ETct<ïir)[iy) ÈvoOcra. [Ibid., p
5. Aliquid incorporeum perse in quo insit scientia. (D. Just. quœst. ad ortliod. de incorp.,etde Dec, et de resurr. mort., quœst. H.)
pressions *, non seulement la fonction, dont l'essence est déjuger, n'est pas aidée par ces impressions, mais elle en est plutôt empêchée et troublée-. Nous devons donc supposer avec les plus grands hommes que nous avons naturellement des idées intellectuelles qui n'ont point passé par les sens 3, et l'opinion contraire afflige le bon sens et la religion^. J'ai lu que le célèbre Cudworlh^ disputant un jour avec un de ses amis sur l'origine des idées, lui dit : Prenez, je vous 'prie, un livre dans ma bibliothèque, le premier qui se présentera sous votre main, et ouvrezlé au hasard : l'ami tomba sur les Offices de Cicéron au commencement du premier livre : Quoique depuis un an, etc. — C'est assez, reprit Curfioor/i; dites-moi de grâce comment vous avez pu acquérir par les sens l'idée de Quoique =". L'argument était excellent sous une forme très simple : l'homme ne peut parler; il ne peut articuler le moindre élément de sa pensée; il ne peut dire et sans réfuter Locke.
Le chevalier. — Nous m'avez dit en commençant :
1. Spectris autem etiamsi oculi passent feriri, animus qui possit non video, etc. (Cicer., Epist. ad. Cons. etalios. XV, 16.)
2 Functio intellectus potissimùm consista in judicando ; atqui adjudicandum phantasia et simulacrum illud corporale nulle modojuvat, sed potiùs impedit. {Lessius, de Immort, aninice interopusc, lib. Ill, n°53.)
3. Non est judicium veritaiisin sensibus. (S. Aug.ÎFénelon, qui cite ce passage [Max. des Saints, art. xxviii), a dit ailleurs en parlant de ce Père : « Si un homme éclairé rassemblait dans les livres de saint Augustin a toutes les vérités sublimes qu'il a répandues comme par hasard, cet extrait « fait avec choix serait très supérieur aux méditations de Descartes, quoi- « que ces méditations soient le plus grand effort des réflexions de ce philo- « sophe... pour lequel je suis prévenu d'une grande estime. » {Œuvres spirit., in- 12, tome I, p. 23i-235.)
4. Arnaud et Nicole dans la logique de Port-Royal, ou l'Art de pense?; I" part.,ch. I
5. Cette anecdote, qui m'est inconnue, est probablement racontée quelque part dans le grand ouvrage de Cudworth : Systema intellectuale, publié d'abord en anglais, et ensuite en latin, avec les notes de Laurent Mosheim. lena, 2 vol. in-fol. t^eyde << vol. in-4o.
{Note de l'Éditeur.)
Parlez-moi en toute conscience. Permettez que je vous adresse les mêmes paroles : Parlez-moi en toute conscience ; n'avez-vous point choisi les passages de Locke qui prêtaient le plus à la critique? La tentation est séduisante, quand on parle d'un homme qu'on n'aime point.
Le comte. — Je puis vous assurer le contraire ; et je puis vous assurer de plus qu'un examen détaillé du livre me fournirait une moisson bien plus abondante; mais, pour réfuter un in-quarlo^ il en faut un autre; et par qui le dernier serait-il lu, je vous prie? Quand un mauvais livre s'est une fois emparé des esprits, il n'y a plus, pour les désabuser, d'autre moyen que celui de montrer l'esprit général qui l'a dicté , d'en classer les défauts, d'indiquer seulement les plus saillants et de s'en iier du reste à la conscience de chaque lecteur. Pour rendre celui de Locke de tous points irréprochable, il suffirait, à mon avis, d'y changer deux mots. Il est intitulé : Essai sur V entendement humain; écrivons seulement Essai sur l entendement de Locke : jamais Hvre n'aura mieux rempli son titre. L'ouvrage est le portrait entier de l'auteur, et rien n'y manque'. On y reconnaît aisément un honnête homme et même un homme de sens, mais pipé par l'esprit de secte qui le mène sans qu'il s'en aperçoive ou sans qu'il veuille s'en apercevoir; manquant d'ailleurs de l'érudition philosophique la plus indispensable et de toute profondeur dans l'esprit. Il est véritablement comique lorsqu'il nous dit sérieusement qu'il a pris la plume pour donner à a Vhomme des règles par lesquelles une créature raisonnable ' puisse diriger sagement ses actions ; àioutant que^our a.vvi\ev à ce but il s'était mis en tête que ce qu'ily aurait de plus utile
1, Jean Le Clerc écrivit jadis sous le portrait de Lodte
Lockius humanse pingens penetralia mentis Ingenium solus pinxerit ipse suum.
11 a raison.
serait de fixer avant tout les homes de Vesprit humain^. Jamais on ne se mit en tête rien d'aussi fou; car d'abord, pour ce qui est de la morale, je m'en fierais plus volontiers au sermon sur la montagne qu'à toutes les billevesées scolastiques dont Locke a rempli son livre, et qui sont bien ce qu'on peut imaginer de plus étranger à la morale. Quant aux bornes de l'entendement humain, tenez pour sûr que l'excès de la témérité est de vouloir les poser, et que l'expression même n'a pas de sens précis; mais nous en parlerons une autre fois, d'autant qu'il y a bien des choses intéressantes à dire sur ce point. Dans ce moment, c'est assez d'observer que Locke en impose ici d'abord à lui-même et ensuite à nous. Il n'a voulu réellement rien dire de ce qu'il dit. Il a voulu contredire, et rien de plus. Vous rappelez-vous ce Boindin du Temple du goût.
Criant : Messieurs, je suis ce juge intègre Qui toujours juge, argue et contredit.
Voilà l'esprit qui animait Locke. Ennemi de toute autorité morale, il en voulait aux idées reçues, qui sont une grande autorité. Il en voulait par-dessus tout à son Église, que j'aurais plus que lui le droit de haïr, et que je vénère cependant dans un certain sens, comme la plus raisonnable parmi celles qui n'ont pas raison. Locke ne prit donc la plume que pour arguer et contredire, et son livre, purement négatif, est une des productions nombreuses enfantées par ce même esprit qui a gâté tant de talents bien supérieurs à celui de Locke. L'autre caractère frappant, distinctif, invariable de ce philosophe, c'est la, super ficialité (permettez-moi de faire ce mot pour lui); il ne comprend rien à fond, il n'apprend rien ; mais ce