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Initium omnis peccati superbia. (Eccli., X

SOIRÉES DE SAINT-PÉTERSBOURG. — T. I. fi

à moi, à propos de ces calamités dont nous parlons. Si le Christianisme était humain, son enseignement varierait avec les opinions humaines; mais comme il part de l'être immuable, il est immuable comme lui. Certainement cette religion, qui est la mère de toute la bonne et véritable science qui existe dans le monde, et dont le plus grand intérêt est l'avancement de cette même science, se garde bien de nous l'interdire ou d'en gêner la marche. Elle approuve beaucoup, par exemple, que nous recherchions la nature de tous les agents physiques qui jouent un rôle dans les grandes convulsions de la nature. Quant à elle, qui se trouve en relation directe avec le souverain, elle ne s'occupe guère des ministres qui exécutent ses ordres. Elle sait qu'elle est faite pour prier et non pour disserter, puisqu'elle sait certainement tout ce qu'elle doit savoir. Qu'on l'approuve donc ou qu'on la blâme, qu'on l'admire ou qu'on la tourne en ridicule, elle demeure impassible; et sur les ruines d'une ville renversée par un tremblement de terre, elle s'écrie auxviii^ siècle, comme elle l'aurait fait au xii° :

Nous vous en supplions, Seigneur, daignez nous protéger; raffetmissez par votre grâce suprême cette terre ébranlée par nos iniquités, afin que les cœurs de tous les hommes connaissent que c est votre courroux qui nous envoie ces châtiments, comme c'est votre miséricorde qui nous en délivre^.

Il n'y a pas là de lois immuables, comme vous voyez; maintenant c'est au législateur à savoir, en écartant même toute discussion sur la vérité des croyances, si une nation en corps gagne plus à se pénétrer de ces sentiments qu'à se livrer exclusivement à la recherche

1. Tuere nos. Domine, quassumtis..., et terram quant vidimus nostris iniquitatibus (remcntem, superno munere finna; ut morialium corda co'jnoscant et, te indignante, talia flagella prodire, et, te miserante, cessare. (Voy. le Rituel.)

des causes physiques, à laquelle néanmoins je suis fort éloigné, de refuser un très grand mérite du second ordre.

Le sénateur. — J'approuve fort que votre Église, qui a la prétention d'enseigner tout le monde, ne se laisse enseigner par personne; et il faut sans doute qu'elle soit douée d'une grande confiance en elle-même, pour que l'opinion ne puisse absolument rien sur elle. En votre qualité de Latin...

Le comte. — Qu'appelez-vous donc Latin? Sachez, je vous en prie, qu'en matière de religion, je suis Grec tout comme vous.

Le sénateur. — Allons donc, mon bon ami, ajournons la plaisanterie, si vous le voulez bien.

Le comte. — Je ne plaisante point du tout, je vous l'assure : le symbole des Apôtres n'a-t-il pas été écrit en grec avant de l'être en latin? Les symboles grecs de Nicée etdeConstantinople, et celui de saint Athanase, ne contienneht-ils pas ma foi? et ne devrais-je pas mourir pour en défendre la vérité? J'espère que je suis de la religion de saint Paul et de saint Luc qui étaient Grecs. Je suis de la religion de saint Ignace, de saint Justin, de saint Athanase, de saint Grégoire de Nysse, de saint Cyrille, de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Épiphane, de tous les saints, en un mot, qui sont sur vos autds et dont vous portez les noms, et nommément de saint Chrysostôme dont vous avez retenu la liturgie. J'admets tout ce que ces grands et saints personnages ont admis ; je regrette tout ce qu'ils ont regretté ; je reçois de plus comme évangile tous les conciles œcuméniques convoqués dans la Grèce d'Asie ou dans la Grèce d'Europe. Je vous demande s'il est possible d'être plus Grec?

Le sénateur. — Ce que vous dites là me fait naître

une idée qae je crois juste. Si jamais il était question d'un traité de paix entre nous, on pourrait proposer le statu quo ante hélium.

Le comte. — Et moi, je signerais sur-le-champ et même sans instruction, suh spe rati. Mais qu'est-ce donc que vous vouliez dire en ma qualité de Latin?

Le sénateur. — Je voulais dire qu'en votre qualité de Lalin vous en revenez toujours à l'autorité. Je m'amuse souvent à vous voir dormir sur cet oreiller. Au surplus, quand même je serais protestant, nous ne disputerions pas aujourd'hui : car c'est, à mon avis, très bien, très justement, et même, si vous voulez, très philosophiquement fait d'établir, comme un dogme national, que tou! fléau du Ciel est un châtiment; et quelle société humaine n'a pas cru cela? Quelle nation antique ou moderne, civilisée ou Jjarbare, et dans tous les systèmes possibles de religion, n'a pas regardé ces calamités comme l'ouvrage d'une puissance supérieure qu'il était possible d'apaiser? Je loue cependant beaucoup M. le chevalier, s'il ne s'est jamais moqué de son curé, lorsqu'il l'entendail recommander le payement de la dîme, sous peine de la grêle ou de la foudre : car personne n'a droit d'assurer qu'un tel malheur est la suite d'une telle faute (légère surtout); mais l'on peut et l'on doit assurer, en général, que tout mal physique est un châtiment; et qu'ainsi ceux que nous appelons les fléaux du Ciel, sont nécessairement la suite d'un grand crime national , ou de l'accumulation des crimes individuels; de manière que chacun de ces fléaux pouvait être prévenu, d'abord par une vie meilleure, et ensuite par la prière. Ainsi nous laisserons dire les sophistes avec leurs lois éternelles et immuables, qui n'existent que dans leur imagination, et qui ne tendent à rien moins qu'à l'extinction de toute moralité, et à l'abrutissement absolu de l'espèce hu-

maine K 11 faut de l'électricité, disiez-vous, Monsieur le chevalier : donc il nous faut des tonnerres et des foudres, comme il nous faut de la rosée ; vous pourriez ajouter encore : comme il nous faut des loups, des tigres, des serpents à sonnettes, etc., etc. — Je l'ignore en vérité. L'homme étant dans un état de dégradation aussi visible que déplorable, je n'en sais pas assez pour décider quel être et quel phénomène sont dus uniquement à cet état. D'ailleurs, dans celui même où nous sommes, on se passe fort bien de loups en Angleterre : pourquoi, je vous prie, ne s'en passerait-on pas ailleurs? Je ne sais point du tout s'il est nécessaire que le tigre soit ce qu'il est : je ne sais pas même s'il est nécessaire qu'il y ait des tigres, ou, pour vous parler franchement, je me tiens sûr du contraire. Qui peut oublier la sublime prérogative de l'homme : Que partout où il se trouve établi en nombre suffisant, les animaux qui l'entourent doivent le servir, l'amuser ou disparaître? Mais partons, si l'on veut, de la folle hypothèse de l'optimisme : supposons que le tigre doive être, et de plus être ce qu'il est, dirons nous : Donc il est bien nécessaire qu^un de ces animaux entre aujourd'hui dans une telle habitation, et qu'il y dévore dix personnes? Il faut que la terre recèle dans son sein diverses substances qui, dans certaines circonstances données, peuvent s'enflammer ou se vaporiser, et produire un tremblement de terre : fort bien; ajouteronsnous : Donc il était nécessaire que, le V novembre 1755, Lisbonne entier pérît par une de ces catastrophes. L'explosion

1. Non seulement les soins et les travaux, mais encore les prières sont ullles, Dieu ayant eu ces prières en vue avant qu'il eût réglé les choses; et non seulement ceux qui prétendent; sous le vain prétexte de la nécessité des événements, qu'on peut négliger les soins que les affaires demandent, mais encore ceux qui raisonnent contre les prières, tombent dans ce que les anciens appelaient déjà sophisme paresseux. (Lcibnilz., Tbéod., tome II, in-i", p, il5.)

n aurait pu se faire ailleurs, dans un désert, par exemple, ou sous le bassin des mers , ou à cent pas de la ville. Les habitants ne pouvaient être avertis, par de légères secousses préliminaires, de se mettre à Vabri par la fuite'! Toute raison humaine non sophistiquée se révoltera contre dépareilles conséquences.

Le comte. — Sans doute, et je crois que le bon sens universel a incontestablement raison lorsqu'il se tient à l'étymologie dont lui-même est l'auteur. Les fléaux sont destinés à nous battre; et nous sommes battus parce que nous le méritons. Nous pouvions sans doute ne pas le mériter, et même après l'avoir mérité, nous pouvons obtenir grâce. C'est là, ce me semble, le résultat de tout ce qu'on peut dire de sensé sur ce point; et c'est encore un de ces cas assez nombreux où la philosophie, après de longs et pénibles détours, vient enfin se délasser dans la croyance universelle. Vous sentez donc assez, Monsieur le chevalier, combien je suis contraire à votre comparaison des nuits et desjoursK Le cours des astres n'est pas un mal : c'est, au contraire, une règle constante et un bien qui appartient à tout le genre humain; mais le mal qui n'est qu'un châtiment, comment pourrait-il être nécessaire? L'innocence pouvait le prévenir; la prière peut l'écarter : toujours j'en reviendrai à ce grand principe. Remarquez à ce sujet un étrange sophisme de l'impiété, ou, si vous voulez, de l'ignorance; car je ne demande pas mieux que de voir celle-ci à la place de l'autre. Parce que la toutepuissante bonté sait employer un mal pour en exterminer un autre, on croit que le mal est une portion intégrante du tout. Rappelons-nous ce qu'a dit la sage antiquité : Que Mercure (qui est la raison) a la puissance d'arracher les nerfs de Typhon pour en faire les cordes de la lyre di-

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