‹ Œuvres choisiesChapitre 3 sur 83 · BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE

Le comte Joseph-Marie de Maistre naquit à Charabéry, le 1" avril 1753. Sa famille, oi-if^maire du Lanj^uedoc, appartenait à l'ancienne noblesse françaibe, mais s'était établie depuis cent ans en Savoie, où elle avait occupé de hautes fonctions dans la magistrature. Son père était président du Sénat savoisien. Sa mère, Christine de Metz, tille d'un t;entilhomme de Jugey, était une femme d'une grande piété et d'un caractère élevé. Ce fut elle qui dirigea sa première éducation. Elle lui inspira l'amour du travail et lui fit comprendre de bonne heure la nécessité et les avantages des études sérieuses. 11 s'appliqua, avec une assiduité sans reiàche, aux langues anciennes et modernes, et aux mathématiques. Ses humanités achevées, il fit son droit. A vingt ans, il avait pris tous ses grades. En 1774, il fut nommé substitut de l'avocat fiscal général, et en 1788, après son mariage avec M"* de Morand, il fut appelé à siéger au Sénat. Le roi de Sardaigne, Victor-Araédée III, le fit entrer au Conseil de réforme des études. En 1792, quand eut lieu la réunion de la Savoie à la France, il se retira à Lausanne, après avoir servi, comme son frère Xavier, sous les drapeaux du roi.

C'est à Lausanne que Joseph de Maistre débuta comme écrivain par la publication de deux opuscules politiques: Adresse de quelques parents des militaires savoisiens à la nation française 1794; Jean Claude Têtu, maire de Montagnole, district de Chambé)y, à ses chers concitoyens, les habitants du Mont-Blanc. En 1796, parurent, à Neufchâtel, sous le voile de l'anonyme, ses Considérations sur la Frafice, qui eurent dans toute l'Europe un immense retentissement et qui lui valurent les félicitations, en quelque sorte officielles, du comte de Provence (depuis Louis XVIII). Les autorités républicaines interdirent rigoureusement l'entrée de ce livre en France et cette mesura de proscription ne fit qu'en accroître le renom. Le volume se répandit clandestinement, et eut dans la même an née plusieurs éditions. L'auteur y examinait la Révolution dans ses causes, dans sa portée et dans ses eâets. Il y proclamait la mission providentielle de la France, et après avoir affirmé que les événements de la Terreur étaient un châtiment infligé par Dieu à la royauté, au clergé et à l'aristocratie, coupables d'avoir laissé se propager les théories philosophiques au xviii' siècle, il indiquait les conséquences fatales du régime nouveau et prédisait la Restauration prochaine. Cette œuvre, d'une grande force de dialectique, révélait non seulement les doctrines et les vu-dS du polémiste, mais la puissance de son talent.

Rappelé à Turin, en 1797, par le roi Charles-Emmanuel IV, successeur de Victor-Amédée III, Joseph de Maistre repr.t ses fonctions publiques, mais lorsque le roi eut perdu sou trône Tannée suivanio,

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l'écrivain vaillant et inflexible dut chercner un refuge à Venise, où il passa prés de douze mois dans une situation précaire, voisine de l'indigence. Son exil ne fut toutefois que de courte durée. En 1799, il put rentrer en Sardaigne oii il obtint le poste de Régent de la grande chancellerie du royaume. Trois ans après 11 fut désigné pour représenter le roi de Sardaigne comme ministre plénipotentiaire à la cour de Russie.

Il arriva à Saint-Pétersbourg le 13 mai 1803 et y resta quatorze ans, jusqu'en 1817, consacrant la plus grande partie de son temps à ses devoirs diplomatiques, et employant ses heures de loisir à la composition de ses deux principaux ouvrages : Du Pape et les Soirées de Saint-Pe'tersbourg. Le premier de ces livres est une apologie éloquente de la papauté.

Les Soirées de Saint-Pétersbourg se composent de onze Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence entre trois interlocuteurs : un R,usse(le sénateur), un Français (le chevalier) et l'auteur lui-même (le comte) qui entreprennent d'expliquer le problème capital de la destinée humaine et de l'ordre providentiel des choses.

Le livre de l'Église gallicane lit suite au Pape et eut le même succès. Joseph de Maistre y faisait preuve de la même science, de la même verve et de la même logique pour la défense de l'Église universelle contre-les doctrines de l'Assemblée de 1682. On doit encore à J. de Maistre : YEssai sur le principe régénérateur des constitutions politiques, les Délais de la justice divine dans la 'punition des coupables, les Lettres à U7i gentilhom,me russe sur l'inquisition espagnole, YExamen de la philosophie de Bacon, des Mémoires politiques, des Lettres et Opuscules, Quatre Chapitres sur la Russie. Ses' lettres intimes ont un charme tout particulier, une vivacité et une franche saillie qui contraste avec la gravité accoutumée de son style.

Quand Joseph de Maistre revint dans sa patrie en 1817 il y fut accueilli avec reconnaissance par son souverain qui le combla d'honneurs. Mais une tristesse irrémédiable avait envahi son âme. En voyant l'Europe accepter les idées parlementaires il avait été atteint au cœur. Il sentait l'ancien régime disparaître et, comme il le disait lui-même, il se mourait avec lui. Cependant, jusqu'à la fin de sa vie, il fut le champion ardent de la foi et du droit divin. Il mourut le 26 février 1821.

Bibliographie : Raymond, Eloge du comte J. de Maistre (1827); Gimelle, Joseph de Maistre, ses œuvres, leur influence (1870) ; Louis Morea.Vi, Joseph de Maistre (1878); Sainte Beuve, Portraits, t. II, et Causeries, t. IV; A. Nettement, Histoire de la littérature française sous la Restauration ; Godefroy, Histoire de la littérature française au xix° siècle ; Merlet, Tableau de la littérature française au xix° siècle, et surtout A. de Margerie, le Comte Joseph de Maistre, in-8% 1883.

Par décision du 29 mai 1830, l'Académie française a choisi comme î-uiei Dour le prix d'éloquence à décerner en 1832 : Élude sur Joseph ue Muisiro.

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