‹ Œuvres choisiesChapitre 71 sur 83 · Avant-propos · texte numérisé non relu

Avant-propos

que je voudrais surtout vous faire remarquer chez lui comme le signe le plus décisif delà médiocrité, c'est le défaut qu'il a de passer à côté des plus grandes questions sans s'en apercevoir. Je puis vous en donner un exemple frappant qui se présente dans ce moment à ma mémoire. 11 dit quelque part avec un ton magistral véritablement impayable : J'avoue qu'il m'est tombé en partage une de ces âmes lourdes qui ont le malheur de ne pas comprendre quil soit plus nécessaire à Vâme de penser toujours quau corps d'être toujours en mouvement; la pensée, ce me semble , étant à l'âme ce que le mouvement est au corps^. Ma foi! j'en de- i mande bien pardon à Locke, mais je ne trouve dans ce | ijeau passage rien à retrancher que la plaisanterie. Où l donc avait-il vu de la matière en repos? Vous voyez qu'il ' passe, comme je vous le disais tout à l'heure, à côté d'un ^ abîme sans le voir. Je ne prétends point soutenir que le mouvement soit essentiel à la matière, et je la crois surtout indifférente à toute direction; mais enfin il faut savoir ce qu'on dit, et lorsqu'on n'est pas en état de distinguer le mouvement absolu, on pourrait fort bien se dispenser d'écrire sur la philosophie.

Mais voyez, en suivant cette même comparaison qu'il a si mal saisie, tout le parti qu'il était possible d'en tirer en y apportant d'autres yeux. Le mouvement est au corps ce que la pensée est à l'esprit; soit, pourquoi donc n'y au- ■ lait-il pas une pensée relative et une pensée absolue ? î relative, lorsque l'homme se trouve en relation avec les objets sensibles et avec ses semblables, et qu'il peut se . comparer à eux ; absolue, lorsque cette communication ^ étant suspendue par le sommeil ou par d'autres causes ; non régulières, la pensée n'est plus emportée que par le mobile supérieur qui emporte tout. Pendant que nous

Page 1