‹ Œuvres choisiesChapitre 36 sur 83 · Magno plau.su loquitur assentiente populo. (Cic, ibid · texte numérisé non relu

Magno plau.su loquitur assentiente populo. (Cic, ibid

3. Est pkofecto deus f/wi quse nos gerimus auditque etvidet. Is, uti tu me hic habueris, proinde illum illic curaverit; Benè merenti benè profuerit; malè merenti par erit.

(Plaut., Cap. II, 11-63-65).

Voy. dans les œuvres de Racine, la traduction des hymnes du bréviaire î romain à Laudes : Lux ecce surgit aurca, etc. — On ne se douterait ^. guère que, dans cet endroit, il a traduit Piaule.

son âme, le Roi-Prophète, auteur de ce beau cantique, se croit obligé de les condamner à l'avance en débutant par un élan d'amour; il s'écrie : Que notre Dieu est bon pour tous les hommes qui ont le cœur droit!

Après ce beau mouvement, il pourra avouer sans peine d'anciennes inquiétudes : J'étais scandalisé, et je sentais presque ma foi s ébranler lorsque je contem.plais la tranquillité des méchants. J'entendais dire autour de moi : Dieu les voit-il? et moi je disais : Cest donc en vain que j'ai suivi le sentier de l'innocence ! Je m'efforçais de pénétrer ce mystère qui fatiguait mon intelligence.

Voilà bien des doutes qui se sont présentés plus ou moins vivement à tous les esprits; c'est ce qu'on appelle, en style ascétique, des tentations; et il se hâte de nous dire que la vérité ne tarda pas de leur imposer silence.

Mais je l'ai compris enfin ce mystère, lorsque je suis entré dans le sanctuaire du Seigneur ; lorsque j'ai vu la fin qu'il a préparée aux coupables. Je me . trompais, ô Dieu! vous punissez leurs trames secrètes ; vous renversez les méchants; vous les accablez de malheurs : en un instant ils ont péri, ils ont péri à cause de leur iniquité, et vous les avez fait disparaître comme le songe d'un homme qui s'éveille.

Ayant ainsi abjuré tous les sophismes de l'esprit, il ne sait plus qu'aimer. Il s'écrie : Que puis-je désirer dans le ciel? que puis-je aimer sur la terre excepté vous seul? ma chair et mon sang se consument d'amour, vous êtes mon partage pour l'éternité. Qui s'éloigne de vous marche à sa perle, comme une épouse infidèle que la vengeance poursuit ; mais pour moi, point d'autre bonheur que celui de ni attacher à vous, de n'espérer qu'en vous, de célébrer devant les hommes les merveilles de mon Dieu.

Voilà notre maître et notre modèle ; il ne faut jamais, dans ces sortes de questions, commencer par un orgueil contentieux qui est un crime parce qu'il argumente con-

tre Dieu, ce qui mène droit à l'aveuglement. Il faut s'écrier avant tout : Que vous êtes bon! et supposer qu'il y a dans notre esprit quelque erreur qu'il s'agit seulement de démêler. Avec ces dispositions, nous ne tarderons pas de trouver la paix, qui nous dédaignera justement tant que nous ne la demanderons pas à son Auteur. J'accorde à la raison tout ce que je lui dois. L'homme ne l'a reçue que pour s'en servir, et nous avons assez bien prouvé, je pense, qu'elle n'est pas fort embarrassée par les difficultés qu'on lui oppose contre la Providence. Toutefois ne comptons point exclusivement sur une lumière trop sujette à se trouver éclipsée par ces ténèbres du cœur, toujours prêtes à s'élever entre la vérité et nous. Entrons dans le sanctuaire! c'est là que tous les scrupules, que tous les scandales s'évanouissent. Le doute ressemble à ces mouches importunes qu'on chasse et qui reviennent toujours. Il s'envole sans doute au premier geste delà raison; mais la Religion le tue, et franchement c'est un peu mieux.

Le sénateur. — Je vous ai suivi avec un extrême plaisir dans votre excursion à Jérusalem ; mais permettez-moi d'ajouter encore àvos idées en vous faisant observer que ce n'est pas toujours à beaucoup près l'impiété, l'ignorance ou la légèreté qui se laissent éblouir par le sophisme que vous attaquez avec de si bonnes raisons. L'injustice est telle à cet égard, et l'erreur si fort enracinée, que les écrivains les plus sages, séduits ou étourdis par des plaintes insensées, finissent par s'exprimer comme la foule, et semblent passer condamnation sur ce point. Vous citiez tout à l'heure Louis Racine : rappelez-vous ce vers de la tirade que vous aviez en vue :

La fortune, il est vrai, la richesse te fuit. Rien n'est plus faux : non seulement les richesses ne

fuient pas la vertu; mais il n'y a, au contraire, de richesses honorables etpermatientes que celles qui sont acquises et possédées par la vertu. Les autres sont méprisées et ne font que passer. Voilà cependant un sage, un homme profondément religieux qui vient nous répéter après mille autres : Que la richesse et la vertu sont brouillées; mais sans doute aussi qu'après mille autres il avait répété, bien des fois dans sa vie, l'antique, l'universel, l'infaillible adage : Bien mal acquis ne profite jamais^. De manière que nous voilà obligés de croire que les richesses fuient également le vice et la vertu. Où sont-elles donc, de grâce? Si l'on avait des observations morales, comme on a des observations météorologiques; si des observateurs infatigables portaient un œil pénétrant sur l'histoire des familles, on verrait que les biens mal acquis sont autant d'anathèmes dont l'accomplissement est inévitable sur les individus ou sur les familles.

Mais il y a dans les écrivains du bon parti qui se sont exercés sur ce sujet, une erreur secrète qui me parait mériter qu'on la mette à découvert ; ils voient dans la prospérité des méchants et dans les souffrances de la vertu une forte preuve de l'immortalité de l'âme, ou, ce qui revient au même, des peines et des récompenses de l'autre vie; ils sont donc portés, sans qu'ils s'en aperçoivent peut-être, à fermer les yeux sur celles de ce monde, de peur d'affaiblir les preuves d'une vérité du premier ordre sur laquelle repose tout l'édifice de la Religion; mais j'ose croire qu'en cela ils ont tort. Il n'est pas nécessaire, ni même, je pense, permis de désarmer, pour ainsi dire, une vérité afin d'en ar-

1. Malè parta malè dilabuntur. Ce proverbe est de tous les styles. Platon l'a dit : C'estla vertu qui produitles richesses, comme elle produit tous les autres biens, tant publics que particuliers. (In Apol. Soc. opp., lomer, pag. 70.) C'est la vérité même qui s'exprime ainsi.

mer une autre; chaque vérité peut se défendre seule : pourquoi faire des aveux qui ne sont pas nécessaires?

Lisez, je vous prie, la première fois que vous en aurez le temps, les réflexions critiques de Villustre Leihnitz sur les principes de Pufl'endorf : vous y lirez en propres termes que les châtiments d'une autre vie sont démontrés par cela seul qu'il a plu au Souverain Maître de toutes choses de laisser dans cette vie la plupart des crimes impunis et la plupart des vertus sans récompense.

Mais ne croyez pas qu'il nous laisse la peine de le réfuter. 11 se hâte, dans le même ouvrage, de se réfuter luimême avec la supériorité qui lui appartient ; il reconnaît expressément, qu'en faisant même abstraction des autres peines que Dieu décerne dans ce monde à la manière des législateurs humains, il ne se montrerait pas moins législateur dès cette vie, puisquen vertu des lois seules de la nature qu'il a portées avec tant de sagesse, tout méchant

est un MEAUTONTIMORUMENOS'.

On ne saurait mieux dire ; mais dites-moi vous-mêmes comment il est possible que, Dieu ayant prononcé des peines dès cette vie à la manière des législateurs, et tout méchant étant d'ailleurs, et en vertu des lois naturelles, un bourreau de LUI-MÊME, la plupart des crimes demeurent impunis'^. L'illusion dont je vous parlais tout à l'heure et la force du préjugé se montrent ici à découvert. Je n'entreprendrai pas inutilement de les jnettre dans un plus grand jour, mais je veux vous citer encore un homme supérieur dans son

1. Bourreau de lui-même; c'est le titre fort connu d'une comédie de Térence. Le vénérable auteur de l'Évangile expliqué a dit avec autant d'esprit et plus d'autorité • Un cœur coupable prend toujours contre lui-même le parti de la justice divine. (Tome III, 120^ méd., 3* point,)

2. Lebnilzil monita qucedam ad Buffendorfii principia. 0pp., tome IV, part III, pag. 277. Les pensées les plus importantes de ce grand homme ont été mises à la portée de tout le monde dans ce livre également bien conçu et bien exécuté des Pensées de Leibnitz {Voy. tome II, pag. 296 et 375.)

genre, et dont les œuvres ascétiques sont incontestablement un des plus beaux présents que le talent aitfait'à la piété : le P. Berthier, Je me rappelle que sur ces paroles dun psaume : Encore un moment, et l impie n'existera plus, vous chercherez sa place, et vous ne la trouverez pas; il observe que si le Prophète n'avait pas en vue la bienheureuse éternité, sa proposition serait fausse ; car, dit-il, les hommes de bien ont péri, et Von ne connaît pas le lieu qu'ils ont habité sur la terre; ils ne possédaient point de richesses pendant leur vie, et Von ne voit pas quils y fussent plus tranquilles que les méchants, qui, malgré les excès des passions, semblent avoir le privilège de la samé et d'une vie

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