XII PRÉFACE DU PREMIER ÉDITEUR
fécondes où ils se sont abreuvés avant nous , où nous trouverons encore à puiser après eux ; et ce que nous y aurons amassé , essayons d'en faire un utile et généreux usage, selon les temps où nous vivons et les circonstances où nous pourrons nous trouver. Tout homme qui joindra un grand sens à un talent véritable sentira donc que le xix® siècle ne peut être littéraire , ainsi que l'a été le x\if; qu'on n'écrit point, et qu'en eflfet on ne doit point écrire au milieu de tous les désordres, de toutes les erreurs, de toutes les passions, de toutes les haines, de la plus efifroyable corruption , comme on écrivait au sein de l'ordre, de la paix, de toutes les prospérités ; lorsque la société était en quelque sorte pleine de foi, d'espérance et d'amour. Ah ! sans doute , si ses grands esprits eussent vécu dans nos temps malheureux, la douceur de Massillon se fût changée en véhémence ; une sainte indignation transportant Bourladoue eût donné à sa puissance dialectique des mouvements plus passionnés ; Pascal eût dirigé vers un même but les traits étincelants de sa satire , les traits non moins pénétrants de sa mâle éloquence ; et la voix de Bossuet eût fait entendre des tonnerres encore plus retentissants. Boileau et Racine, tous les deux si pleins déraison, considéreraient aujourd'hui comme de vains amusements les chefs-d'œuvre qui font leur immortalité ; et, abandonnant ces agréables et innocents mensonges dont ils avaient fait chez les anciens une moisson si riche et peut-être trop abondante , on les verrait consacrer uniquement à louer ou à défendre la céleste vérité tous ces dons célestes du génie et du