‹ Œuvres choisiesChapitre 76 sur 84 · DE LA CHEVELURE DES HOMMES · texte numérisé non relu

DE LA CHEVELURE DES HOMMES

C'est Traknent line beHe panire qiie cès boi^ ondoyantes dont la nature couvrit 1er front del'hooH me ; il y a sans douf e un vil plaisir d^âmonr-propre^ étde vanité à pàsser une main blanche et potèléé dans les touffes capillaires qui ombragent la téle dé la jeunesse ; mais quel esl l'agrément physique' que le temps puisse respecter? Tout se fane, ^^arik et tombe devant ses coups; le crâne le mieux garni laisse bientôt aux poils de la brosse ou an:r denté dû peigne de désolantes dépouilles; Tautomne de là chevelure arrive tou)om*s trop tôt J t'est Tarbrc së si^faïit dès fenHles nées an printemps: la tite offre alors des places blanchés qui serpentent et laissent

Mi

k peau à découTert; Bsntôt le n^ige te fidt saotir au desras des tenqpes » taBtôt sar le point cnlnrinant de notre chef , tantât snr la partie qui domme It front, tantôt enfin tons ces ^rers emplaceniens sont attaifQés à la lois, et lirrenl k Thakine du zéphyr, à la tx>iffe du chapeau , au Ixmntt de nuit^ aux doigCi qm les touchent, les dieteux qui les courraient* partout nous retrouvoni, le cœur gonflé de regrets, les dâ)ris d'une parure naturelle dont nous ^mes moins de temps à nous enorgueiHir que nous n*en aurons i la regrrtter. Que sont alors deyenus ces heureux momens où rien n-aurait pu ccMDpromèttre une dievelure drue et touffue ; où on la prenait à pleines mains , où on la rejetait avec assurance en arrière, où chaque ondulation imprimée à ses mèches àbôndantes avait du charme , où la négligence était pour diles un afprément de ][dus? Hélas! maintenant la tète a besoin de plus d'un artifice pour pandtre encore posséder Tombrage qui la coorrait jadis ; les cheveux de Tocciput sont ramenés sur les déserts arides du sindput, afin de les voiler : on travaille devant son miroir à ces innoceates ruses qui pallient les outrages du temps ; on ne confie qu^en tremblant ce galant et fragile édifice au souffle du .vent« au diapeau qui peut en détruire Tefiet et les savantes combinaisons ; la n^ainde Tami qui vient caresser notre chef nous inspire de Teffiroi ; ce n'est même qu'en tremblant que nous y portons la n^tre, lorsque, près d'eptrer dans un salon , nous hasardons de ramener nos derniers fidèles cheveux sur les endroits ûJbles que nous ne connaissons que

trop ; et â , passant devant uae Psyché, noos voyons ipÊe notre main malheureuse a été an devant du coqtre-ftemps que nMis vouUcois évfter , nous sommes étouffés de honte et de malaise.

Cet état pénible ne saurait durer ; on marche droit cheale coiffeur; on Tinitie, non sans rougir* dans le secret de la déconfiture cajnUairej lui , ep examinant le triste état des choses, vqus parle perr ruqutffausp toupet; lidée de ces fourberies de Tart efiEraie d'abord votre candeur native ; vous regimber contre le désir d'y avoir recours; puis, en voyant dans un miroir votre tête q^e Ttiploratioii manuelle du coiffeur vient de jeter dans un affreux désordre, en (iontemplant ces mèches qui couvraient les nudir tés de votre avant-crâne, et qui les ont laissées à dé* couvert en rebroussant chemin vers le sommet, vous vous décidez à céder aux insinuations intéressées de Tartiste, et quinse jours après voua avez arboré un faux toupet de sa façon.

Proportionné aux misères naissances de votre chef, il n'en recouvre d'abord qu'une ÊuUe partie, mais bientôt les crochets ou la colle, nécessaires pour l'assujettir, arrachent, étouffent, rongent les parties où ils sont adhérens ; en sorte que, sans cesse agran* di, il marche à l'envahissement de la ^face totale de votre tête; il la pouase vers la perruque,, qui s'ouvre devant elle, et où s'engloutit bientôt, comma dans son dernier refiige , ce quartaer^général de vos cinq sens* ce siège de votre pensée.

.Mais que d'ennuiç, de déboires, d'épreuves ne signalent pcHsft les premiers temps où vous ète« pwé

de W6 atdnfagtt d'm^pvitiit! TôQ* Itt matins: voaâ venlà ks pkçaiit« âyéc dâkaltBse, d'we ttMmèrt Idâiti^e; et« flUJgré voâ pr^autionti il nuis «em-^ bk que chacun lit votaré honie ;mtre'frafit; là pttêùùbe qui eiamme «rotre tèle vous kupiré une iréritable angoiste ; Touè cbercheï à œ lut en offirkr que Ué càfléè les plu^ rasraràtt^ pcmp tmà } Toutiré^ làiÈsti que là trè^brusqtie tTansHion de ^otrè pao^ vireté à Vopuknce / sous ce- rapp<frt, n'éteilk des soupçon» trop fondés sur ks moy^os qué Vcmis eiaaj^yéB pour y parrei^v ▼^mih rougisset qtend CRûL p9it\B des cher^iiriMi de Samson ou ^^d^ vous^ trend^les n Ton fait de là vàin un éloge qué vous sentes m peu mérité ; après uo exercice ^iokati TOUS n'ose« tous essuyer k front dans la oraiote d!é* brankr « de déranger ou d* amdièr votre perfide ecHffbre; vous redoutes par dessus tout les chauves rtiaUlks ainsi que tous ^ c$af leurs yeux perçaotMi dé^ couvrent plus vite les misérables subterfuges^db lâ flksfaeulie position qu'âs partagent avec vous; enfin, quelle que soit la chaleur d'un jour d'été , vous ôe pouvez vous ^décider à vous rafrtticbir en quittant votre chapeaui car il voile des secrets que les rayons du sokil viendraient trahir.

Puis vos cheveux aatureb blanchissent quand ceux qiie vou& avez achetés toiigisseiit; il s^^étaUk entré les teintes de votre chef un désaccord contre kquel iaut conibattre en renoutelaflt SM» cesée k &UX toupet : voilà de înisérabks dépenses dont aucun amour-propre ne pourrait se targuer ; quel Oésus oseriadt^ parler dans k^grarid niondèdû fjrk

éQormt de son iàm toupet ?, et qu'est-ce qu*uD objiet acheté dp!^ yjm^ M:9^wi^ç'^yo^^ san? honte?

Ah i c{Qe \djB fois^le* ptinipes et les «cm q^ éécoifBlles.pliis.adkiiiv^ ^eii ce geivie y &sit o9xm>ité au fond dedàur cœiir la c\»i vtlurie ébqxmSée etf iab^abmien^ mIu pauyre mmr 4iaat ôa dn chétU proléb4re{ Cknmtae il3 lui ont eiH vié ce^ boucles tombait, en lar|[es flots ^mo firopi raif|Mlaiit de pei^ - ^

h i.Tout ce <p4 porte le torbâB éîite cea ennuis: Q-cstlà le seul aiiunotage qui puisse, - sinon exoiser « da radins mptiTer la résolution du chrétien qm se ^ .mahométan; et je comprends que lenu^ureui qui'a:gésii des années sow Tempire du âiux toupet^ tàMA .qu'il à ceint autour de son firont un ^chemire prptiectenr^ puisse cnet ABahsxytc un véritable sèn-* t&mnt M veçoimaissance.

liB MAL DB DBNTS.

Pour Tenir et pour t^en qUer, lté dttits iaot crier ren&nt, gëmir Tige màr et lâ Tieillesse ; c'est «ne propriété qu'on acquiert et qo^on perd au aein des doideurSs» san$ conqpter les pdne^ qoW prend, 1m flonds qu'on se donne» et la dépense qu'on fait pour laconseirer.

Les dents tombent urée le tenqis^ et.noos quit* tent ainsi que les cheveux; mais, bien difiérratea de ceux-ci, elles sont loin de Mandrir «a neilUssant t an cpntraire , de misérables petits points noirs ap^ paraissent sur leur émail, grandissent, rongent l'os, et pénètrent enfin jusqu'au nerf qui leur donne l|i vie; alors naît une douleur, sourde d'abord, puia qui s'accrott, pinçante, mordicante, vibrante, et qui finit par résonner dans la tête comme un fam^rtam chinois. Dans la torture qu'on éprouve, on crie: Auof remèdes/ et il en arrive de tous les c6tés; chaque individu fournit le sien, tous différens, d'accord, mais tous efficaces, suivant les bonnes gens qui les conseillent. Ah! que je plains l'infortuné doublement en butte dans cette pénible circonstance aux maux de dents, d'abord, puis aux recettes pour lea guérir ! sa bouche devient le point central où se réunissent les produits du savoir-iaire et de Texpérience des commères de tout un quartier; c'est une cible où visent à la fois des spécifiques de toutes sortes , des ingrédieos de toutes couleurs. Brûlée de spiritueux, inondée de liquides, la d^t malade élève au dessus

ESQUISttS.

de tous les atteins qui l*irrifeiit' sa doaleur persistante y jusqa'aÀi moment ôè Top^teur , armé de sa clë anglaise; &it sauter auplafond le nerf agonisant^ et Tient mettre à la raison » dvec son vigoureux poi^ gnet, Tennenri de votre repos. Quelquefois cependant, après des mois de patience, le mal s'engourdit, le nerf meurt, et le charitable voisin qui conseilla le dernier remède employé chante victoire, s*attrihuant une délivrance dont la nature fit tous les frais x absolument comme nos docteurs !

Le mal de dents est le plus capricieux de tous les maux ; né souvent d'un échauffement , un échauffement k soulage : Teau froide, qui Texcite, sert aussi à l,e diminuer ; il vous surprend à Téglise, vous quitte au cabaret; il vient sans qu'on s'en doute, il s'es*quive sans qu'on sache pourquoi; une émotion Tenflamme, une émotion l'éteint; ce qui l'irrita souvent sert à l'apaiser parfois ; en conscience on ne sait à quoi s'en tenir relativement aux causes de cette torture*

Lassé de souffrir, vous prenez avec rage le chemin qui conduit à la porte d'un dentiste : voilà que votre mal diminue à mesure que vous approches du but de votre sortie ; si bien qu'arrivé sur le seuil de la porte du dururgien, son nom , gravé sur cuivre, est comme un talisman qui vous guérit miraculeuse*ment, et vous restez là étonné, ébahi , sans avc^r le courage d'entrer vous Ëiire fiiire une opération dou* louréuse pour un mal qui n'existe vraiment plus. Vous exécutez un demi-tour , vous redescendez l'es^ calier , et à chaque degré la dent se ravise , le tam-

idm 06 HTdillê lUbieiii qoei renftH dwK ww , tous gémisses^ comme cirdeTaût. £a vérité » c'eat un singulier mal:que celui qui a'en à la seule per&pec* tive d'en être dâiTré ; et, puiique chacun indique m recette pom Tapaiser^ je conseillerai à celui qui en est atteint des stations aux portes de tous les dentistes de notre Tille; il y aurait U du moins une grande éconmnie pour lui, car il perdrait ses sonfiranceset ne dégarnirait ni sa bourse m son râtelier*

Un Anglais , qui Tenait d'éprœxrer une rage de dents des mieux conditionnées , rit passer un malheureux qu'on portait sur un brancard ; il s'ipforme de ce qui lui est arriTë, et apprenant qu'il Tenait de se casser la cuisse : Akl tant miou, dit-il. Je pensât, moi, qu'il watt un mou de âenb. En effet , ce mal est terrible, et je doute qu'il y ait des maux plus^Gi, plus poignans, qui abattent daTantage le moral de rhomme, et qui le prrrent si pleinement delusage de ses iacidtés* Qu'il est humfliant de penser qqe notre âme est soumise à un nerf imperceptiUe^ ca* cbé dans un petit os ; que le plus beau génie ne tient qu'à un fil , et qu'une dent paralyse seule les fonc<tions du cerveau le mieux organisé !

Ensuite, pourquoi des maux atroces pour perdre les oraemens que nous accorda la nature? N'est-ce pas«, alors, le cas de parodier le proverbe connu : U fwt souffrir pour être beau, et de dire : il faiA stmf^ frir pour être laid? en guise de récompei^e de Tptre patience, et comme dédommagement de tos brillantes insomnies, il tous reste une mâchoire démantelée, des brèchea déploraUes,, la nécessité pour

18QUISSS& 4ai

une loUc Smmat dé virm k bboehe bldte^ de cadenas^ éer ses Jèvres, ou d*acheter bien cher des dents faua^ sëft, a^ec chaoce de momir du tétanos en les faisant

poser».

Que de charlatans YÎTent de ce mal ! que dé bau^ méa, d'oDguenSt de poudres, de liqueurs ^ rendus pour le guérir « et qui ne profitent qu'à ceux aux^ quéls otk les paie ! Què de fioles , de petites boîtes, où Ton trouve, sinon la fiù de ses douleurs, au moins la fin de son argent !

Que de gens cherdient leur enstence dans nos mâchoires! de là, sans doute « la fable de Cadmus, qui, pour faire vivre des hommes, semait des dents; nombre d'empiriques, sans Forviélan qu'ils mettent sur les nôtres, n'auraient rien à mettre sôus les leurs.

J*avoue que depuis que j'ai connu ce fléau, j'en* vie presque le sort de ces bouches dégarnies, où n*apparaissent que deux dents allongées , deniers spécinaens de l'espèce, séparées de tout voisinage incolnmode qin pourrait Corrompre leur émail et leur commimiquer des maux ; ce sont des sentinelles placées aux deux côtés de la bouche* Là, dominant de tctute leur hauteur des gencives inoSensives, elles apparaiswnt comme des phares qui ont vu à leur pied bien des tempêtes et des naufrages f elles grsfn^ dissent de rabaissement de tout ce qui les entoure ; et , si la douleur vient à les atteindre , ébranlées et décharnées comme elles sont , l'opérateur peut les sdsir sans peine et les enlever sans effort.

Sans doute il est triste de n'avoir qu'une dmt

poar manger de la salade, de ne laisser qn^tm ôlloo sur la feuille d^artichant, de ne ronger les os qa^à la pointe de sa dernière, de n*enfi>ncer qu'une incisive dans un poulet « et de le poignarder au lieu de le mâcher; mais n'est-ce rien, pour quelques jouissances perdues, que de laisser avec elles, derrière soi, tant de douleurs atroces; de pouvoir dormir sur ses deux oreilles, grâce à ces deux molaires isolées, et de songer qu'on n'a plus à compter à Tarracheur de dents que sept florins, s'il les extrait, 4 raison d'une livre courante la pièce?

DES ENTERREBIENS.

Je pourrab débiter des vérités dépl<»rables sur cette dernière cérémonie , dont chacun de nous doit un jour être le héros. Mais je ne désire l'enrisagar que sous ses rapports les moins lugubres, et qui n'en sont peut-être pas les moins vrais»

Un enterrement est la place d'armes où la parenté se trouve dans les momyens critiques; là se raf^rochent des couuns souvent fort peu accoutumés à se trouver ensemble ; lâ se rencontrent des personnes qui n'avaient pas visité le défunt longtemps avant son trépas , si même ib l'avaient jamais vu. L'arbre généalogique commande seul en pareille circonstance, et fait battre à la famille un rappel obligé. Ses brandies indiscrètes ou gour-

mandes » qui dans la maisoii du mort n*oiit faïqa» bit romemeot d'un repas ou Tagrément d'une soirée, viennent s'entrelacer autour de sa bière; car on a envoyé à ces parens qu'on ne voit qu'à la rue, et dont on ne se souvient qu*après un décès, pour première carte d'invitation , une carte entourée de bandes noires, ou on les prie de marcher à Tkon^ neur de M, tel ou tel, honneur qui n'est pas aussi réel pour les héritiers directs que le lugubre im«> primé le porte^ Ces braves gens, tout fiers honorer un trépassé qui, vivant, les méprisa peut-être, arrivent l'œil morne, la figure montée au diapazon de la tnrconstance. Ils n'osent parler ni du genre de mort, ni de l'âge, ni des qualités de leur consanguin décédé , attendu qu'ils n'en savent vraiment rien. Alors il est plaisant de voir ces fiarces contrites qui mangent des biscuits de la manière la plus do-^ lente, et avalent des verres de vin d'un air tout sentimental! En conscience, peut-on exiger que leurs regrets d'avoir perdn une personne qu'ils ne connaissaient presque pas puissent retenir leur appétit et leur soif funéraires? Aussi en est- il qui, profitant de l'occasion, remplissent les poches de leur habit ripé de ces bonbons, de ces douceurs confites qui pour eux ne se trouvent que près d'un cadavre, comme ces fleurs qui ne s'épanouissent que sur des tombeaux.

Bientôt il fiiut armer poUr la céréBonie ces cousins d enterrement; ils saisissent des gants et prennent des crêpes, bonne aubaine mortuaire, tandis que l'héritier leur lance quelques regards

iiiq«i^; pai« les kmeiiiw de màBtttox leur jÀtm MF les ëpaales une en^doppesépalcràle, et les Vdili en roote deux à deux ei la tète^irale.

hti premicTS rangs sont aUendeux^ mornes;, la conversation nâit et s'éveille au troisième oa aa quatrième; l'honneur, soit les amis et parensplos éloignés, suivent; et, parmi eux / les fonds puUîcSt la politique, ks intérêts particuliers, dominent on entretien dans leqnel kt mémoire et les bonnes qualités da d^nt ne jouent qu'un r6Ie .adoondaire, et qu'on appellerait au théâtre hs grandes uiUkés.

Le corps est rendu à la terre; on revient, et^ si le temps est beau , le cortège se grossit des flâ^ neurs qui rentrent à la ville, de retour de lapn^ nenade, et qui ignorent jusqu'au nom du mort: c'est pour eux une manière de marcher sans crains dre les voitures, de se réunir ï gens qu'ils coih naissent, ou de se fidre bien noter dans l'écrit des parens.

Il arriva qu'à certain enterrement un parent en manteau, souffirant de la goutte aux pieds, s'arrêta au corps-de^garde de la porte Meuve, ne pouvant aller plus loin. Là^ pour abréger le temps et dis* traire sa douleuk , il se mit à jouer un cent dè piquet avec le chef du poste , offider de sa coimissbnDS, en attendant le retour du convoi ; mais les cartes charmèrent si bien la tristesse du goutteux, que lorsqu'il crut rejoindre son poste innèl>re , il ae jeta étourdiment dans les rangs d'un autre convm ^ rentrait, dont pas tm membre ne le connaissait, et où lui-même ne reconnaissait personne. H s'imagina

ttfflTIllHt

un moment que le cbagrio avait décomposé la figure de ses nouveaux parens; mais, ceux- ci « choqués dç Toir cet intrus qui kur tombait coflime des nues, lui ayant fait apercevoir son erreur , il regagna son logis riant de sa méprise malgré sa tenue tumulaire.

Voilà la bande noire rentrée au liçu d*oà elle est partie ; le plus triste de la cérémonie est fait ; les figures, sans être riantes, sont moins barbouillées de mâancoiie, tirent moins sur le deuil, et Ton se réunit autour ^e la table des comestibles sucrés, dont un peu d^enrcice ùit sentir tout le prix. Les vmrés alors se remplissent mieux et se vident plus souvent, les pyramides du pâtissier reçoivent un échec profond , la conversation s'anime. Dans pa^ reille circonstance , et i semblable moment, j*ai entendu parler un assistant de la inaiéère la' {dus lucide sur la méthode d*empècher les vins de grais-^ ser et sur leur collage.

Snfin la âaimille se sépare ; les cousins des bran* ches négl%ées salueM leurs parens, auxquels^, au lieu de dire au repoir, ils pourraient presque dire au premier mort. Le vin qui s'est bu balance, et au delà, les larmes qui se sont versées ; et, conune k disait un* de mes régens, homme de beaucoup d'esprit : Qest k d^fkênt qtd à cofup sdr fait la plus triste figm^ de iom kswnçiés à lacMmonie.

LES lilSEUSBS m HOMANS.

Êtes-You» vieux , ca^é ^ infiroie , saos sfiânoire, sans ouie » De pouvant jouir ni des cbarraes de la promenade, ni de ceux d'une causerie amicale, lises des romans; ils vous amuseront peut-être, et si vous n*en retenez rien, comme c'est très-probable, le mal ne sera pas grand ; mais si vos sens sont actife, vos facultés entières, réservez--les pour accroître votre instruction , orner votre mëmdure de. choses dont vous puissiez vous £atire honneur dans le monde, éclairer votre jugement, enrichir votre esprit, et n'allez point perdre un temps précieux, ni enflammer votre imagination avec des lectures toujours finvcdes et souvent dangereuses* Cette manière de vcnr n'est pas celle du jour, je le sais : Je roman est de toutes les productions actuelles la plus à la mode, la plus recherchée, celle qui pullule le plus; les dames s«irtout adorent les infortunes brochées, les assassinats reliés, et les amours imaginaii'es qui remj^ssent les magasins de lecture, La colossale bibliothèque d'Alexandrie que fit brûler Omar n'aurait point suifi k leur désir de lire , si elle eût ébé composée de nymans ; elles les avalent ceoune des oeofii frais; elles parquent leur intérêt le plus tendre, leurs sollicitude les plus vives dans ces séduisantes aventures qu'inventent les cervelles délirantes des jeunes auteurs actuels. Le volume qui contient la peinture de ces attachemens fiévreux , de ces passions convulsives,

« recherch^â maintenant, lear ébranle lea ner6 à raison d'un aou par jour: On n^ saurait a*attendrir à A bon compte, ni frémir à meilleur marché.

Mais pourquoi donc ce genre dé lecture est-il si * plein de charmes pour le sexe? ne serait-ce point quelque peu par la raison que la religion et la morale se réunissent pour le lui interdire? car, d^uis la pomme d'Éden, le mot défendu faX pour la femme enduit de miel et rempli d'attraits. Ne Usez pus de romans, dit-*on aux jeunes filles; et Toilà qu'à leurs yeux les romans s'enjolivent d'une défense d'y tou* cher ; voilà qu'elles s'en emparent dès qu'ils leur tombent sous la main ; puis elles admirent la gràvure du frontispice ; elles sont alléchées par la toumore élégante du héros qui y est représenté ; elles y trou* vent un enlèvement, un combat, une déclaration fiûte à genoux ; le moyen qu'elles ne brâlent pas de connaître à quoi se rattachent ces poses chevaleres* ques, ces épées tirées, ces coups de pistolet qui exhalent une à noire fumée, ces figures où se peignent tant d'amour, tant d'effroi ou tant de surprise! Comment ne chercheraient-elles pas à savoir si le beau jeune homme blessé dans la lithographie ne se rétablira pas du coup de poignard qu'il y reçoit ^ si la jolie dame évanouie ne reviendra pas à l'existence, si l'amant aux pieds de sa belle se relèvera désespéré d'un refus ou enflammé d'espoir? Tout cela pique furieusement la çuriosité d'une danoiselle de quinaie ans : il y a bien des embûches pour elle , bien des séductions perfides dans les vignettes; aussi je silis

IBBfgOmtMSé

pM wrpris qu'elle, y sueooid^e , tomTOAt • JU ^fioUà donc, tournant à Veotour des Wueuafts 4e lÎTree^ comme un diat autour d*mie aoope trop chaude i ^ a-encourageant à franchir le seuil de leurs boutiques, reluquant les titres ou les graYu^ aplatis derri^ les vitres ; puis, tout à coup prenant un pas délibéré, )e la rois entrer et demander d'un ton radouci Tou** nage conroité, tantât au nom de sa mère malade, taotât de son aïeule infirme , jamais au sien, pour désatmer les scrupules de la maîtresse dnconqploir* Enfin elle s'empare du livre comme Jasoa de la toisôn d'or, le serre pleine de joie contre son sein palpitant, l'enreloppe de son schall, et l'emporte ainsi que le larron qui se sauve avec un riche butin* Ah! c'est pour le coup que mcws de cierges stfoot bràlés en l'honneur des saints que de ebanddks pour lire des romans ; ik allongeront sa veille , re^ poseront sous son chevet, alimenteront ses songes, et recevront ses premiers regards à l'aube du jour.

Pauvre jeune fille ! comme, la vie va t'apparaltru sous un iaux jour! comme tu vas la voir au. travers d'un prisme trompeur ! que de germes de passions ioUes tu jettes dans ton seinl quelles armes terribles pour le séductfur qui te, guette, et qui s'embéllka des charmes iifaginairesi dont ta tèteicnltée l'aura revêtu ! Malheureuse! jette Itiin dé toi ces volumes cnqK>isonnés ! chaque page attente & ton vàmocerncû ; chaque ligne ouvre^ ton ;eoeiir .virginal^àde danger reuses insinuations, et te présente fiaible et sans défense en &ce des séductions d'une socvété corrompue ; ou bien , si tu conserves ta raison , si tes yeux

voient encore le» cilosed edmme elled sont, tu $eràè désolée , tn chercheras, en Tain ce monde nouveau où ton esprit aurà pénétré par ta porte des romans; tu ne rencontreras que déceptions amtres, cruels désappointemens : Usb dev<^rs ordinaires de la vie te parattront fades et pesans; ta condition obscure sera prise èn mépris par toi; tu ne révéras que dé* Hces auxquelles tu ne pourras atteindre; rien de cé qui t*entoure ne répondra aux vœux désordonnési de ton coàur ; la mélancolie rongera ton âge d'or et désenchantera les |rfus beaux jours de ta vie; ces beaux jours auxquels la nature t'avait destinée, et dont la source tarira avant le temps au souffle dévorant de désirs toujours déçùs. ^

Il est une classe de fiseuses de romans qui se compose de femmes mariées parvenues i la' trentaine, et de filles sur le retour. Les dangers qu'elles courent sont moindres; mais Tennui qu'elles se procurent ou les ridicules qu*e!les se donnent sont pdl^ pables. Désespérées de voir s'enfuir derrière elles le pays des illusions dorées , elles s'efforcent d'y voler de nouveau, portées sur les feuilles d'un magasin de lecture; elles s'incarnent dans les héroîSàes dont elles lisent les histoires émouvantes ; elles sé goi^gent de leurs' qualités, s'ènduisent de leur tendresse, et font rire à leurs dépens le nombre énorme de ceux qui , vraiment, ne peuvent les suivre sur le terrain des régions sentimentales où elles s'enfoncent en dépit de l'âge po^tif et raisonnable incrusté sur leur figure. La femme mariée voudrait alors que son époux reprît àvec die le ton qu'il eut avant

rhyménëe; elle est a&m4ed*attentioii8, d*égarda, de prévenances , de ces jolU petits soins qui ne fleurissent qu*ati mois du contrat, et s'épanouissent ikmis les rayons^i doux de la lone de miel. L'époux, ainsi qu'on peut bien le croire « ne^saurait se oéladonis^ au gré de sa romanesque moitié. Faire sa partie à son cercle lui sourît bien plus que de Êdre Tamour ik...f sa femme. D souffre énormément de la comparaison que cette dernière établit entre lui et TAmadis de la quinzaine ou le Galacnr du jour. Ces diables de héros-là amoindrissent ses qualités i A fiant saillir les procédés un peu lestes qu'A se perm^ avec sa Dulcinée de ménage, plongée jusqu'au coa dans la fine fleur de la ^lanterie. L'humeur de madame et les dé&uts de monsieur sortent souvent d'un même volume placé sur la cheminée ; car l'i-* déale perfection d'un amant sensible et fidèle est un patron périlleux pour les maris.de nos jours, et«ur lequel peu de bourgeois sont taillés/ Ah! qu'il est triste alors pour la liseuse de romans d'avoir dans sa chambre le type de l'amour respectueux, cartonné ou relié en basane, tandis qu'elle voit un époux bourru et taciturne, bien en chair et en 0S| qoi gronde ou bâille à ses câtés !

La vieille fille prend son parti de sa position isolée dans le monde en voyant combien y sont rares les amans phénix, les fashionables tourterecunv qui abondent et roucoulent dans ses livres chéris; elle vit dans un monde broché , imprimé ches jPïrmin Didot, et s'y marie en idée toutes les fois qu'elle y rencontre un homme digne de sa main; elle court

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de page en page après Tami de aon choix ; elle le poursuit de chapitre en chapitre, Taccompagne dans ses përils, partage ses plabirs, ne le lâche pas d*une ligne, ets*unit avec lui au dénouement ; car Théroîne de Tourrage , c^est elle. Elle mouille de ses larmes, empreint de son tabac, arrose de son café le passage ou souffre le tendre objet de ses affections ; le volume finit-il au moment d*une crise dangereuse , elle vole diercher le volume suivant ; et , s'il se trouve retenu par d'autres liseuses plus avancées qu'elle dans le récit des malheurs de' l'infortuné, elle gémit dans la peine, dans l'incertitude; elle est triste, maussade, languissante.

Enfin il y a les vieilles liseuses de romans, celles que j'appellerai les inscUiabks. Ce sont les ogresses des magasins de lecture ; elles en dévorent tous les rayons : romans antiques, du moyen-âge, modernes, du jour , tout s'entasse , tout s'empile péle-méle dans leur cervelle, où se trouvent un salmis d'évènemens, un fouillis d'intrigues sur lesquels surnagent à peine quelques titres effacés dont elles estropient les noms propres. Si elles essaient l'analyse d'un des innombrables livres qu'elles ont lus, cette analyse est obscure, conhise, embrouillée; elle s'enchevêtre avec celles d'autres, productions. Ces dames ont daps la tète un chaos, une tour de Babel où les héros se heurtent, où les héroïnes se croisent, où des évè^ nemens brisés, firactionnés, délayés, mêlés, ne conservent plus que des formes fantastiques et vaporeuses. C'est pour ces liseuses-là qqe les laitières apportent sur leiur seilk pleine et remportent dans leur

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