‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 33 sur 37 · Mgr l'Archevêque de Raguse · texte numérisé non relu

Mgr l'Archevêque de Raguse

PENSÉES DE JOSErU DE MAISTRE. 303

vera infailliblement, un peu plus tôt ou un peu plus tard. {Lettres et Opuscules, t. I, p. 381.)

22. — Lycées. — Je me borne à vous assurer que si l'on ne prend pas les mesures les plus sérieuses pour s'assurer de la moralité des professeurs, pour exclure les mauvais livres, et pour rendre impossible dans les lycées toute communication extérieure , ces maisons ne tarderont pas à être diffamées dans l'opinion , comme des écoles de corruption et de mauvaises mœurs. Si l'on n"en vient pas aux anciennes maximes ; si l'éducation n'est pas rendue aux prêtres, et si la science n'est pas mise partout à la seconde place, les maux qui nous attendent sont incalculables : nous serons abrutis par la science, et c'est le dernier degré de l'abrutissement. (Principe générateur, XXXIX.)

23. — La femme forte file, se cache, obéit et se tait. — Au reste, il ne faut rien exagérer : je crois que les femmes, en général , ne doivent point se livrer à des connaissances qui contrarient leurs devoirs; mais je suis fort éloigné de croire qu'elles doivent être parfaitement ignorantes.

Je ne veux pas qu'elles croient que Pékin est en France, ni qu'Alexandre le Grand demanda en mariage une fille de Louis XIV....

La femme ne peut être supérieure que comme femme ; mais dès qu'elle veut émuler l'homme, ce n'est qu'un singe.

Le chef-d'œuvre des femmes, dans les sciences, est de comprendre ce que font les hommes. [Lettres et Opuscules, t. I, p. 190.)

Voici, je crois, ma très chère enfant (1), le premier sermon que je t'aurai adressé de ma vie : et encore il te fait honneur, puisqu'il ne roulera guère que sur l'excès du bien.

Je suis enchanté de ton goût pour la lecture; et jusqu'à présent je n'avais pas fait grande attention au dégoût qui en résulte pour les ouvrages de ton sexe; mais comme tu as déjà bâti d'assez bons fondements, et que je crains que tu ne sois entraînée trop loin, je veux te dire ma pensée sur ce point important, d'autant plus que, pour certaines choses qui me sont revenues par ricochet , je vois que certaines gens commencent à raisonner sur tes goûts.

Tu as probablement lu dans la Bible, ma chère Adèle :

« La femme forte entreprend les ouvrages les plus pénibles, et ses doigts ont pris le fuseau. »

Mais que diras-tu de Fénelon, qui décide avec toute sa douceur :

« La femme forte file, se cache, obéit et se tait. »

Voici une autre autorité qui ressemble fort peu aux précédentes , mais qui a bien son prix cependant : c'est celle de Molière qui a fait une comédie, intitulée : Les Femmes savantes. Crois-tu que ce

(1; Mademoiselle .\déle de Maistre, devenue duchesse de Laval-Montmorency.

grand comique, ce juge infaillible des ridicules, eût traité ce sujet s'il n'avait pas reconnu que le titre de femme savante est, en effet, un ridicule ?

Le plus grand défaut pour une femme, ma chère enfant, c'est d'être homme.

Pour écarter jusqu'à l'idée de cette prétention défavorable, il faut absolument obéir à Salomon. à Fénelon et à Molière-, ce trio est infaillible. Garde-toi d'envisager les ouvrages de ton sexe du côté de l'utilité matérielle, qui n'est rien; ils servent à prouver que tu es femme et que tu te tiens pour telle et c'est beaucoup. 11 y a, d'ailleurs, dans ce genre d'occupations une coquetterie très fine et très innocente.

Car, en te voyant coudre avec ferveur, on dira : « Croiriez-vous que cette jeune demoiselle lit Klopstock et le Tasse? »

Et lorsqu'on te verra lire Klopstock et le Tasse, on dira :

a Croiriez-vous que cette demoiselle coud à merveille? »

Partant, ma fille, prie ta mère, qui est si généreuse, de t'acheter une jolie quenouille, un joli fuseau; mouille le bout de ton doigt, et puis vrrrr ! tu me diras comment les choses tournent.

Tu penses bien, ma chère Adèle, que je ne suis pas ami de l'ignorance: mais dans toutes les choses, il y a un milieu qu'il faut savoir saisir : le goût et l'instruction, voilà le domaine des femmes. Elles ne doivent point chercher à s'élever jusqu'à la science, ni laisser croire qu'elles en ont la prétention ce qui revient au même quant à l'efTet" : et à l'égard même de l'instruction qui leur appartient , il y a beaucoup de mesures à garder : une dame, et plus encore une demoiselle, peuvent bien la laisser apercevoir, mais jamais la montrer.

Voilà, ma bonne Adèle, ce que j'avais à te dire sur ce chapitre important. {Lettres et Opuscules, t. I, p. 54.)

24. — De la supériorité. — La supériorité a malheureusement pour l'ordinaire , presque toutes les qualités opposées : elle est trop souvent dure, impérieuse, insupportante, moqueuse même à bon besoin ; enfin, il n'est pas extrêmement rare de la voir réussir à choquer également ce qui lui ressemble et ce qui ne lui ressemble pas. (Lettres et Opuscules, t. II. p. 174.)

25. — Rarement le mérite seul préside au choix des hommes. — Employer les hommes sans autre considération que celle du mérite, et sans égard aux affections personnelles , c'est le tour de force de la monarchie.

Je n'imagine rien d'aussi difficile. [Lettres et Opuscules, t. II, p. 174.)

Si Ton pouvait voir dans un tableau magique le nombre d'hommes d'Etat, de généraux, d'hommes supérieurs dans tous les genres, écartés par leur supériorité seule . et tous les maux qui en sont résultés, on serait effrayé. (Lettres et Opuscules, t. II, p. 175.)

PENSÉES DE JOSEPH DE JiAISTKE. 307

26. — Comment expliquer le succès de la médiocrité? — On s'étonne souvent du succès de la médiocrité. Quant à moi, Madame, je ne pourrais expliquer qu'elle ne réussit pas : encore une f.jis, elle est si aimable !

Vous connaissez , sans doute , cette anecdote d'un ministre espagnol à qui le roi avait demandé le projet d'une lettre importante. Après avoir lu Touvraîie du ministre, le roi tira de sa poche un autre projet qu'il avait rédigé lui-même sur le même sujet, et le déchira en disant : Le vôtre est meilleur. — Le ministre, en se retirant, rencontra un homme de sa connaissance particulière, et lui dit, tout elîaré : Mo7i ami, je suis perdu! Mon maître vient de découvrir qice j'ai plus d'esprit que lui.

Assurément, je suis moins tenté que tout autre d'établir des règles générales dans les choses sérieuses, et encore moins d'exagérer le mal inséparable de la nature humaine; mais il n'est pas moins vrai que je mets le doigt sur un côté faible de la monarchie. {Lettres et Opuscules, t. II. p. 175.)

27. — Du doute. — Le doute n'habite point la cité de Bieu. C'est un beau mot de S. Augustin : comment le doute et la vérité pourraient-ils habiter ensemble? C'est une contradiction. — Nous ne pouvons , hélas ! que trop avoir le remords du crime ; mais le remords de l'erreur, qui est le doute, nous ne l'avons ni ne pouvons l'avoir.

Hors de la cité, au contraire, le doute est chez lui, et ce doute est un don, puisqu'il avertit de rentrer. {Lettres et Opuscules, t. I,p. 342.)

28. — De la peine de mort. — Sur la jurisprudence et surtout sur la jurisprudence criminelle, je ne me fie nullement aux philosophes. C'est une science toute pratique qu'on n'apprend que dans les tribunaux.

>'on seulement je crois qu'il ne faut pas abolir la peine de mort, mais je crois que toute nation qui l'abolit se condamne , autant qu'il est en elle, à la seconde place.

Les nations de premier ordre ont toujours condamné, et, si je ne me trompe, condamneront toujours à mort. Je ne nie pas cependant que l'abolition de la peine de mort ne soit un bien chez vous, sous un point de vue relatif, c'est-à-dire qu'elle s'oppose à un autre grand mal; mais toujours cette abolition sera ou signe ou cause d'infériorité (1). {Lettres et Opuscules, t. I, p. 440.)

29. — De lexilé. — La vie des exilés ressemble un peu à celle des guerriers; on finit par y trouver des charmes. Les hasards, les dangers, les surprises, les aventures amusent la tête et le cœur. (Lettres et Opuscules, t. I, p. 414.;;

De l'insurrection. — Toute insurrection qui ne réussit pas dé-

(1) Au prince de Koslowski.

courage, plus ou moins, l'esprit qui l'a produite, et renforce le gouvernement. [Lettres et Opuscules, t. I, p. 415.)

30. — A propos d'Épicure. — S'il y a quelque chose de connu, c'est la comparaison de Cicéron, au sujet du système d'Epicure, qui voulait bâtir un monde avec les atomes, tombant au hasard dans le vide. On me ferait plutôt croire, disait le grand orateur, que des lettres jetées en Vair pourraient s'arranger en tombant de manière à former un poème.

Des milliers débouches ont répété cette pensée; je ne vois pas cependant que personne ait songé à lui donner le complément qui lui manque. Supposons que des caractères d'imprimerie, jetés à pleines mains du haut d'une tour, viennent former à terre YAthalie de Pvacine, qu'en résulterait-il?

Qu'une intelligence a préside à la chute et à l'arrangement des caractères : le bon sens ne conclura jamais autrement. [Principe générateur, n" 11.)

31. — L'homme ne peut abolir une loi fondamentale. — L'essence d'une loi fondamentale est que personne n'ait le droit de l'aboUr; or, comment sera-t-elle au-dessus de tous, si quelqu'un l'a faite? {Ibid., n» 2.)

32. — Expressa nocent, non expressa non nocent. — Il n'y a rien de si vrai que cette maxime de la jurisprudence romaine : Expressa nocent, non expressa non nocent.

Il y a une grande quantité de choses vraies et justes, et qui cependant ne doivent pas être dites et encore moins écrites. [Lettres et Opuscules, t. I, p. 263.

33. — Les forces de l'homme dépendent du sentiment moral qui l'anime. — L'homme par lui-même n'est rien. C'est un ballon qui n'est par lui-même qu'un vaste chiffon, dont la grandeur, la beauté et la puissance dépendent uniquement du gaz qui le remplit; ce gaz se nomme religion, liberté, orgueil, colère, etc.; en un mot, tout dépend du sentiment moral qui enflamme l'homme, et qui augmente ses forces sans mesure. [îbid., t. I, p. 326.)

34. — La philosophie est un terrain sur lequel le pied humain n'a jamais pu se tranquilliser. — Vous (1) avez parfaitement bien attaqué, ou, pour mieux dire, réduit à sa juste valeur, ce terrain mouvant, nommé en s^énér^l philosophie et sur lequel jamais aucun pied humain n'a pu se tranquilliser. {Lettres et Opuscules, t. I, p. 500.)

35. — L'orang-ovtang se chauflFe comme nous, jamais il n'avancera un tison. — Vous avez parfaitement exposé nos deux titres principaux de noblesse : l'empire sur les animaux et l'usage exclusif du feu.

(1) M. le vicomte de Donald.

L'orang-outang aime le feu comme nous, il s'assied comme nous devant le feu, il présente les mains comme nous, mais, dans les siècles des siècles, il n'avancera pas un tison.

Le monde serait visiblement inhabitable pour l'homme, si l'animal pouvait disposer du feu. — C'est une chance heureuse pour 7ious, diraient certains philosophes que j'admire de tout mon cœur, autant que j'admire cet homme d'esprit qui disait à Lyon : C'est cependant un grand bonheur que le Rhône et la Saône passent dans cette ville. {Lettres et opuscules, t. I, p. 500.)

36. — Qui ne sait s'ennuyer ne sait rien. — Ce monde-ci, ma chère Adèle, est une gène perpétuelle; et qui ne sait s'ennuyer ne sait rien. [Lettres et Opuscules, t. I, p. 43.}

37. — Puissance de ropinion. — L'opinion peut être comparée à la vapeur.

Pour la former, il faut du feu; mais quand une fois elle est formée, elle soulèverait les Pyrénées.

Alors les hommes ne se comptent plus à la manière ordinaire, ils ne s'ajoutent plus; ils se multiplient les uns par les autres : trois et trois font neuf; cela s'est toujours vu. ;Lettre à M. le comte de*". — Lettres et Opuscules, t. I, p. 211.)

38. — Une idée, née dans une tète saine et approuvée par des hommes de poids, ne peut être condamnable. — Lorsqu une idée, née dans une tête saine qui surmonte un cœur droit, a de plus été examinée attentivement et approuvée par quatre au cinq hommes de poids, elle ne saurait plus être absurde ni condamnable-, elle peut être simplement désapprouvée, mais c'est bien différent. Lettres et Opuscules, t. I, p. 186.)

39. — La médiocrité seule refuse d'admirer et d'approuver. — Les peuples, comme les individus, sont admirateurs à mesure qu'ils sont supérieurs.

La médiocrité refuse toujours d'admirer et souvent d'approuver. [Lettres et Opuscules, t. I. p. 348.'

40. — Les maux qui nous accablent sont des actes de justice. — Les maux qui nous accablent sont terribles surtout pour les aveugles, qui disent que tout est bien, et qui refusent de voir dans tout cet univers im état violent, absolument contre nature dans toute l'énergie du terme.

Pour nous, Madame, contentons-nous de savoir que tout a sa raison d'être, que nous connaîtrons un jour. Ne nous fatiguons point à savoir les pourquoi, même lorsqu'il serait possible de les entrevoir.

La nature des êtres, les opérations de l'intelligence et les bornes des possibles nous sont inconnues. Au lieu de nous dépiter follement contre un ordre de choses que nous ne comprenons pas. attachonsnous aux vérités pratiques. Songeons que l'épithète de très bon est

nécessairement attachée à celle de très grand, et c'est assez pour nous.

Nous comprendrons que, sous l'empire de l'être qui réunit ces deux qualités, tous les maux dont nous sommes les témoins ou les victimes ne peuvent être que des actes de justice , ou des moyens de régénération également nécessaires. N'est-ce pas lui qui a dit par la bouche d'un de ses envoyés : « Je vous aime d'un amour éternel. »

Cette parole doit nous servir de solution générale pour toutes les énigmes qui pourraient scandaliser notre ignorance,

Attachés à un point de l'espace et du temps, nous avons la manie de rapporter tout à ce point : nous sommes tout à la fois ridicules et coupables'. {Lettres et Opuscules^ t. II, p. 100. — Discours à ]\jme jg marquise de Costa.)

41. — Immortalité de l'âme. — L'homme ne parait si petit que parce qu'il est courbé vers sa demeure : la stature de cet être est immense, et s'il a la force de se relever quelquelois, il peut encore porter sa tête jusque dans leS régions de la paix.

Nous sommes tous entraînés avec la rapidité de l'éclair vers ce moment, le dernier des moments, où toutes les passions qui nous agitent aujourd'hui ne seront plus pour nous que des souvenirs inutiles ou amers.

Anticipons sur l'instant solennel où nous finirons de mourir.

Soulevez le voile : Eugène est derrière.

Jadis Socrate, avant de boire la ciguë, disait à ses amis : « Lors- « qu'on disposera de mou corps, ne dites pas qu'on brûle ou qu'on « enterre Socrate ; ne me confondez point avec mon cadavbe. »

La raison seule n'a jamais rien dit de plus beau.

Mais Socrate avait besoin de convaincre ses disciples pour les consoler : plus heureux que lui, je n'ai qu'à vous prier de vous servir de. vos principes : Vous ne confondez point Eugène avec son cadavre : la chrysalide grossière est tombée en poudre: mais le papillon immortel a déployé ses ailes d'or et d'azur pour s'envoler vers sa patrie. Tout ce que nous avons aimé, tout ce que nous avons admiré dans votre fils, vit, et ne mourra jamais.

Ombre pure et chérie ! Si les sentiments qui ont pénétré nos cœurs dans ce monde survivent à la mort et nous accompagnent dans l'autre-, si, comme de grandes âmes généreuses et sensibles aiment à le croire, les objets de nosallectionsne deviennent point étrangers ànotre intelligence au moment où elle se débarrasse de notre eiiveloppe mortelle, reviens! Ah! reviens souvent parmi nous! habite encore, la demeure solitaire de tes parents désolés ! Descends vers eux comme ces génies bienfaisants, envoyés, dans l'enfance du monde vers les patriarches exilés et voyageurs, pour verser dans leur esprit des instructions utiles, et dans le cœur le baume du courage et de la consolation! Viens! tu ne changeras point de séjour : le ciel est par-

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tout OÙ se trouve la vertu. La nuit quand tout se tait, quand la douleur, seule avec elle-même, baigne sa froide couche de larmes amères, plane sur ces têtes chéries, et de ton aile éthérée, secoue sur elles une rosée balsamique qui les avertisse de ta présence et les remplisse dépensées célestes. (Lettres et Opuscules, t. II, p. 161.)

42. — Le coup-d'œil géographique fait les généraux. — Je suis bien aise que vous (1) ayez été tout de suite mis en activité; et j'espère que cette campagne vous sera fort utile.

Vous faites la guerre dans un pays extrêmement difficile et vous avez d'excellentes cartes sous la main, profitez-en pour vous faire un œil géographique : c'est là tout le militaire. Je ne parle pas de la valeur, celui qui n'en a pas doit filer ; mais vous ne sauriez croire combien je suis entiché de ce coup-d'œil géographique et même topographique ; ou je me trompe fort ou c'est ce qui fait les généraux.

Devenez surtout géographe militaire. La connaissance du théâtre de la guerre est le point capital dans votre métier. {Lettres et Opuscules, t. I, p. 191. — L"auteur écrit en 1808.)

43. — Du serment au Souverain. — 1808. Ce qui se passe. Monsieur le Comte, me parait jeter un grand jour sur des questions importantes, notamment sur celles du serment Tune des plus ardues de la morale. J'ai toujours pensé, je vous l'avoue franchement, que le serment au Souverain de fait est indispensable quant à la masse, et n'a rien de criminel. Quelques individus peuvent blesser, en le prêtant, l'honneur et la délicatesse, sans blesser la morale proprement dite. Ce peut être une bassesse sans être un péché.

Il est bien essentiel qu'on croie en France que telle est l'opinion du roi; qu'il ne blâme rien de ce que la nécessité exige. (Lettres, et Opuscules, t. ï, p. 144.)

44. — Dans le choc de deux autorités grandes et souveraines, il y a toujours des exagérations réciproques. — I! n'est jamais arrivé dans le monde que, dans le choc de deux autorités grandes et souveraines, il n'y ait pas eu des exagérations réciproques.

Mais la puissance qui ne se donne que les torts de l'humanité, doit passer pour innocente, puisqu'elle ne peut se séparer de sa propre nature. Tout blâme tombe justement sur celle qui abuse de ses forces, au point de fouler aux pieds toutes les lois de la justice, de la modération et de la délicatesse. [Église gallicane, 1. II, ch. l.)

45. — Remède aux grands maux politiques. — Une observation importante : Jamais les grands maux politiques, jamais surtout les attaques violentes portées contre le corps de VÉtat, ne peuvent être prévenues ou repoussées que par des moyens également violents.

Ceci est au rang des axiomes poUtiques les plus incontestables. Dans tous les dangers imaginables, tout se réduit à la formule

(1) M. le comte Rodolphe de Maistre.

romaine : Videant consules ne respublica detrimentum capiat.

Quant aux moyens, le meilleur (tout crime excepté; est celui qui réussit.

Si vous pensez auxsérérités de Torquemada, sans songer à tout ce qu'elles prévinrent, vous cessez de raisonner. {Lettres sur l'Inquisit., 1 '"Mettre.;

46. — La loi du tempérament dans l'harmonie sociale. — L'harmonie sociale est sujette à la loi du tempérament, comme l'harmonie proprement dite, dans le clavier général. Accordons rigoureusement les quintes, les octaves jurent, et réciproquement.

La dissonance étant donc inévitable, au lieu de la chasser, ce qui est impossible, il faut la tempérer en la distribuant. Ainsi, de part et d'autre, le défaut est un élément de la perfection possible.

Dans cette proportion, il n'y a que la forme de paradoxale.

Mais, dira-t-on peut-être encore, où est la régie pour discerner le défaut accidentel de celui qui tient à la nature des choses et qu'il est mpossible d'éliminer?

Les hommes à qui la nature n'a donné que des oreilles, font de ces sortes de questions, et ceux qui ont de l'oreille haussent les épaules. {Principe générât., XLL)

47. — Principe créateur des empires. — Cause de leur mort. — Comme c'est le principe religieux qui a tout créé, c'est l'absence de ce -même principe qui a tout détruit.

Si la formation de tous les empires, les progrès de la civilisation et le concert unanime de toutes les traditions ne suffisaient point encore pour nous convaincre, la mort des empires achèverait la démonstration commencée parleur naissance. La secte d'Epicure, qu'on pourrait appeler l'incrédulité antique, dégrada d'abord, et détruisit bientôt tous les gouvernements qui eurent le malheur de lui donner entrée. Partout Lucrèce annonça César. [Principe générât., LX.}

48. — De l'enthousiasme politique. — L'enthousiasme et le fanatisme ne sont point des états durables.

Ce degré d'éréthisme fatigue bientôt la nature humaine; en sorte qu'à supposer même qu'un peuple, et surtout le peuple français, puisse vouloir une chose longtemps, il est sûr au moins qu'il ne saurait la vouloir avec passion. Au contraire, l'excès de fièvre l'ayant lassé, l'abattement, l'apathie, l'indifférence succèdent toujours aux grands efforts de l'enthousiasme. {Principe générât., LX.)

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