‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 40 sur 93 · Musarum comitem, cui carmina semper · texte numérisé non relu

Musarum comitem, cui carmina semper

Et cilharœ cordi, numerosque intendere nervis.

{Virg., .En., IX, 775-776.)

M"^ Guyoa, à moins qu'il ne l'ait rencontrée comme par miracle.

L'onda dal mar divisa Bagna la valle e il monte :

Va passagiera in fiume; Ya prigioniera in fonte :

Mormora senipre e geme Finche non torni al mar ;

Al mar dove ella nacqiie, Dove acquistô gli umori, Dove da' lunghi errori Spera di riposar 1.

Mais toutes ces eaux ne peuvent se mêler à l'Océan sans se mêler ensemble, du moins d'une certaine manière que je ne comprends pas du tout. Quelqufois je voudrais m'élancer hors des limites étroites de ce monde ; je voudrais anticiper sur le jour des révélations et me plonger dans l'infini. Lorsque la double loi de l'homme sera effacée, et que ces deux centres seront confondus, il sera un : car n'y ayant plus de combat dans lui, où prendrait-il l'idée de la duité? Mais, si nous considérons les hommes les uns à l'égard des autres, qu'en sera-t-il d'eux lorsque le mal

1. Metast. Allas, m, l. — Voici le passage de M™° Guyon , indiqué dans le dialogue : — « Dieu étant notre dernière fin, l'âme peut sans cesse s'é- « couler dans lui comme dans son terme et son centre, et y être mêlée et « transformée sans en ressortir jamais. Ainsi qu'un fleuve, qui est une « eau sortie de la mer et très distincte de la mer, se trouvant bors de son 0 origine, tâche par diverses agitations de se rapprocher de la mer, jus- « qu'à ce qu'y étant enfin retombé, il se perde et se mélange avec elle, ainsi « qu'il y était perdu et mêlé avant que d'eu sortir; et il ne peut plus en « être distingué. » {Comment, sur le Cantique des Cantiques; in-I2, 1687, chap. I, V. I.)

L'illustre ami de madame Guyon exprime encore la même idée dans son Télémaque. La raison , dit-il, est comme un grand océan de lumières : nos esprits sont comme de petits ruisseaux qui en sortent et qui y re^ tournent pour s'y perdre. (Liv. IV.) On sent dans ces deux morceaux deux âmes mêlées.

étant anéanti, il n'y aura plus de passion ni d'intérêt personnel? Que deviendra le moi , lorsque toutes les pensées seront communes comme les désirs, lorsque tous les esprits se verront comme ils sont vus? Qui peut comprendre, qui peut se représenter cette Jérusalem céleste où tous les habitants, pénétrés par le même esprit, se pénétreront mutuellement et se réfléchiront le bonheur ^? Une infinité de spectres lumineux de même dimension, s'ils viennent à coïncider exactement dans le même lieu, ne sont plus une infinité de spectres lumineux : c'est un seul spectre infiniment lumiaeux. Je me garde bien cependant de vouloir toucher à \dL personnalité , sans laquelle l'immortalité n'est rien; mais je ne puis m'empêcher d'être frappé en voyant comment tout l'univers nous ramène à cette mystérieuse unité.

Saint Paul a inventé un mot qui a passé dans toutes les langues chrétiennes; c'est celui à' édifier, qui est fort étonnant au premier coup d'œil : car qu'y a-t-il donc de commun entre la construction d'un édifice et le bon exemple qu'on donne à son prochain?

Mais on découvre bientôt la racine de cette expression. Le vice écarte les hommes, comme la vertu les unit. Il n'y a pas un acte contre l'ordre qui n'enfante un intérêt particulier contraire à l'ordre général; il n'y a pas un acte pur qui ne sacrifie un intérêt particulier à l'intérêt général, c'est-à-dire qui ne tende à créer une volonté une et régulière à la place de ces myriades de volontés divergentes et coupables. Saint Paul partait donc de cette idée fondamentale, que nous sommes tous l'édifice de Dieu; et que cet édifice que nous devons élever est le corps du Sauveur-. Il tourne cette idée de plusieurs ma-

1. Jérusalem qux sedificcUur ut civilas cujus pariicipatio ejus in idipsnm.

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