‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 18 sur 93 · A'ec quarta loqui persona laborel. (Hor · texte numérisé non relu

A'ec quarta loqui persona laborel. (Hor

lectures sérieuses, j'ai lu les Tusculanes de Cicéron, traduites en français par le président Bouhier et par l'abbé d'Olivet. Voilà encore une œuvre de pure imagination, et qui ne donne pas seulement l'idée d'un entretien réel. Cicéron introduit un auditeur qu'il désigne tout simplement par la lettre A : il se fait faire une question par cet auditeur imaginaire, et lui répond tout d'une haleine par une dissertation régulière : ce genre ne peut être le nôtre. Nous ne sommes points des lettres majuscules ; nous sommes des êtres très réels, très palpables : nous parlons pour nous instruire et pour nous consoler. Il n'y a entre nous aucune subordination; et, malgré la supériorité d'âge et de lumières, vous m'accordez une égalité que je ne demande point. Je persiste donc à croire que si nos entretiens étaient publiés fidèlement, c'est-à-dire avec toute cette exactitude qui est possible... Vous riez, Monsieur le sénateur?

Le sénateur. — Je ris en effet, parce qu'il me semble que sans vous en apercevoir vous argumentez puissamment contre votre projet. Comment pourriez- vous convenir plus clairement des inconvénients qu'il entraînerait qu'en nous entraînant nous-mêmes dans une conversation sur les conversations? Ne voudriez-vous pas aussi l'écrire, par hasard?

Le chevalier. — Je n'y manquerais pas, je vous assure, si je publiais le livre ; et je suis persuadé que personne ne s'en fâcherait. Quant aux autres digressions inévitables dans tout entretien réel, j'y vois plus d'avantages que d'inconvénients, pourvu qu'elles naissent du sujet et sans aucune violence. Il me semble que toutes les vérités ne peuvent se tenir debout par leurs propres forces : il en est qui ont besoin d'être, pour ainsi dire, flanquées^ par d'autres vérités, et de là vient cette maxime très vraie que j'ai lue je ne sais où : Que pow savoir bien une

chose, il fallait en savoir un peu mille. Je crois donc que cette facilité que donne la conversation, d'assurer sa route en étayant une proposition par d'autres lorsqu'elle en a besoin; que cette facilité, dis-je, transportée dans un livre, pourrait avoir son prix et mettre de l'art dans la négligence.

Le sénateur. — Écoutez, Monsieur le chevalier, je le mets sur votre conscience, et je crois que notre ami en fait autant. Je crains peu, au reste, que la responsabilité puisse jamais vous ôter le sommeil, le livre ne pouvant faire beaucoup de mal, ce me semble. Tout ce que nous vous demandons en commun, c'est de vous garder sur toute chose, quand même vous ne publieriez l'ouvrage qu'après notre mort, de dire dans la préface : J'espère que le lecteur ne regrettera pas son argent^ , autrement vous nous verriez apparaître comme des ombres furieuses , et malheur à vous!

Le chevalier. — N'ayez pas peur : je ne crois pas qu'on me surprenne jamais à piller Locke, après la peur que vous m'en avez faite.

Quoi qu'il en puisse arriver dans l'avenir, voyons, je vous en prie, où nous en sommes aujourd'hui. Nos entretiens ont commencé par l'examen de la grande été ternelle plainte qu'on ne cesse d'élever sur le succès du crime et les malheurs de la vertu; et nous avons acquis l'entière conviction qu'il n'y a rien au monde de moins fondé que cette plainte, et que pour celui même qui ne croirait pas à une autre vie, le parti de la vertu serait toujours le plus sûr pour obtenir la plus haute chance de bonheur temporel. Ce qui a été dit sur les supplices, sur les maladies et sur les remords ne laisse pas subsister le moindre doute sur ce point. J'ai surtout fait une attention

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