‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 32 sur 93 · II. Tim. IV · texte numérisé non relu

II. Tim. IV

mis d'imaginer que Sénèque n'ait point eu connaissance de l'enseig-nemeiit de saint Paul; et la démonstri^tion est achevée par la lecture de ses ouvrages, où il parle de Dieu et de l'homme d'une manière toute nouvelle. A côté (lu passage de ses épitres où il dit que Dieu doit être honoré et AIMÉ , une main inconnue écrivit jadis sur la marge de l'exemplaire dont je me sers : Deum ainarimx alii auctores dixerunt^. L'expression est au moins très rare et très remarquable.

Pascal a fort bien observé qu'aucune autre religion que la notre na demandé à Dieu de V aimer ; sur quoi je me rappelle que Voltaire , dans le honteux commentaire qu'il a ajouté aux pensées de cet homme fameux, objecte que Marc-Aurèle et Epictète parlent continuellement d'aimer Dieu-. Pourquoi ce joli érudit n'a-t-il pas daigné nous citer les passages? Rien n'était plus aisé , puisque , suivant lui, ils se touchent. Mais revenons à Sénèque. Ailleurs il a dit : Mes Dieux '^, et même notre Dieu et no-

1 . On ne lira guère ailleurs que Dieu est aimé. S'il existe quelque trait de ce genre, on le trouvera dans Platon. Saint Augustin lui en fait honneur. [De civit Dei, VIII, 5, 6. Vid. Sen., Epist., 47.

2. Voy. les Pensées de Pascal, Paris, Reynouard. 1803, 2 vol. in-S", tome II, pag. 328. — Il y a dans ce passage de Voltaire autant de bévues que de mots. Car, sans parler du continuellement , qui est tout à fait ridicule, parler d'aimer Dieu n'est point du tout demander à Dieu la grâce de l'aimer; et c'est ce que Pascal a dit. Ensuite Marc-Aurèle et Epictète n'étaient pas des religions. Pascal n'a point dit (ce qu'il aurait pu dire cependant) : Aucun homme hors de notre religion n'a demandé, etc. 11 a dit, ce qui est fort différent : Aucune autre religion que la nôtre, etc. Qu'importe que tel ou tel homme ait pu dire quelques mots mal prononcés sur l'amour de Dieu ? Il ne s'agit pas d'en parler, il s'agit de l'avoir; il s'agit même de l'inspirer aux autres, et de l'inspirer en vertu d'une institution générale, à portée de tous les esprits. Or, voilà ce qu'a fait le christianisme, et voilà ce que jamais la philosophie n'a fait, ne fera ni ne peut faire. On ne saurait assez le répéter : elle ne peut rien sur le cœur de l homme. — Circum prœcordia ludit. Elle se joue autour du cœur; jamais elle n'entre.

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