‹ Œuvres choisiesChapitre 67 sur 84 · SS · texte numérisé non relu

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d« âOD e&trait de baptême ; s^u contraire , sa laideur ae réfugie dans un âge avancé comme dans un fort où elle se trouve à Fabri , charmée qu'on puisse imputer au temps l'injustice d'une nature marâtre envers elle dès sa naissance.

Une femme laide s'occupe moins d'elle-même et plus des autres ; elle éi^rouve le besoin de se £adre des amis constans, tandis que la beauté n'ambitionne que de volages adorateurs. Chez une jolie femme ramour*pfo[Hre est plus en jeu; chez une laide, c'est le cœur qui demande davantage à être satisfait. La jolie croit que tout lui est dû, et n'apprécie que peu les meilleurs procédés ; la laide sent la plus légère prévenance, reconnaît le plus mince service, et en garde une vraie reconnaissance. En général, la jolie a moins de vertus que d'agrémens; la laide cherche surtout à briller par les qualités morales, qui seules peuvent la distinguer; la jolie plaît vite, la laide intéresse à la longue ; le sentiment qui vous porte vers Tune et qui vous éloigne de l'autre s'affaiblit également peu à peu, si bien qu'on est tout surpris un jour de ne plus se sentir attiré vers la première, ni repoussé par la seconde et qu'on est table rase avec toutes deux , prêt â rendre justice au mérite intrinsèque de chacune d'elles, sans être aucunement influencé par leur physique ; et^ dans ce cas, dites-moi, l'avantage n'est-il pas du côté de celle qui détruit par son amabilité des préventions fâcheuses, plutôt que du côté de la femme qui vçit s'évar nouir l'impression si favorable que ses d^rm^ avaient £adte au premier coup d'oeil?

Une jdie fenme compte trop aur des agrémeiia iugit^ pour plaire dans le monde ; elle néglige son* Tent des qualités et des talens que la laide acquiert et cultire comme sonlinique ressource. Or, qu*ar^ rive-t-il? ks feuilles de la rose se dessèchent, tandis que la verdure du lierre , moins brillante^ moins admirée au print^ps, brave les rigueurs de rhirer , et charme les regards loqgt^ps après que les fleurs ont disparu.

DES TOYAOES IMPRIBIÉS.

Youlez-Tous être auteur à bon compte, sans débourser beaucoup d'esprit, sans tous mettre en frais d^imagination, sans avoir de grandes connaissances, vite prenez une plume, de Tencre et la poste; courez les pays , puis étalez sor du papier ce que vous voyez, ce qui vous arrive et ce qu^on vous dit; assai* sonnez vos récits d'opinions plus tranchantes que motivées , de jugemens baroques portés à la volée « de contes saugrenus, d'exagérations piquantes : emmaillottez le tout dans un ou deux in-^cto/QO^ et vous voilà parvenu au titre d'auteur ! La recette, comme vous le voyez, est facile; les ingrédiens sont sous la main de chacun; bien fou donc qui se prive du plaisir d'accoudier d'un livre , pour peu qu'il lui en prenae la fantaisie. En vérité , vdlà comme scmt fiits les voyages du jour; leurs auteurs volent à la

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renommée eo chaise de poste ; pas plus fins que ça. Ces messieurs ne se donnent point la peine de vous décrire tant bien que mal le caractère , les mœurs, les coutumes des nations qu*ils visitent; tout cela nécessiterait quelques recherches, quelque séjour, <pielque travail ; or ils préfèrent vous initier dans des aventures d auberge , vous répéter les propos d*un si^melier^ les renseignemens d'un domestique de place ; et, si par hasard ils vont dinér chez un bourgeois d'une ville dans laquelle ils passent , ils généralisent les observations faites dans ce seul repas, voient la cité tout entière résumée dans leur amphitryon , et peignent la province d'après un seul individu : de là nombre de bévues, d'absurdités, de niaiseries débitées par eux sur notre pauvre ville de Genève, thème exploité avec tant de malheur et d'impertinence par un si grand nombre d'entre eux. Il faut convenir pourtant que les Français sont pa^ sés maîtres dans cet art si£atcile d'écrire des voyages; leur imagination vive et créatrice féconde le plus petit évènenïent, tire des conséquences interminables du fait en lui-même le plus in^gnifiant ; invente quand cela lui convient, enjolive et exagère presque toujours. Moyennant cette heureuse faculté, la tournée la plus aride s'embellit sous leur plume , et ib n'ont pas fait deux lieues hors des frontières de France , que les voilà en mesure d'i|»primer deux volumes.

Or on.conçoit pourtant ce que doivent être des ol^ servations faites quelquefois de la portière d'uoe berline, et quel degré de créance mériteot ces écrivains

EdQUISSSS.

nomades qui ne se dotioent lé temps que de <jiaii^ gtr der chevaax dams les Ikmc qu'ils décrivent, et qui en traçent un aperçu moral et statistique pendant qu'on donne Taroine.

D -autres fois ils font du slyle avec Taspect de nos vaUées, £iliriquent.du pathos avec nos glaciers,. af« fublent nos Alpes de phrases romantiques^ font cou* 1er leur ancre airec Teau de nos cascades « et rouler leor^style avec Vavalanche de nos montagnes* Puis ils s'imaginent qué la nature est au dessous de leurs tableaux, et que nos sites agrestes sont moins poéti* ques daqs la Suisse que dans leurs ouvrages. Ah ! que de tristes livres notre riante patrie n Vt-elle pas Cent ëelore I En vérité ^ si son. air pur guérit de plù<r sieurs maux, il est fâcheux qu'il ne fasse qu'accroître la manie de ces miséraUes écrivailleurs qui tour-* m^ent leur style presque autant que leurs lec^ tenrs, et qui ne trouvent rien de mieux à faire que de la prose prétentieuse et ridicule en £ice des su* bUmes tableaux offerts par nos contrées.

Il en est qui , voulant connaître les mœurs et le caractère d'un pays , les )ugent d'après la coterie dans laquelle ils ont donné tète baissée ; ils en épou^ sent les préjugés, en adoptent les ridicules manières de sentir; puis ils croient avoir tracé un portrait fidèle de la population en étalant aux yeux ta carier catore de la bizarre compagnie dans laquelle ils ont vécu parqués.

Vous en trouvez qui se font méchans pour occa* sionner quelque Ixniit. Dire du mal de tout le monde est^ suivant eux, un moyen assez sûr d*être lu par

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chacun. U eo est qui se prétendent fous des beaux* arts , qtd vont se camper devant tableaux , statues, monumens ; passent en revue le tout « et vous assas^ sinent de leur enthousiasme furibond et de leur cri* tique acérée: car, à moins d'avoir fait la même tournée qu'eux , vous ne pouvez appréder ni kurs louanges ni leurs reproches.

Je ne vous ai rien dit encore de ceux qui font un voyage avec des voyages, qui courent la poste dans leur chambre , et décrivent impudemment des lieux où ils n'ont jamais mis le pied ; celte espèce est devenue rare de nos jours , et j'en suis presque âché» car ces messieurs, exempts des périls d'une route, des frais d'une voiture, et des ennuis inséparables d'un long pèlerinage , envisageaient les choses sous un point de vue toujours riant; ils avaient une bonne humeur communicative, et il me souviendra longtemps du charme que j'éprouvai dans mon tn* fanoe à lire les courses de Levaillant £adtes de pied ferme en Afrique, et qu'il composa au cap de Boane^ Espérance ; ses campemens délicieux si Inen gravés sur acier, sa Mérina, jeune Gonaquoise si pleine de candeur, ses chasses prodigieuses, tout cela m'enchantait, et ce n'est pas sans un vif chagrin que j'ai àppris depuis que le digne homme n^ayait rapporté de réel en Europe que la peau d'une girafe , et celle du plus aimable nienteur que voyageur revêtit onc«

Il est toutefois un côté magnifique au titre du t;o^a^iir lorsqu'il est-bien constaté, et que plusieurs de ses ouvrages lui ont acquis une juste réputation; car alors il ne peut passer nulle part sans que sra

nom le recommande et le Ëisse choyer; chacun désire raccompagner dana ses excorikma, Tinviter à sa table , le recevoir dans son salon , certain que de semblables prévenances porteront leurs fruits, qu'on sera dté dans un prochain volume « et qu'on marchera à la conquête d'un peu de renommée par les périodes louangeuses de son hôte; les magistrats da tous les pays le recherchent comme un fortimé parrain qui pourra baptiser leur adnîinistration do beau nom de patemelk; les directeurs des* musées, ks bibliothécaires, les présidens de corps, sont pour lui afiables et sourians; on se le dispute, on se Tarrache; on veut une place dans ses souvenirs, une mention dans ses chapitres , ou une ligne dads ses pages. Comme le chef de la catholicité , il tra-* verse des populations prosternées devant lui, et il n*est pas d'aubergiste qui ne brigue sa bénédiction i plus il dispense d'éloges plus il économise d'argent ; on l'ignore aux tables d'h6te , son couvort est mis dans les meilleures maisons ; le logement qu'on offre sa personne est échangé contre l'asile flatteur qu*il accorde i un nom dans un petit paragraphe de son livre; sa plume est un talisman qui commande la bienveillance , une clé des coeurs , une baguette d*Armide qui n'improvise pas des châteaux , mai^ qui en procure l'entrée. D'honneur, je crois que je finirai par écrire des voyages.

^ xaqfuisiBft.

QtJBLQlJES ORIGINAUX.

S'il n'y a que la parole qui ppus distiQgiie de4 animaux , il £aut cpQTenir que, be^ucpup de gêna n^ •'en distinguent que iaiblement par ce n^yen; il9 gagneraient plutôt à ne pas en faire usage, p^isq^'on resterait, sur leur intelligence, dans un doute qu'i) n'est poiot avanjtageMi^. pour eux .^e dissiper*. Lai bouche qu'il» ouyrent est comme lorifice d uo §aG 4e sottises, avec cette 4iff^i*^nce, pp^rta^t| qu'up.saq «0 TÎde, tandis que leur provision. d'ab$i4r4it^ ^ inépuisable » et rappelle l'huile de la veuve 4^ v^ta* On est vrainient 3urpfis de ce qu'ijs peuvent en débiter dans uq j^ur et de ce qu*ils ont en-t C^ore en réserve pour.le lendemain* Contrairemçi^ au tonnea^i des Danmdes, qui ne pouyait se reniplir d'eau « eyx ne peuvent se dégonfler de niaiseries ; ç'est un. assortiment qui se recomplète merveiUeusèment avec la circulation du sang , l'alipientatiozii et touf, les autres ^idn^irables phénomènes qui copstituent notre; existenpe. „ . • .

, Je laisse ces messieurs tranquilles pour,^ ifip* ment ; ce n'est point du fond même de la conver^tion, c'est de sa forme que je veux parler, enpa^sai^t en revue ççrtains originaux que . c^^cpn de mes lecteurs peut avoir rencontrés ce matin ,. ou qu'^^|elI^ contrera ce soir.

Orator se présente d'abord à nous. Sa contenance, sa figure, son geste, sa parole, tout est grave chez lui ; il parle avec la même prétention qu'un député à la tribune ; il dit les moindres choses avec

empha3e ; ça plad&ïQtarie même esit en rci^e nçîre^ ^ aU^re^se ^pr Tair d uo jde profundis ; o^ dirait Alors d^ Dëmoi^èpe tenaiit les propos d'Arlequin, jet ^ Toix €Ten9e cayerneuse s'inionne de votrè santé du Aiêpre tpp qi^e Cicëron disait : Qvousque (andem CatUina, etc. .

Bison, au contraire, sourit en vous rencQfitraQtf ppurit qoaad vo<;is parl^a^, sourit quand il ypus parle, jenyeloppe une fâcheuse nouvelle daps un souxirÇ;, ver sdit que rire, en uq mot^ sans qu^ rien motivç 4^n,aUégresse dans çe qu'il tous adresse. ni dans ce qfje TOUS hii ^répqnàez. Ce rire continuel , qui irise la folie, est loin d'être comoiunicatif. : ^

, Phabuk n a j^imais le nçiot propre, à son sepice» tous ses, auditeurs le trouTenlj aTant li4 ; il iitfiunp en le ; cherchant; et, désespérant parfois de le renr çpotrer « il se plopg^ dans un océan de périphrases, flie noie dan^ des circonlocutions, et s'obstine à T0119 dire d'une manière obscure, en une heure et en cept phrases I ce que tous aTex compris. tQutd'abprd , en dépit de son embarras, et ce qu'un autre aurait dit clairement en deux loinutes et que^ue.mots*

Prççuste ne Toys laissa achevei: aucune phrdse coimnencée : il coupe en deyx tos raisonnemeus» i^ Tops arrête court au miUeu d'un mot ; tous n arrir T^ jamais aTec lui à un sens complet ; que lui imn pQi:te [ il a Traiment bien autre chose, à faire qu'à TOUS écouter i il réfléchit à çe qu'il rient de dire, ili y cherc))e une continuation « et , dès qu'il Ta trou- Tée, il part comme un trait, sans s'embarrasser^ ce que tous dites Tous-même ; tous ne changez pas le moins du mondf le cours de seS: idées , , c'est un

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torrent qui vous emporte ; il fâit avec vods un monologue à deux; que vos oreilles s'outrent salement pour Touîr , il se soucie peu que votre Bouche lui réponde ; écouter est un talent qui lui manque , mais |>arler est une faculté qu^il possède à double. Lail^ sez-le donc faire , il parlera fort bien pour vous et pour lui»

Sautilkt est le papillon de la conversation ; 9 voltige de sujet en sujet , glissant seulement sur dba^ cun d'eux , sans s'arrêter nulle part ; l'attention se £aitigue à le suivre , la pensée s'essouffle à lui courir après; vous ne sauriez marcher à ses côtés , mais le talonner» en vous précipitant sur ses traces, est tout ce que vous pouvez raisonnablement espérer. Vous lui répondez en dièze qu'il est déjà passé ett bémol; vous êtes encore à la chanson qu'il se trouve en pleine élégie , et vous riez d'un lazzi qui lui est échappé qu'il pleure déjà d'une pensée triste qui tra* verse sa cervelle en galopant.

Contrecarro est un spadassin loquace ; il vous attend à l'embranchement de deux phrases, dansFonn bre d'une période, pour se jeter sur vous armé d'ar^ gumens et vous prouver que vous avez tort; il ne peut être de l'avis de quelqu'un : il lui est obligatoire de se chamailler avec tout le monde ; il pousse des bottes à droite , ramasse au demi-cercle les raisonnemens de gauche , tient tête à toute une aâGMfm<blée acculée contre son obstination, et n'est jamais plus fier et plus heureux qu'alors que , de guerre lasse , on lui cède le champ de bataille , ce qui ar^ rive souvent.

Miêllet est tout l'opposé de l'original ci-dessus:

loi , m rebours, approuve tout ce que tous dites; ks négatiaûs manquent dans son Tocabuiaire; il entre de plein saut dans votre nunière de voir , ' Vé* povse , la caresse , lui sourit , ne lui oppose jamais le moindre obstacle ^ mais s'efface pour la laiss<|sr passer ; vous lui diriez, je crois* quUest une bête, qu'il vous répondrait gracieusement : // k foiut bien, puisque vous Rassurez.

Fauxsens est un type plus rare; il prétend devmer ce que vous allez dire ; il achève vos discours en leur donnant un sens inverse à celui que vous aviez en vue ; avec lui ^ les colloques se passent i redresser les interprétations erronées quil fsdtdes prenners mots de chacune de vos phrases» qu il ne TOUS laisse pdnt terminer. En vain il voit qa^il n'est pas heureux dans la qualité de devineor qu'il s'ap^ proprie, il a la rage de continuer sans cesse; il arrête votre parole , et , la prenant comme par la bride, il la mène malgré vous où elle ne voulait point se diriger : vous la reconduisez à grand'peine sur la route commencée , mais lui la faut dévier de nou^ veau, en sorte que la conversation se passe avec lui en tiraiUemens continuels.

Distratto a l'air de vous écouter , mais il ne vous ortend seulement pas; il réfléchit, d'acc<H:d, mats nullement à ce dont vous l'entretenez ; il a l'œil fixe, l'air hébété , il vous regarde même , puis de t^oops en temps il pousse à tout hasard quelques monosyl* labes pour constater qu'il est encore là , et pour que vous continuiez la conversation sans qu'il loi de^ vienne nécessaire d'y prendre part; ces petits mots ressemUent aux picotins d'avoine qui remettoit^ti

coursier en haleine, on aux coaps.de fetetfoifônt tourner la toupie. Vous alltt donc votre train , mais TOUS argumentez dans le vide, et votre parole re^ teotit comme la sonnette d*un af^rtement inocr cupë ; elle ne provoque Tattttitioà de personne.

QUELQUES HONOMANIES. '

S'il est des monomanies respectables , il en est encore plus de ridicules, et c- est par la peinture de quelques-unes de ces dernières que )e voudrais ti-* cher d'égayer , si possible, ceux4À mêmes qui €o soDt atteints.

Mercante a reçu de l'instruction ; il aurait pu se rendre aimable s'il avait voulu s'en ^Miner la peine ; mais, sur le point de Ëdre usage de son na^ turel et de ses connaissances, il s'est enfoui dans un comptoir, où la soif âcre du gain s'est emparëè de lui; le goût des lettres a fait place à celui de l'agio, les changes sont devenus ses muses , la Bourse son Parnasse, Plutus son Apollon 4 Tamour de l'or a tracé autour de lui un cerde que ne firanchissèot [dus la saillie et l'enjouement ; il est enterré dans ses i^éculations , il reste insensible â tout ce qui n'est pas hausse on baisse dans les fonds; il n'y a pkis pour lui d'arts, de sciences, de littérature ; Âr^^ chimède même ne pourrait inventer une machine assez forte pour l'extraire dç la mare de caiculs^où il s'est embourbé; st vous vous promenez kvec lui «

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et que tous cherchiess à TémoaToir par le spectacle ravissait d'un beau jour de printemps, il restera sourd et muet ; puis , tout à coup , rencontrant un collègue banquier: Ah! moucher, lui dira-*t-il, Uy a une heure que je songe à notre affaire..^ Et cette heure sera juste celle que vous aurez perdue à lui fsjiev nature, fleurs, dsenux, etc», etc., langage qui, pour lui , a ët^ du sanscrit.

Probet est le meilleur et le plus ennuyeux des hommes ; il affiche sa probité dans tous ses discours ; il placarde son désintéressement dans ses paroles^ il passe une moitié de sa yie à faire d'honorable^ actions, et l'autre moitié à les publier ; il s'est coqsrtitué l'Homère de la vertueuse, épopée qui compose sa vie; on se lasse à l'entendre s'étiqueter le Juste; c'est Y Aristide du commerce. U vous dira pourquoi il a chassé tel commis, pourquoi il a pris tel autre, comment il se conduit noblement avec eux, quel ardent amour il leur a inspiré , surtout quel cas on fait de sa personne à l'étranger ; et , pour vous le {NTouver, il vous racontera ses voyages ; il vous traînera à sa suite aux Indes, dans le Levant, en Amérique, partout enfin, et sans cesse il vous démontrera que la loyauté , l'honneur , l'équité , la consir dération , montent avec lui en chaise de poste , eç diligence,; en patàche, en traîneau, et ne le quittent jamais. Ah! ]^ sa^nt personnage! pourquoi le comr merce ne peut-il canoniser les gens comme l'église ! on verrat, dans un tableau , Probet entouré d'une ailréple de gloire, dont chaque rayon représenterait l'une de ses qualités: mais, pour être vrai^ le.peintrç

UO WBqVfSÊMS.

Tentoiirerait aussi de tous ses amis, bâillant ou ddrmant au monotone mutmure du continuel récit qu'il fait de ses Tertus et de ses bonnes actions*

/ Blaguet a servi six mois Napoléon comme sol*> dat. A Tentendre, il a vieilli dans les camps et passé son existence entière sous les tentes ; c'est un gto^ ^nord qui rattache toute la gloire militais 4es Français à la seule campagne où il s'est rencontré, et tous les périls les plus terribles à Tunique bataille où il se garde bien de dire qu'il se trouvait en réserve; il a le talent de conduire les conversations sur le terrain de sa bataille , il en parle comme s'il l'eût gagnée, ou à peu près; il se mêle à tous les mouvemens décisifs , nomme tous les chefs qui servaient presque sous lui , se trouve à côté de tous ceux qui tombent, et les boulets qui ne lui sifflent pas entre les jambes, il les feiit bravement passer sous son bras ; puis il montre aux badauds effrayés par son récit la morsure d'un cheval dont il donne la cicatrice pour celle d'un biscayen. Tout cela ne serait que ridicule si Blaguet n'imprégnait pas sa vie entière des habitudes du troupier , si sa bouche n'était pas le cratère d'où jaillit une perpétuelle éruption de propos de bivouac et de gentillesses de corps^de-garde ; ces six misérables mois lui ont donné des travers pour le reste de sa carrière ; car les véritables lauriers qu'il a cueillis bien lestement au service sont le goût pour l'eau-de-vie , la manie de jurer, l'allure soldatesque, la moustache cirée, et le don d'ennuyer par le narré continuel de son belliqueux semestre.

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^ Botanet ne voit que fleurs dans la nature , et ces fleur St il les contemple, non pour en apprécier Vâëgance» aspirer le parfum, admirer les couleurs, mais pour en compter les étamines, et les classer dans la famille où le dernier système reçu les a coUoquées. Il admire surtout dans Télémaque Tîle de Calypso« où il règne un printemps étemel^ parce qu'on y peut herboriser toute Taimée ; il déchiquète» il analyse, il arrache, il étouffe, il aplatit, il dessèche tout ce qui a Tair d'avoir un pétale et qui se trouve à sa portée meurtrière : c'est un chasseur dont le carnier est en fer-blanc , et qui tue sa proie sans avoir même l'excuse de s'en nourrir ; il la tue pour en étudier le cadavre, le crucifier, en tenir le squelette comprimé entre les feuilles d'un énorme bouquin , espèce de charnier de Flore nommé herbier^ et pour pouvoir dire aux pro£mes , ébahis de son savoir : Voici une plante ombellifère* Il vous assurera pourtant qu'il admire la nature , mais c'est en l'égorgeant qu'il vous le prouvera; il dévaste les prairies, dépouille les bois , découromie les montagnes, revient chargé d'herbes, et s'accroupit sur cette litière scientifique , à laquelle il croit redonner une vie fort honorable dans l'analyse savante qu'il en £ait. Botanet n'adore que sa science, ne parle que d'elle, ne veut qu'elle ; il rêve une nation botaniste et Q^est embarrassé que de trouver des plantes de quoi suffire à l'investigation incessante qu'elle en ferait; du reste, il serait roi de cette nation , la partagerait en autant de sections qu'il y a de grandes divisions dans la botanique , et porterait jusqu'aux nues la

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gloire de son règne, qui serait exclusivement îe règne végétal.

Madame de Chasse-Omhre porte ses Tues plus haut que Botanet : c'est aux arbres qu'elle en reut; pour la plus grande aridité de sa commune, elle coupe tous les bois qui ressortent de sa domination; elle ourre tout accès au soleil , qu'elle adore comme les anciens Indiens ; elle met l'ombrage en fagots, la fraîcheur de tous dans son greniér particulier, et débite à tant le moule les jouissances des amis de la nature et du feuillage(:)|Elle fait renchérir les pai^asols , augmente l'écoulement dé la limonade , et fait suer les gens tout à Tentour de sa demeure, qui se dessine comme une tache unique dans le vaste clos qu'elle a débarrassé dé châtaigniers, chênes, nôyers, - et autres indices de végétation trop altière; Les cheveux de ses fermiers commencent à se crêper, leur nez s'épate , leurs lèvres grossissent , èt tout annonce que leur teint arrivera au beau noir du Congo. Du reste, elle a l'avantage de voir, d'un seul coup d'œil , la moindre chose qui se passe dans sa campagne , et quand elle y aura déraciné quelques arbustes qui restent encore, rares et firêles baliveaux de ce désert, elle pourra dire, malgré les criaîlleries des promeneurs , qu'à la lettre , elle ne donne de l'ombrage à personne.

iFàuotjeune est sexagénaire; îtnais, donner par sôn extérieur un éclatant déitienti à son âge ,* est l^ffaire unique de son existence ; il efface les stigmates des années autant qu'il est en lui ; et qu'on ne croie pas que c'est à l'âge mûr ^u'il se cramponife, il

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enjambe , à cberal sur ses prétendons exagérées \ le medimn de Texistencç, sé campe sur le terrain fleuri du printemps , et rebrousse chemin jusqu'au point de départ. Son toupet n'a pas un cheveu blanc , sa feiusse mâchinre est au grand complet , il teint en beau noir le poil de ses fevoris, il se redresse à se casser réchine , il tend la jambe comme un lutteur* et sa dâfnarche raide, contrainte, forcée, Êiit mal à voir. N'importe , ses exercices sont ceux de ses petits enfans : si le }eu des barres n'était pas connu, il l'inventerait pour s'essouffler; il dit pourtant que son chien se feitigue à le suivre ; il se firappe la poi-^ trine pour en attester la vigueur, et la fait retentir comme un tonneau vide , au risque de s'enfoncer les côtes ; il s'obstine à tirer à la cible sans lunettes, sans respect pour les jours des cibarres; il fait des confidences à l'oreille de ses amis relativement à ses succès auprès du sexe ; il mange de tout, il brave le froid , sans se vanter des indigestions et des transpirations arrêtées; enfin , la déception continuelle dans laquelle il existe finit par lui faire illusion à lui-même , à tel point qu'il est des momens où il doute d'avoir atteint sa majorité, et où il serait tenté dè se faire nommer un tuteur , ce qui , par parenthèse , serait l'action la plus raisonnable de sa vie.-^ PhUautos embrasse , dans son amour de l'humanité , les quatre parties du monde , lui compris; il ne songe qu'aux misères exotiques; il a des projets pour régénérer les blancs, des plans pour convertir les noirs , des vues pour civiliser les cuivrés ; il rêve des hospices pour les vieux CaflBres , des

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écoles pour les jeunes ChinoiSt des retraites Tertueuses pour les Caraïbes , des prisons morales pour les Tartares; il n'est pas une de ses pensées qui ne Tole à mille lieues de lui pour y soulager la misère. Ne riuterrompex point dans ses trayaux, vous feriez tort à TAmérique ou à TAsie, dont il surveille la .prospérité du haut de sa philanthropie ; mais cette philanthropie est si élevée , elle plane tellonent au dessus du point de la terre où il se trouve, qu'elle ne s'inquiète que beaucoup moins de ce qui l'environne ; il n'y a pas assez de champ , asses d'espace autour d'elle, pour qu elle n'y soit pas comme étouffée ; en sorte qu'elle prend un essor colossal , et la misère qui séjourne à sa porte risque fort d'échappar à ses investigations à perte de vue. Donner quelques soua au pauvre qui lui tend la main lui semble d'ailleurs de la charité roturière; il ferait plutât l'aumône à une nation ; cela commence à valoir la peine qu*il mette la main dans sa poche, parce que son aum^e alors a quelque retentissement , parce que la reconnaissance de quelques millions d'hommes fait plus de bruit et d'honneur que celle d'un pauvre hère q«i dit seulement Dieu vous bénisse d'une voix cassée , tandis que les acclamations de la gratitude d'un peuple réstmnent au lointain et s'impriment dans la gasette. PhUauios a cela de commun avec la nature, qu'il prend plus de soin de l'espèce que de rindividu ; ausn ses parens, dans la gène, sont sur le point de partir pour l'Iode , afin d'être compris dans les peuplades qu'il assiste de ses conseils et qui peuvent espérer ses secours.

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Madame Basbku se tient collée aux gens d*esprit, moins potn* la réputation qu'ils ont que pour celle qu'ils petotent Itii donner : elle brille dans les bouts* rimés , emelle dans le quatrain « et compose même de pietites pièces de vers pour la plus grande gloire de ses amis et le plus grand scandale des règles de là versification , qu'elle passe au fil de sa plume ; mais la grâce de ses &utes les Ênt pardonner par ceux à qui elle dédie ses productions. Bs sont plus flattés des louanges qu'elle leur prodigue qu'offensés des hiatus qu'elle se permet. Les intérêts de leur tanité parlent plus haut que ceux de l'art. D'ailleurs sa Tersificatkm, prônée par sa coterie* n'arrire que rarement au grand jour de la publicité; elle peut donc jouir, sans conteste , d'une jolie petite renommée de poète, puisque ses titres pour l'obtenir ne firancfaissent point les limites de sa société particulière. Chacun de ses intimes se charge d'un rayon de sa gloire, et cette auréole bienreillante entoure ses prétentions d'un délicieux triomphe de salon, d'une réputation de quelques lieues carrées, qui perdrait à s'étendre et à s'étaler aux yeux de la cri* tique dont le thé et les meringues de madame Bas-' bleu n'auraient point amadoué la rigueur. Chacun TOUS dira que madame BasMeu est une femme d'esprit qui fait des choses charmantes , dont prudemment eUe ne multiplie pas trop les copies; car ce serait multiplier des chances qu'elle s'abstient de conir. Son renom pourrait alors souffrir quelques amries de la mer du graid monde. Du reste , madame JBa56feti>uge elle-même sans appel ce qui s'im-

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prime , ce qui se lit ; et , lorsqu^on est tout iiidul* gence à son égard, elle se montre rude en revaiiche pour autrui , à moins que lauteur ne soit de sa coterie ; dans ce cas , il est admis à jouir du trésor de bienveillance amassé par les égards mutuels de ses amis ; car ces bonnes gens regardent avec une loupe Tesprit qu'ils ont , et au travers d'un verre noirci celui des étrangers « afin que Téclat n'en blesse pas plus leurs yeux que leurs prétentions jalouses.

Moutonnet, pour penser ou agir, attend toujours le mot d'un chef de file ; il est esclave de l'impulsion d'autrui , et ne sait adopter aucune détermination par lui-même ; c'est le singe moral de notre civilisation; il prend son régime dans l'almanach, ses règles de conduite chez ses amis, son système politique dans un journal , ses idées littéraires dans les feuilletons de Paris. Il adopte sans contrôle les réputations faites ; il les augmente même sans jamais contribuer à les établir ; ainsi, lorsqu'il aura lu imprimé que tel ouvrage est heau^ il se hasardera à renchérir sur cet avis en disant qu'il est superbe; mais il n'osera point en dire son opinion d'abord : c'est l'écho de tout ce qu'il entend, le reflet de ce qu'il voit faire, le miroir de ceux qui l'entourent, l'antipode de ce qu'on appelle un original; un pantin , en un mot, dont les fils sont tenus par Pierre , Jacques et Jean, et quelquefois par sa femme, qui, dans ce cas, le trouve le meilleur mari du monde. Prendre une décision est au dessus des forces de Moutonnet; et, si par hasard il se trouve entre les avis opposés de deux personnes, il y reste immobile et (nncé

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comme entre les deux mâchoires d'un ëtau « jos* qu'an moment où un survenant renforce de son ▼ote un des deux conseils ; alors il respire dégagé, parce qu'il compte les suffrages sans les peser. La famille de Moutonnet , qui se platt surtout en pro^ vince , y est fort nombreuse ; c'est celle qui suit les modes avec le plus d'ardeur , qui se livre aux usages du grand monde avec frénésie , qui vit ballottée par Topinion d'autrui , et qui rampe courbée sous* le joug des plus stupides préjugés.

/Boutiquet voit le monde dans son magasin : la guerre, pour lui, n'est autre chose que le sucre et les cafés qui renchérissent. Le choléra , ce fléau de rhumanité , ne fut à ses yeux qu'un obstacle à ses expéditions, une quarantaine qui retardait ses arrivages, et une hausse sur le camphre. L'émeute le suffoque, car elle Ëiit fermer les boutiques; et que ferait-il hors de sa boutique tout un jour ? puis, quel malheur comparable à celui d'avoir quelques livres de cassonnade rousse bloquées dans ses tiroirs pen« dant vingt-quatre heures !

A entendre Boutiquet, on croirait que les congrès des souverains se tiennent chez lui et pour lui ; il vous dira : Tenez ^ le roi de Prusse , par son système de douanes j me gêne ï écoulement de cette partie de poivre qui est là; en revanche, le roide France a fait pointer ces huiles que voici. La philanthropie des potentats c'est, suivant lui, la libre circulation qu'ils accordent aux épiceries, la protection donnée aux cannelles, et la prime concédée aux clous de girofle. Il en veut au vice-roi d'Egypte, non d'avoir

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exterminé les Mameloockt, égorgé les Grecs et pillé les Arabes; mais parce qu*il a inondé le cootment de cotons qui ont &it baisser la valeur de deux ou trois écbeveaux de fil qu*il a dans le fond d une pe* tite caisse^Le bon ordre et la liberté , si vous coo* suites Bomiguctf consistent dans la duince de vea* dre cher et la faculté d'acheter i bon marché. Il se réconcilie avec la peste , il appelle la guerre , il implore la disette , alors qu'elles doivent donner un coup d'épaule à ses spéculations et &ire hausser ses denrées de quelques sous par quintal; mais il en veut infiniment k la paix qui le surprend gorgé de marchandises ; car la paix alors, cest ta baisse; et quel mot, grand Dieu, que et mot^là! Du reste , BoutUfuet est un digne hmnme qui ne tue personnet qui écoule ses savons au meilleur prix possible, et chérit le repos public, celui de sa boutique y compris, bien entendu!

M. M(d-je vous parlera de tout , sauf de ce qui n'é aucun xsjp^ti à lui. Ce qu'il fit, ce qu'il £aiit« ce qu'il fera, ce qu'il fut, ce qu'il est, ce qu'il sera, voilà le champ de sa conversation ; il est vaste , et l'on conçoit comment sa pardie n'en sort pas, car eUe y trouve tout ce qui la charme, la féconde. S'il rencontre quelqu'un qui ait le caractère que lui, les idées de tous deux chemineront parallèlement sans pouvoir se rencontrer; ils resteront chacun chez eux, ne parlant que de ce qui les concerne ; et, s'ils s'écoutent mutuell^nent (ce qui est douteux), ils pourront converser indéfiniment sans }amaâs se lasser.

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