêmes !