‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 32 sur 37 · Influence des Français sur l'opinion. — Mais si les · texte numérisé non relu

Influence des Français sur l'opinion. — Mais si les

Français ne peuvent dominer par les armes les nations étrangères, ils ont exercé sur elles dans tous les temps une autre domination bien plus honorable, c'est celle de l'opinion. Du moment où ce peuple fut réuni en corps de nation , il fixa les yeux de l'univers , et l'étonna par un caractère brillant qui fut toujours envié. Cbarlemagne fut le Sésostris du moyen âge; ses paladins firent une telle impression sur l'imagination des peuples qu'ils devinrent les objets d'une espèce de mythologie particulière ; et les Rolands et les Amadis furent pour nos pères ce que Thésée et Hercule furent pour les anciens Grecs. 'Fragments sw la France, in-S'^, 7.)

19. Qui l'emporte du dixième ou du dix-huitième siècle? — La postérité mettra dans la balance le dixième et le dix-huitième siècle, et je crois que le premier l'emportera pour le bon sens, pour le caractère, et même, dans un certain sens, par la science; car c'est une déplorable erreur de croire que les sciences naturelles sont tout. Que m'importe qu'on sache l'algèbre et la chimie? Si l'on ignore tout en morale, en politique, en religion, toujours je pourrai dire : Imminutœ sunt veritates à filiis hominum. Pour juger un siècle, il ne suffit pas de connaître ce qu'il sait; il faut encore tenir compte de ce qu'il ignore. Le nôtre , dès qu'il sort de a — b. ne sait plus ce qu'il dit. La puissance de la France parait cependant dans ce qu'elle a fait de mal, autant que dans ce qu'elle a fait de bien... Je vois parfaitement ce qui vous choque et vous afflige : mais j'appelle à mon secours une de mes maximes favorites , et qui est d'un grand usage dans la pratique : Vœil ne voit pas ce qui le touche. Qui sait si vous n'êtes pas dans ce cas, et si l'état déplorable qui vous arrache des larmes est cependant autre chose que l'inévitable nuance qui doit séparer l'état actuel de celui que nous attendons?

Ce qui fait qu'on se trompe souvent sur les changements qu'on désire sans les croire possibles, c'est qu'on ignore la théorie des forces morales. Le monde physique n'est qu'une image du monde spirituel. De l'eau, autant qu'il en pourrait entrer dans le dé d'une petite fille , si elle est réduite en vapeur, fait crever une bombe. T^e même phénomène arrive dans l'ordre spirituel : une pensée , une opinion, un sentiment simple de l'esprit, ne sont -que ce qu'ils sont; mais si un degré de chaleur suflisant les fait passer à l'état de vapeur, alors ces principes tranquilles deviennent enthousiasme, fanatisme, passion en un mot (bonne ou mauvaise), et, sous cette nouvelle forme, ils peuvent soulever les montagnes. ><e vous laissez pas décourager par la froideur que vous voyez autour de vous; il n'y a rien de si tranquille qu'un magasin à poudre une demi-seconde avant qu'il saute. Il ne faut que du l'eu! et c'est nous qui l'avons. (Lettre de M. le vicomte de Bonald ^décembre 1814). — (Lettres et Opuscules, t. L p. 299 et 300.)

20. — Ils ont guerroyé Dieu de ses dons. — Toujours il y a eu des religions sur la terre, et toujours il y a eu des impies qui les ont combattues : toujours aussi l'impit-té fut un crime, car comme il ne peut y avoir de religion fausse sans aucun mélange de vrai, il ne peut y avoir d'impiété qui ne combatte quelque vérité divine plus ou moins déQgurée : mais il ne peut y avoir d^ véritable impiété qu'au sein de la véritable religion , et , par une conséquence nécessaire, jamais l'impiété n'a pu produire, dans les temps passés. les maux qu'elle a produits de nos jours; car elle est toujours coupable en raison des lumières qui l'environnent. C'est sur cette règle qu'il faut juger le XVIIl" siècle; car c'est sous ce point de vue qu'il ne ressemble à aucun autre. On entend dire assez communément que tous les siècles se ressemblent, et que tous les hommes ont toujours été les mêmes; mais il faut bien se garder de croire à ces maximes générales, que la paresse ou la légèreté inventent pour se dispenser de réfléchir. Tous les siècles, au contr.iire. et toutes les nations manifestent un caractère particulier et distinctif qu'il faut considérer soigneusement.

Sans doute, il y a toujours eu des vices dans le monde; mais ces vices peuvent difl'érer en quantité, en nature, en qualité dominante et en intensité... Or, quoi(|u'il y ait toujours eu des impies, jamais il n'y avait eu avant le XVIII^ siècle et au sein du christianisme une imurrection contre Dieu; jamais surtout on n'avait vu une conjuration sacrilège de tous les talents contre leur auteur. Le vaudeville a blasphémé comme la tragédie, et le roman comme l'histoire et la physique. Les hommes de ce siècle ont prostitué leur génie à l'irréligion, et, suivant l'expression admirable de saint Louis, ils ont GUERROYÉ Dieu de ses dons. L'impiété antique ne se fâche jamais: quelquefois elle raisonne; ordinairement elle plaisante, mais toujours sans aigreur. 'Principe générât., n° 61.)

21. Nous avons besoin d'apôtres, et nous ne trouvons que des conjurés. — Il faut absolument tuer le dix-huitième siècle; mais comment nous y prendrons-nous, Monseigneur'? Nous avons besoin d'apôtres, et nous ne trouvons que des conjurés.

L'erreur a pénétré jusque dans les cabinets des Souverains, et quelquefois même encore plus haut.

Souvent on est tenté de s'écrier : Ubi sapiens? Ubi scriba? Mais surtout, Monseigneur, Vbi conquisitor hujus sœculi?

Bien peu de gens connaissent à fond ce malheureux dix-huitième siècle, dont l'esprit enivre encore les meilleures têtes.

Cependant ne perdons pas courage. L'erreur, en vertu d'une règle divine et invariable, s'égorge toujours elle-même. Voici ce qui arri-

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