‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 63 sur 93 · De Bello Cullico, vi · texte numérisé non relu

De Bello Cullico, vi

dieux, jusqu'à ce que, par l'effusion de son sang, il eûi délié et lui-même et la nation ^.

On voit ici pourquoi le mot sacré (sacer) était pris dans la langue latine en bonne et en mauvaise part, pourquoi le même mot dans la langue grecque ('Ocio;) signifie également ce qui est saint et ce qui est profane ; pourquoi le mot anathème signifiait de même tout à la fois ce qui est offert à Dieu à titre de don , et ce qui est livré à sa vengeance ; pourquoi enfin on dit en grec comme en latin qu'un homme ou une chose ont été dé-sacrés (expiés), pour exprimer qu'on les a lavés d'une souillure qu'ils avaient contractée. Ce mot de dé-sacrer(^S.ooct.o\j'^, expiare) semble contraire à l'analogie : l'oreille non instruite demanderait ré-sacrer ou ré-sanctifier ; mais l'erreur n'est qu'apparente , et l'expression est très exacte. Sacre signifie, dans les langues anciennes, ce qui est livré à la Divinité, n'importe à quel titre, et qui se trouve ainsi lié; de manière que le supplice dé-sacre , expie , ou délie , tout comme Y absolution religieuse.

Lorsque les lois des XII tables prononcent la mort, elles disent : sackr esto {qiiil soit sacré)! c'est-à-dire dévoué; ou, pour s'exprimer plus correctement, youé; car le coupable n'était , rigoureusement parlant , dé-voué que par l'exécution.

Et lorsque l'Église i^rie pour les femmes dévouées (^ro devoto femineo sexu), c'est-à-dire pour les religieuses qui sont réellement dévouées dans un sens très juste -,

1. Ces mots de lier et de délier sont si naturels, qu'ils se trouvent adoptes et fixés pour toujours dans notre langue théologique.

2. Un journaliste français, en plaisantant sur ce texte, Pro devoto femineo sexu, n'a pas manqué de dire : que l'Église a décerné aux femmes le titre de sexe dévot {Journal de l'Empire, 26 février 1812.) 11 ne faut pas quereller les gens d'esprit qui apprennent le latin , bientôt sans doute ils Ift sauront. Il est vrai cependant qu'il serait bon de l'avoir appris avant de se jouer à l'Église romaine qui le sait passablement.

c'est toujours la môme idée. D'un côté est le crime, et de l'autre rinnocence; mais l'un et l'autre sont sacrés.

Dans le dialogue de Platon, appelé \ Enthyphron , un homme sur le point de porter devant les tribunaux une accusation horrible . puisqu'il s'agissait de dénoncer son père , s'excuse en disant : « Qu'on est également souillé « en commettant un crime , ou en laissant vivre tranquil- <( lement celui qui l'a commis , et qu'il veut absolument « poursuivre son accusation , pour absoudre tout à la fois « et sa propre personne et celle du coupable ^. »

Ce passage exprime fort bien le système antique , qui , sous un certain point de vue , fait honneur au bon sens des anciens.

Malheureusement, les hommes étant pénétrés du principe de V efficacité des sacrifices proportionnée à l'importance des victimes, du coupable à l'ennemi il n'y eut qu'un pas : tout ennemi fut coupable; et malheureusement encore tout étranger fut ennemi lorsqu'on eut besoin de victimes. Cet horrible droit public n'est que trop connu; voilà pourquoi hostis-, en latin, signifia d'abord également ennemi et étranger. Le plus élégant des écrivains latins s'est plu à rappeler cette synonymie 3; et je remarque encore qu'Homère, dans un endroit de l'Iliade, rend l'idée d'ennemi par celle à' étranger '^^ et que son commentateur nous avertit de faire attention à cette expression.

1. 'Afflofftoî; <7ôay-6v -/.al èxsTvov. Plat., Enthyph. 0pp. tome I, p. 8.

2. Eusth., ad. Loc. Le mot latin hostis est le m^me que celui de hôte {hoste) en français; et l'un et l'autre se trouvent dans l'allemand hast, quoiqu'ils y soient moins visibles. L'Iwstis étant donc un ennemi ou un étranger, et, sous ce double rapport, sujet au sacrifice, l'homme, et ensuite par analogie l'animal immolé, s'appelèrent hostie. On sait combien ce mot a été dénaturé et ennobli dans nos langues chrétiennes.

3./, Soror, atque hostem supplex affare superbum. (Virg.,^n. iv, 424). Ubi Servlus : — Nonnulli juxta veieres bostem pro hospite . dictum accipiunt. (Forcellini in hostis.)

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