‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 29 sur 37 · Mouvement religieux en France et en Europe · texte numérisé non relu

Mouvement religieux en France et en Europe

La révolution est debout sans doute, et non seulement elle est debout, mais elle marche, elle court, elle rue. — Rangez-vous, Messieurs et Mesdames. La seule différence que j'aperçois entre cette époque et celle du grand Robespierre, c'est qu'alors les têtes tombaient et qu'aujourd'hui elles tournent Il est infiniment probable que les Français nous donneront encore une tragédie ; mais que ce spectacle ait ou n'ait pas lieu, voici ce qui est certain, mon cher chevalier. L'esprit religieux, qui n'est pas du tout éteint en France, fera un effort proportionné à la compression qu'il éprouve, suivant la nature de tous les fluides élastiques. Il soulèvera des montagnes, il fera des miracles. Le Souverain Pontife et le sacerdoce français s'embrasseront, et, dans cet embrassement sacré, ils étoufferont les maximes gallicanes. Alors le clergé français commencera une ère nouvelle, et reconstruira la France, — et la France prêchera la religion à l'Europe, — et jamais on n'a rien vu d'égal à cette propagande ; — et si l'émancipation des catholiques est prononcée] en Angleterre , ce qui est possible et même probable, et que la religion catholique parle en Europe français et anglais , souvenez-vous bien de ce que je vous dis, il n'y a rien que vous ne puissiez attendre. [Lettres et opuscules, 1. 1, p. 507.)

Au reste, mon Très Révérend Père (1), il faut se préparer à une grande révolution, dont celle qui vient de finir (à ce que l'on dit) n'était que la préface.

Le monde fermente, et l'on verra d'étranges choses : le spectacle, à la vérité, ne sera ni pour vous ni pour moi; mais nous pourrons

[i) Au T. U. P. Général de la Conipaynie de Jésus, à Polotsk (3 février 1817)

bien dire l'un et l'autre, en prenant congé de celte folle planète (si toutefois il est permis de se rappeler Horace en ce moment) :

Spem bonam certamque reporto.

Puissions-nous, mon Très-Révérend Père, nous revoir dans cette maison ! Pour vous il n'y a pas de doute, n'en déplaise à votre humilité : vous avez passé une vie entière dans la retraite, dans l'abstinence, dans l'étude, dans l'exercice des vertus apostoliques. — Votre logement est prêt. Quant à nous, pauvres gens du monde, continuellement balancés entre le bien et le mal, nous n'avons d'autre espérance que dans celui qui est, heureusement pour nous, )ion œstimator meriti, sedveniœiargitor. {Lettres et Opuscules, 1. 1, p. 152.)

2. — Des proscriptions des livres ix odium auctoris. — On a blâmé plus d'une fois la puissance ecclésiastique d'avoir prononcé certaines proscriptions in odium auctoris [en haine de l'auteur : cependant, si vous y regardez de près, vous ne vous hâterez point de désapprouver ce jugement. Il n'y a point de loi dont la parfaite équité soit plus universellement sentie que celle qui punit le coupable par où il a péché. Que celui qui abuse des dons du génie, soit privé de ses récompenses. Cette loi, si elle était établie et exécutée avec rigueur, préviendrait les plus grands abus. C'est la honte d'un siècle et celle d'une nation, que l'auteur de Jeanne d'Arc n'ait pas fermé les portes de l'Académie française à celui du Zaïre, ou ne l'en ait pas chassé. (Lettre 6<^ sur l'Inquisition.)

3. — L'infaillibilité du Pape. — M. de Barrai a dit la vérité : Vopinion de l'infaillibilité n'a plus de danger. Il fallait seulement ajouter que jamais elle n'en a eu. Toutes les terreurs qu'on a voulu exciter, tous les grands mots qu'on a prononcés sur cette terrible infaillibilité, ne sont qu'un vain épouvantail. Cette prérogative ne renferme précisément que l'idée de la souveraineté, telle qu'elle se présente partout; elle ne revendique aucun privilège, aucune distinction particulière; elle demande seulement d'être à Rome ce qu'elle est ailleurs; et les raisons les plus puissantes établissent que si elle n'est pas à Rome , elle n'est nulle part. (Eglise gallic, liv. II, ch. XVI.)

Sacre des Rois. — Le sacre des Rois . . . Jamais il n'y eut de cérémonie, ou, pour mieux dire, de profession de foi plus significative et plus respectable.

Toujours le doigt du Pontife a touché le front de la souveraineté naissante.

Les nombreux écrivains qui n'ont jamais vu dans ces rites augustes que des vues ambitieuses , et même l'accord exprès de la superstition et de la tyrannie , ont parlé contre la vérité, presque tous contre leiu- conscience.

Quelquefois les Souverains ont cherché le sacre, et quelquefois le

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sacre a cherché les Souverains. On en a vu d'autres rejeter le sacre comme un signe de dépendance. Nous connaissons assez de faits pour être en état déjuger assez sainement; mais il faudrait distinguer soigneusement les hommes, les temps, les nations, les cultes.

Ici, c'est assez d'insister sur l'opinion générale et éternelle qui appelle la puissance divine à l'établissement des empires. Principe général. n°dl.)

4. — Le Protestantisme. — Un auteur anonyme, grand amateur de la République, a l'ait, il y a peu de temps, une observation très digne de remarque.

« Quiconque , » dit-il , « a lu l'histoire moderne et observé les » mouvements et les révolutions de l'Europe découvre clairement » que, depuis l'époque de la réformation, il existe ime lutte entre » les républiques et les monarchies. »

Sans doute, cette assertion n'est pas littéralement exacte. Mais, en rectifiant la pensée de l'auteur et en lui faisant dire ce qu'il veut dire, il résulte une grande vérité : c'est que, depuis l'époque de la réformation, il existe en Europe un esprit d'insurrection qui « lutte » d'une manière tantôt publique, tantôt secrète , mais toujours réelle, » contre toutes les souverainetés et surtout contre les monarchies ».

Le grand ennemi de l'Europe, l'ulcère funeste qui s'attache à toutes les souverainetés et qui les ronge sans relâche , le fils de l'orgueil, le père de l'anarchie, le dissolvant universel, c'est le protestantisme.

Qu'est-ce que le protestantisme? C'est l'insurrection de la raison individuelle contre la raison générale, et par conséquent c'est tout ce qu'on peut imaginer de plus mauvais. C'est l'ennnemi essentiel de toute croyance commune à plusieurs hommes : ce qui le constitue ennemi du genre humain.

Le christianisme est la religion de l'Europe : ce sol lui convient plus même que son pays natal: il y a poussé de profondes racines; il s'y est mêlé à toutes nos institutions. Pour toutes les nations du nord de l'Europe et pour toutes celles qui, dans le midi de cette partie du monde, se sont substituées aux Romains, le christianisme est aussi ancien que la civilisation; c'est la main de cette religion qui façonna ces nations neuves; la croix est sur toutes les couronnes.

Mais le principe fondamental de cette religion, l'axiome primitif sur lequel il reposait dans tout l'univers, avant les novateurs du xvi'' siècle, c'est l'infaillibité de l'enseignement d'où résulte le respect aveugle pour l'autorité, l'abnégation de tout raisonnement individuel, et par conséquent l'universalité de croyance.

Or ces novateurs sapèrent la base : ils substituèrent le jugement particulier au jugement catholique; ils substituèrent follement l'autorité exclusive d'un livre à celle d'un ministère enseiguant, plus ancien que le livre et chargé de nous l'e.xpliquer.

De là vient le caractère particulier de l'hérésie du xvi<' siècle. Elle n'est point seulement une hérésie religieuse, mais une hérésie civile, parce qu'en aflVanchissant le peuple du joug de l'obéissance, elle déchaîne l'orgueil général contre l'autorité, et met la discussion à la place de l'obéissance.

De là ce caractère terrible que le protestantisme déploya dès son berceau : il est né rebelle, et l'insurrection est son état habituel. (l Mélanges, p. 510.)

Les souverains chrétiens ont pu abuser de leur pouvoir pour étendre le christianisme: mais jamais le christianisme catholique ne combattit les souverains pour s'établir dans leurs domaines; jamais il n'empiova que la persuasion , et ce fut là dans tous les temps son caractère distinctif. Constantin devenu chrétien put sans doute appesantir son sceptre sur les infidèles: mais le catholicisme, pour régner dans l'empire, ne prit point les armes contre Constantin. On a vu, dans ces derniers temps, cette religion s'établir à l'extrémité de l'Asie : de quelle arme se servit-elle pour y vaincre tous les préjugés humains? D'un religieux armé d'un crucifix de bois, et qui ignorait nécessairement la langue du pays lorsqu'il toucha cette terre. Mais quand le souverain a voulu l'en chasser, a-t-elle résisté? Pas du tout. 11 fit des martyrs par milliers et ne trouva pas un rebelle. Lorsque Tertullien disait aux Gentils du iii"^ siècle : Nous sommes « partout, dans les armées, dans les tribunaux', dans les palais, etc.; « nous ne vous laissons que les temples ». certainement les chrétiens étaient en état de se faire craindre, mais jamais ils ne se permirent rien contre la souveraineté.

Lorsque le christianisme l'ut enfin monté sur le trône , les choses changèrent de face. Depuis que la religion et la souveraineté se sont embrassées dans l'Etat, leurs intérêts' ont dû nécessairement se confondre. Il est donc difficile que celle-ci ne seconde pas la première (jans ses conquêtes, et impossible, en cas d'attaque contre la reliiTion, que la souveraineté ne prenne part à la lutte. C'est une distinction qu'on ne fait pas assez, quoique très-essentielle. Quelquefois le christianisme a l'air d'un conquérant vulgaire, parce qu'il s'avançait sous les drapeaux d'un prince conquérant . quelquefois il s'est défendu chez lui contre ses sujets rebelles , parce que les deux puissances se défendirent ensemble: mais jamais le christianisme catholique ne s'est établi dans aucun pays par l'insurrection contre l'autorité civile.

Ce caractère frappant de la vérité est précisément l'inverse de celui que le protestantisme déploya dès sa naissance: il est né rebelle, son nom même est un crime, parce qu'il proteste contre tout. Il ne se soumet à rien, il ne croit rien, et s'il fait semblant de croire à un livre, c'est qu'un livre ne gène personne.

Ce caractère primitif et indélébile du protestantisme en a fait une

hérésie civile autant qu'une hérésie religieuse. Plus fort que les autres hérésies il a fait ce qu'elles n'ont jamais pu faire : toutes s'étaient répandues sur un terrain plus- ou moins étendu, mais sans pouvoir en chasser la croyance universelle. Le sectaire vivait à côté de sou ennemi, et il perdait insensiblement son nom et son existence à mesure que l'action du principe universel étouffait le système rebelle.

Mais le protestantisme a plus fait : il a divisé politiquement l'empire du christianisme, il a créé des souverainetés protestantes, et dans plusieurs contrées de l'Europe, il règne seul. {Mélanges, p. 51.3.)

5. — • Affinité manifeste entre le protestantisme et la révolution. — Le christianisme, à compter du moment de son origine, vécut et se propagea par ses propres forces, pendant un espace de temps qui excède la durée totale du protestantisme. Pendant tout ce temps la puissance civile l'opprima toujours et le persécuta souvent: jamais cependant il ne s'arma contre elle, et surtout jamais ses chefs ne prêchèrent la doctrine de l'insurrection.

Mais le protestantisme naquit les armes à la main : il ne respecta la souveraineté civile qu'autant de temps qu'il en fallut pour acquérir des forces, et il fut rebelle dès qu'il eut le pouvoir de l'être. De tous côtés ses apôtres prêchèrent la résistance aux souverains; pour établir leurs dogmes, ils ébranlèrent les trônes. — On ne peut se rappeler sans frémir les tragédies terribles que le protestantisme a jouées en Europe. — Il embrasa, il ensanglanta l'Allemagne, la France. l'Angleterre, tous les pays, en un mot, où il put s'introduire. — La guerre de Trente ans fut son ouvrage : pendant trente ans l'Allemagne fut mise à feu et à sang pour les arguments de Luther. — Le détestable Calvin, s'emparant de la réforme déjà si mauvaise, en fit une œuvre française, c'est-à-dire une œuvre exagérée. Le caractère infernal qu'il imprima à sa secte est indélébile. Dans le dernier siècle elle prêcha la souveraineté du peuple et le droit d'insurrection. — La mort de Charles P'' en Angleterre fut l'ouvrage du féroce presbytérianisme qui fait encore aujourd'hui tous les elforts qui dépendent de lui pour conserver ce trône qu'il a détesté.

Et qu'on ne vienne point nous dire : « Je ne décide point entre Genève et Pvome.' Il n'est pas si difficile de se décider. Où était le sceptre religieux au commencement du xvi^ siècle? A Rome ou à Genève? A Rome, je pense. Genève était donc rebelle. Or, dans tous les cas de rébellion, les excès mêmes de la puissance qui se défend sont à la charge du rebelle. L'humanité en corps a droit de reprocher au protestantisme la Saint-Barthélémy, car pour l'éviter il n'y avait qu'à ne pas se révolter. Un protestant qui reproche la Saint-Barthélémy à la souveraineté française, ressemble parfaitement à un Jacobin de notre siècle qui déclamerait contre l'inhumanité des chouans. Le protestantisme dira-t-il qu'il avait raison?

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Mais quel rebelle ne sait pas dire qu'il a raison? Si cet argument est bon, il excuse toutes les insurrections.

D'ailleurs, il ne sagit pas de savoir qui avait tort ou raison , mais seulement qui était souverain ou rebelle, et sur ce point il ne peut y avoir de doute.

C'est donc un sophisme grossier que de mettre dans la balance les excès de ce que certaines gens appellent ridiculement les deux sectes, comme si le catholicisme était une secte, et comme s'il y avait quelque comparaison à faire entre le sujet qui attaque et le souverain qui se défend. (Mélanges, p. 516.)

6. — La Ligue. — On passe bien légèrement sur de grandes questions. La Ligue et les exécutions sanglantes faites dans le XVP siècle fournissant aux philosophes du nôtre une mine inépuisable de déclamations et de sarcasmes, ils se sont bien gardés de plaider les deux causes; mais comme il est toujours temps de chercher la vérité et de la dire, on peut revenir sur les arrêts de la philosophie.

Sans prétendre excuser les excès criminels qui déshonorent et gâtent les meilleures causes, et à s'en tenir au fond de la question par faitement débarrassée de tous ses accessoires, le principe de la Ligue était-il mauvais, ou du moins aussi mauvais qu'on le représente communément? Henri IV avait-il droit de porter sur le trône français, malgré les Français, une religion ennemie des Français (ou qu'ils jugeraient telle)? et ea généralisant la question, un prince qui apostasie, surtout pour embrasser une religion fougueuse et anarchique qui à l'heure même couvre le royaume de cendres et de sang, nestil pas censé renoncer à la couronne ; et ses sujets, sans faire une révolution proprement dite, sans toucher à la souveraineté et se bornant à résister au souverain, ne seraient-ils point en droit de considérer l'acte du roi comme une abdication volontaire, suivant l'hypothèse que M. Burke a si ingénieusement développée à l'égard de Jacques H ?

Et si ce souverain n'était point encore monté sur le trône, la résistance du peuple ne se montrerait-elle pas encore sous un jour plus plausible?

Je ne décide rien; ma plume se refuse à montrer un cas de légitime insurrection. Mais ce qui est plus aisé pour elle, c'est de mettre dans le plus beau jour l'inconséquence des philosophes.

Ces hommes qui ont sans cesse dans la bouche les mots de contrat social, de iiacte primitif , de résistance légitime, etc.; ces hommes qui permettraient une révolution pour abolir la dime ou les droits féodaux, soutiennent l'obéissance passive lorsqu'il s'agit du plus grand et du plus précieux de tous les droits. Si Henri IV avait voulu imposer un denier par livre sur la taille sans le consentement du peuple, ils prouveraient doctement que ce peuple a le droit de résistance; mais s'agit-il de porter sur le trône une secte odieuse et funeste, de mettre la religion dominante à la seconde place, d'allumer dans l'E-

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tat un incendie inextinguible : tout cela n'est qu'une bagatelle, les défenseurs rigides des droits du peuple changent tout à coup de rôle; saint Paul en personne n'est pas plus disert qu'eux sur les droits des souverains, et c'est un crime inexplicable pour les Français de faire la plus légère difficulté au Béarnais. {Mélanges, p. 518, 519.)

7. La responsabilité de la lutte terrible du XVI» siècle retombe sur le protestantisme. — Ce qu'on peut avancer encore avec une pleine certitude, c'est que la réaction de la souveraineté qui se défend doit être proportionnée à l'action de l'ennemi qui attaque.

Sur ce principe, qui ne peut être contesté, on est forcé de s'apitoyer beaucoup moins sur de grands actes de rigueur qui ne furent réellement que des malheurs. Voyez ce cadavre étendu sur le grand chemin : le meurtrier e^t à côté, il excite toute vutre indignation ; mais dès que vous apprenez que ce meurtrier est un voyageur tranquille, et que l'autre était un brigand qui est tombé victime d'une juste défense, la pitié disparaît. Le droit, en s'agrandissant, est toujours le même. Ce n'est point par leur sévérité, mais par leur nécessité qu'il faut juger la moralité des exécutions par lesquelles une souveraineté se défend.

Tout ce qui n'est pas indispensable est criminel, mais tout ce qu'on peut imaginer de plus sévère est licite s'il n'y avait pas moyen de se défendre autrement.

Qu'on ne vienne pas nous dire : « J'ai vu des deux côtés la fourbe et la fureur. « Eh ! sans doute, les passions humaines sont indestructibles, et les hommes, même pour le droit, se battent comme des hommes ; mais il n'y a pas de comparaison à faire ; si dans une guerre excitée par des rebelles ,il périt cent mille hommes de part et d'autre, du côté de la souveraineté on a donné cent mille morts, et de l'autre on a commis cent mille meurtres. Des vérités aussi simples ne peuvent échapper à personne.

Ainsi dans la lutte terrible du XVI» siècle, c'était d'un côté la rébellion qui attaquait, et de l'autre la souveraineté qui se défendait; et quand les excès auraient été égaux de part et d'autre, le parti mauvais par caractère et par essence ne pouvait faire des reproches à celui qui ne l'étnit que par accident. [Mélanges, p. 226.)

8. Le protestantisme est anti-souverain par nature. — Le protestantisme n'est pas seulement coupable des maux que son établissement causa. Il est anti-souverain par nature, il est rebelle par essence, il est ennemi mortel de toute raison nationale : partout il lui substitua la raison individuelle : c'est-à-dire qu'il détruit tout.

Quand on réfléchit sur ce caractère indélébile du protestantisme^ on est moins étonné de la haine que lui ont vouée certaines puissances catholiques, Louis XIV, par exemple ,dont l'intolérance a si fort exercé les philosophes. Il y a dans tous les gouverpèments une puis-

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sance cachée, un instinct conservateur qui a^it à l'insu des spectateurs, à l'insu même des souverains et de leurs conseils. {Mélanges; p. 227.)

9. Révocation de l'édit de Nantes. — L'aversion de'Louis XIV pour le calvinisme était encore un instinct royal. Il a pu errer dans les moyens, forcer certaines mesures, etc.; mais son instinct avait raison, et il travaillait à la conservation de l'empire. Rien ne peut réconcilier le protestantisme avec l'autorité, et les preuves qu'il en a données, surtout en France, sont de nature à n'être jamais oubliées. L'édit de Nantes fut arraché par la force, et peut-être aussi les protestants le durent-ils à quelque reste d'inclination cachée dans les replis du cœur de ce bon et grand Henri ; mais cette concession ne fut pas capable de les rendre sujets plus fidèles. Jamais le protestantisme ne cessa un instant de conjurer la France. 11 ne fallut pas moins que le génie de Richelieu pour aller sur les remparts détruits de la Rochelle porte?- le dernier coup à lu dernière tête de la rébellion. Mais Louis XIII n'osa pas être plus qu'un vainqueur.

Louis XIV parut; tout plia devant lui. Il disait un jour à un protestant de marque : « Mon père vous craignait, mon grand-père vous « aimait; moi, je ne vous crains ni ne vous aime : » il avait raison. Il révoqua l'édit de Nantes : il eut raison encore; il ne fallait point de coniiscation, point de sévérité inutile, et surtout point de tyrannie sur les consciences : voilà le mal, voilà l'homme qui se montre partout. Quoique, pour rendre hommage à la vérité, il faille convenir que le roi était bien éloigné de connaître tout ce que l'on faisait de mal, que l'exécution de la loi, comme il arrive presque toujours dans les grandes mesures, entraîna des abus qui ne "doivent pas être mis sur le compte du législateur.

Mais ces grandes opérations ne s'exécutent pas sans douleur, et les inconvénients qu'entraîna la révocation de l'édit de Nantes n'empêchent pas que cette révocation ne fût très juste et très politique.

Ce qu'on n'observe pas assez, c'est que ce coup ne fut nullement frappé par le despotisme d'un prince impétueux. Il fut l'ouvrage de son conseil, il fut la suite d'un système conçu et mûri par ces têtes puissantes qui rendirent son cabinet si terrible à l'Europe. Louis XIV porta dans cette grande aflfaire, comme je l'ai dit, Vinstinct royal ^ son conseil fit le reste. Les ignorants qui l'accusent d'étourderie et qui s'imaginent que la révocation de l'édit de Nantes fut accordée aux instances d'un confesseur fanatique, ne sont point au fait des choses et se rappellent peu que , dans un siècle supérieur, tout fut supérieur. Les ministres, les magistrats de Louis XIV fiu-ent grandsi dans leur genre, comme ses généraux, ses peintres ou ses jardiniers! le furent dans le leur. Ces ministres, ces magistrats regardaient le| calvinisme français comme le plus grand ennemi de l'État; ils cherchèrent constamment à le comprimer; et chaque année de ce prince

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qui donna son nom à son siècle, fut marquée par une loi qui supprimait quelque privilège des protestants.

Supposons que cette loi ait coûté 400.000 hommes à la France; c'est à peu près comme si l'on ôtait 1,000 habitants à Paris. Il n'y paraîtrait nullement.

Louis XIV foula aux pieds le protestantisme et il mourut dans son lit, brillant de gloire et chargé d'années. Louis Xi^\^e caressa , et il est mort sur l'échafaud.

Et surtout les enfants de cette secte l'y ont conduit. (Mélanges, p. 528.)

10. L'Évangile enseigné par l'Église protestante ne fit jamais peur à Robespierre. — Dans le moude moral comme dans le monde physique, il y a des affinités, des attractions électives.

Certains partis se conviennent, et d'autres se repoussent; la connaissance de ces qualités vraiment occultes est la base de la science. Je prie donc les observateurs de réfléchir sur l'aftinité vraiment frappante qui vient de se manifester aux yeux de l'univers, entre le protestantisme et le jacobinisme.

Depuis le premier instant de la Révolution, les ennemis du trône ont montré pour le protestantisme une tendresse filiale.

A-t-on jamais surpris dans les trois Assemblées qui ont perdu et déshonoré la France, je ne dis pas un acte, mais un signe de défiance à l'égard des protestants? Ces tyrans soupçonneux qui craignaient tout et qui punissaient jusqu'à l'intention présumée de résister, ontils jamais redouté la doctrine de l'Église protestante? JS'on, jamais.

Hommes de tous les pays et de tous les cultes, observateurs de tous les systèmes, remarquez bien, et ne l'oubliez jamais : UÈvangile enseigné par VÉglise •protestante n'a jamais fait peur à Robespierre^. {Mélanges, p. .537.)

11. Pas de factieux, pas d'ennemi de la religion qui n'ait vanté le protestantisme. — La grande base du protestantisme étant le droit d'examiner, ce droit n'a point de limites; il porte sur tout et ne peut recevoir de frein. Aussi, il ny a pas de factieux, il n'y a pas d'ennemi de la religion et des lois qui n'ait vanté le protestantisme. Il n'y a pas de fauteur de l'exécrable Révolution dont nous sommes les témoins qui n'ait vanté celle du XVI" siècle. On peut voir dans l'ouvrage postume de Condorcet, à quel point le plus odieux peut-être des révolutionnaires français et le plus fougueux ennemi du christianisme était ami de la Réforme.

Tous les partis, comme on le voit, sont d"accord sur l'essence du protestantisme. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, qu'on le loue ou qu'on le blâme, tout le monde lui dit ses vérités. Mais pour le faire rentrer en lui-même , rien n'est plus utile que de lui montrer ses amis. {Mélanges, p. 342.)

12. Le protestantisme est le sans-culotisme de la religion. — Il est de la plus grande évidence que le protestantisme est ennemi par essence de la souveraineté civile et religieuse, mais il faut envisager cette thèse sous un point de vue particulier, pour la mettre dans tout sonjour.

Je crois avoir assez solidement établi qu'aucune institution n'est solide et durable si elle ne repose que sur la force humaine; l'histoire et le raisonnement se réunissent pour démontrer que les racines de toute grande institution sont placées hors de ce monde. Je n'ai plus rien à dire sur ce point. Les souverainetés surtout n'ont de force, d'unité et de stabilité, qu'en proportion qu'elles sont divinisées par la religion. Or le christianisme, c'est-à-dire le catholicisme, étant le ciment de toutes les souverainetés européennes, le protestantisme, eu leur enlevant le catholicisme sans leur donner une autre foi, a miné la base de toutes celles qui ont eu le malheur d'embrasser la réforme; en sorte que, plus tôt ou plus tard, il doit les laisser en l'air.

Le mahométisme, le paganisme même auraient fait politiquement moins de mal. s'ils s'étaient substitués au christianisme avec leur espèce de dogmes et de foi :

Ce sont des religions, et le protestantisme n'en est pas une.

Qu'est-ce qu'un protestant? Est-ce un anglican, un luthérien, un calviniste, un zwingler ou zwinglien, un anabaptiste, un quacker, un méthodiste, un morave, etc. (Je suis las.) C'est tout cela et ce n'est rien. Le protestant est un homme qui n'est pas catholique : en sorte que le protestantisme n'est qu'une négation. Ce qu'ily a de réel est catholique. A parler exactement, il n'enseigne pas des dogmes faux, il en nie de vrais, et il tend sans cesse à les nier tous ; en sorte que cette secte est toute en moins.

Que la nature et la marche du protestantisme le conduisent invinciblement à nier tous les dogmes chrétiens les uns après les autres, c'est ce qui est démontré jusqu'à l'évidence, et par les raisonnements métaphysiques et par l'expérience.

Certains Indiens disent que la terre repose sur un grand éléphant; et si on leur demande sur quoi s'appuie l'éléphant, ils répondent : Sur une grande tortue. Jusque-là tout va bien, et la terre ne court pas le moindre risque ; mais si on les presse et qu'on leur demande encore quel est le soutien de la grande tortue, ils se taisent et la laissent en l'air.

La théologie protestante ressemble tout à fait à cette physique indienne : elle appuie le salut sur la foi, et la foi sur le livre ; quant au livre, c'est la grande tortue.

Ainsi le protestantisme est positivement, et au pied de la lettre, le sans-eulotisme de la religion. L'un invoque la parole de Dieu, l'autre les droits de Vhomme; mais dans le fait c'est la même théorie, la même marche et le même résultat.

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Ces deux frère-s ont brisé la souveraiueté pour la distribuer à la multitude. {Mélanges, p. 546, 547, 5480

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