‹ Œuvres choisiesChapitre 35 sur 83 · Vim, sentit g eminam. (Ovid., VIII · texte numérisé non relu

Vim, sentit g eminam. (Ovid., VIII

2. Aidant de ^r?ui /Je^(^é<re; ce qui suf(it à la justesse de l'observation; mais non pas le même bruit. La conscience ne fait rien comme le vice, et ses applaudissements mêmes ont un accent.

cun est obligé en conscience de s'écrier comme Louis XIV : Ah! que je connais bien ces deux hommes-là !

Le COMTE. — Eh bien, voilà la solution de votre problème et de tant d'autres qui réellement ne sont que le même, sous différentes formes. C'est un homme qui vante très justement les avantages, même temporels, de la vertu, et c'est un autre homme dans le même homme qui prouvera, un instant après, qu'elle n'est sur la terre que pour y être persécutée, honnie, égorgée par le crime. Qu'avez-vous donc entendu dans le monde? Deux hommes qui ne sont pas du même avis. En vérité, il n'y arien là d'étonnant; mais il s'en faut de beaucoup que ces deux hommes soient égaux. C'est la droite raison, c'est la conscience qui dit ce qu'elle voit avec évidence : que dans toutes les professions, dans toutes les entreprises, dans toutesles affaires, l'avantage, toutes choses égales d'ailleurs, se trouve toujours du côté de la vertu; que la santé, le premier des biens temporels, et sans lequel tous les autres ne sont rien, est en partie son ouvrage; qu'elle nous comble enfin d'un contentement intérieur plus précieux mille fois que tous les trésors de l'univers.

C'est au contraire l'orgueil révolté ou dépité, c'est l'envie, c'est l'avarice, c'est l'impiété qui se plaignent des désavantages temporels de la vertu. Ce n'est donc plus Vhomme, ou bien c'est un autre homme.

Dans ses discours encore plus que dans ses actions, l'homme est trop souvent déterminé par la passion du moment, et surtout par ce qu'on appelle humeur. Jevelix vous citer à ce propos un auteur ancien et même antique, dont je regrette beaucoup les ouvrages, à raison de la force et du grand sens qui brillent dans les fragments qui nous en restent. C'est le grave Ennius, qui faisait chanter jadis sur le théâtre de Rome ces étranges maximes :

J'ai dit qu'il est des dieux; je le dirai sans cesse : Mais, je le dis aussi, leur profonde sagesse Ne se mêla jamais des choses d'ici bas. Si j'étais dans l'erreur, ne les vei^rions-nous pas Récompenser le juste et punir le coupable? Hélas ! il n'en est rien*

Et Cicéron nous apprend, je ne sais plus où, que ce morceau était couvert d'applaudissements ~.

Mais dans le même siècle et sur le même théâtre, Plaute était sûrement au moins aussi applaudi, lorsqu'il disait :

Du haut de sa sainte demeure.

Un Dieu toujours veillant nous regarde marcher; Il nous voit, nous entend, nous observe à toute heure, Et la plus sombre nuit ne saurait nous cacher ^.

Voilà, je crois, un assez bel exemple de cette grande contradiction humaine. Ici c'est le sage, c'est le poète philosophe qui déraisonne ; et c'est le farceur aimable qui prêche à merveille.

Mais si vous consentez à me suivre, partons de Rome et pour un instant allons à Jérusalem. Un psaume assez court a tout dit sur le sujet qui nous occupe. Prêt à confesser quelques doutes qui s'étaient élevés jadis dans

1. Ego Deûm genus esse semper dixi et dicam cœlitum; Sed eos .non curare opinor quid agat hominum gcnus.

Nam si curent, benè bonis sit, vialis malè, qvod nunc abest. {Ennius ap. Cicer., De Div. II, 50.) Voy. pour l'intégrilé du texte, la note de d'Olivet sur cet endroit.

Page 1