Sedentes in tenebris et umbra moriis. P. CVI
PREFACE DU PREMIER EDITEUR. lU
de tous les peuples du monde, un seul excepté, ils eurent toujours pour le second une invincible horreur, et les malheureux qui s'en rendaient coupables furent longtemps eux-mêmes une exception au milieu de toutes les sociétés. C'est que cette dernière impiété attaquait à la fois Dieu et l'existence même des sociétés; le bon sens des peuples l'avait pressenti : et, en effet, lorsque la secte infâme d'Épicure eut étendu ses ravages au milieu de l'empire romain , on put croire un moment que tout allait rentrer dans le chaos. Tout était perdu sans doute, si la Vérité elle-même n'eut choisi ce moment pour descendre sur la terre et pour y converser avec les hommes^ . Les anciennes traditions se ranimèrent aussitôt, purifiées et sanctifiées par des vérités nouvelles; la société, qui déjà n'était plus qu'un cadavre prêt à se dissoudre, reprit le mouvement et la vie, et ce principe de vie, que lui avaient rendu les traditions religieuses , ne put être éteint ni par les révolutions des empires , ni par une longue suite de ces siècles illettrés qu'il est convenu d'appeler barbares. Les symptômes de mort ne reparurent qu'au xv^ siècle , qui est appelé le siècle de la renaissance : c'est alors que la raison humaine, reprenant son antique orgueil qu'on avait cru pour jamais terrassé par la foi , osa de nouveau scruter et attaquer les traditions. Les superstitions du Paganisme n'étant plus possibles, ce fut l'incrédulité seule qui tenta ce funeste combat : elle démolit peu à peu
t. Et cum hominibiis conversatus est. (Baruch, III, 38.)