XIV PRÉFACE DU PREMIER ÉDITEUR
Éclaircissement sur les sacrifices; et nous ne craignons pas de dire que, dans ces deux volumes, il n'est rien peut-être qui soit de nature à produire de plus profondes impressions. L'auteur, avec sa prodigieuse érudition, qui semble ici se surpasser elle-même par de nouveaux prodiges, parcourt le monde entier et en compulse les annales les plus obscures et les plus cachées, pour nous y montrer le sacrifice, et le sacrifice SANGLANT, établi dans tous les temps, dans tous les lieux, et sur la foi d'une tradition universelle et immémoriale, qui a partout enseigné et persuadé partout : « que la chair et le sang sont coupables, et « que le ciel est irrité contre la chair et le sang; que « dans l'effusion du sang il est une vertu expiatrice; « que le sang coupable peut être racheté par le sang « innocent. » Croyance inexplicable que ni la raison ni la folie n'ont pu inventer, encore moins faire adopter généralement; croyance mystérieuse, qui a sa racine dans les dernières profondeurs du cœur humain, et qui, dans ses applications les plus cruelles, les plus révoltantes, les plus erronées, se rattache par d'invisibles liens à la plus grande des vérités. L'auteur poursuit cette vérité aux traces de lumière qu'elle laisse après elle à travers la nuit profonde de l'idolâtrie. Au milieu des erreurs de tant de fausses religions, il retrouve plus ou moins altérés tous les dogmes de la véritable , toutes ses promesses , tous ses mystères , toutes les destinées de l'homme, et vient finir en se prosternant devant le sam^ce incompréhensible qui a toutcon-
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sommé, aux pieds de la grande Victime qui a opéré le salut du monde entier par le sang. Rien de plus frappant que ce morceau que, dans toutes ses parties, on peut dire achevé.
Hélas! il n'en est pas ainsi du livre même des Soirées. Il était arrêté que M. le comte de Maistre ne recevrait point ici-bas la dernière couronne due à ses longs et pieux travaux; il travaillait encore à ce bel ouvrage lorsque Dieu a voulu l'appeler à lui pour lui donner, « dans un monde meilleur, cette couronne « que la « rouille et les vers n'altéreront point ; celte couronne in- « corruptible qui ne sera point enlevée* ». Ceux qu'il aimait ne se consoleront point de l'avoir perdu; l'Europe entière a donné des regrets à cette perte vraiment européenne ; et ces regrets se renouvelleront sans cesse pour les cœurs généreux, lorsque, jetant les yeux sur les lignes demi-achevées qui terminent le XP entretien et les dernières que sa main ait tracées , ils verront que , de cette main déjà défaillante, il s'occupait alors de sonder la plaie la plus profonde de notre malheureux âge^, d'en montrer le danger toujours croissant, et d'y chercher sans doute des remèdes. C'est ainsi qu'imitant jusqu'au dernier moment son divin modèle, « il a passé « en faisant le bien ». Pertransiil benefaciendo ^ .
1. Thesaurizate autem vobis thesauros in cœlo, ubi neque œrugo neque tinea demolilur, et iibifures non effocliunt nec furantvr. Matlh VI, 20.