BÉNÉFICES DE LA LAIDEUR
S POUR UNS FEmiB.
Ces bénéfices ne sont pas de ceux qui sautent à Xodl; la réflexion seule les découvre, mais ils n*en sont pas moins réels. Essayer d'en prouver quelques-uns me paraît une tâche philanthropique ; c'est travailler à la consolation de beaucoup de femmes, c'est mériter leur reconnaissance : et, bien que peu d'entre elles croiront cet article fait pour les intéresser personnellement, j'aime à penser qu'au moins une ou deux dans Genève me sauront gré de l'avoir composé.
Une jeune fille , peu faivorisée de la nature sous le rapport physique, a moins de chances qu'une autre d'être gâtée par ses parens durant son ei^ Êince ; ils sont moins tentés de regarder ses dé£aiuts naissans comme des grâces du premier âgé ; la fran»chise et la vérité président aux conseils qu'on lui donne, aux remontrances qu'on lui fait; quelquefois même la dureté avec laquelle on en use â son égard l'habitue de bonne heure aux contrariétés qui l'at* tendent dans le monde, aux injustices auxquelles elle pourra être en butte, et la soustraient ainsi aux cruels mécomptes qu'on y éprouve trop souvent.
Arrivée à cette époque intéressante et délicate où elle peut prétendre à fixer le choix d'un époux, ce n'est point â sa figure qu'elle devra la recherche de sa main ; il y aura pour elle nécessité de plaire par des avantages plus solides et moins passagers;
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celui qui la distinguera dans la foule ne sera point un jeune éventé ne prisant que des agrémens extérieurs; il aura reconnu son mérite, et il me ^|inble plus flatteur pour une femme d'être appréciée pour ses talens qu'admirée pour ses attraits ; le choix que Ton fera d'elle supposera en même temps l'existence de ces talens et la raison de celui qui aura su leur rendre justice.
Ses actions, moins remarquées, échapperont aux malignes interprétations de la jalousie et de l'enVie ; elle évitera les dangereuses poursuites de ces hommes galans et perfides qui trouvent dans la Êiiblesse des femmes le triomphe de leur élégante fatuité ; les surveillans d'une jeune demoiselle peuvent être en défaut, sa vertu peut être ébranlée; mais la laideur est une sentinelle vigilante qui ne s'endort jamais et protège l'innocence.
L'homme qui aura eu la sagesse de prendre une épouse laide et aimable n'aura point à subir les caprices d'une jolie femme pendant qu'elle sera jeune, ni ses insupportables exigences quand elle sera vieille ; il la conservera sans cesse à peu près telle qu'elle était lorsqu'elle parvint à lui plaire par des vertus ou des qualités qui sont à l'abri de l'outrage des années; il n'aura pas deux femmes dans une : la première, qui aura peu dè temps à flatter son amourpropre par sa beauté , la seconde , qui aura longtemps à l'affliger par le spectacle de sa décrépitude croissante ; il n'aurait eu que quelques jours à voir la fraîcheur de son amante ; il sera toute une vie en &ce du bon caractère de sa compagne; et d'ailleurs
on sliabitue bien rite à Tai^éct des personnes avec lesquelles on se trouve « si disgracieux qu^il puisse être ; à plus forte raison doit*on se faire h la figure d'une femme de ttiërite qu^on estimé et qu^on chëritt S'il arrive qu'une femme soit bien convaincue de sa laideur (ce qui est rare, j'en conviens), quelle immense économie pour le mari ! le bti^t du mé-t nage ne sera point grevé de frais de toUétte qu'elle jugera non^seolement inutiles miais ridiculeSi Im^ plorera-t-elle sôn ëpbux pour oh^r d'un collierun cou noir, maigre, gôîtreux? pleur«ra^t-eMe poù^ avoir des bagues qui feraient saillir en relief unè main sèche? drapera-t-elle une taille suspecte d'étoffes qui lui attireraient maints quolibets? mettra-t^ll6 de larges et longs pieds dans ces brodequins char-< mans qui figurent pour de si grôsses somiâes dané . les totaux énormes des cordonniers? nonv femme laide et raisonnable est un trésor en pa-^ réil cas.
Quoi de plus affreux aussi pour une jolie femme que de sentir ses appas se ternir , ses grâces se &ner,^ de voir les égards , les attentions dont elle fut l'objet^ s'évanouir avec la cause fragilè qui lels motfvait ! Quoi de plus âcre , de plus poignant que ces remar^ ques d'une obligeance feinte, £aiites par les personnésr qui l'entourent : f^ous a^iz maigri, noirci, pâM; grossi! etc. Une femme laide évite ces observations^ assassines; elle ne lutte pas avec l'accablante date de sa naissance quand les années commencent à s'aù-^ cumuler' sur sa tète; elle ne donne point de nom^ breux et éclatans démeiftis au dësôlànt miHésimé