FIN DU SIXIÈME ENTRETIEN
Page 94, note I
Sur l'essence de l'esprit qu'il place dans la pensée même.
1. Je trouve au livre XII, chap. ix, de la Métaphysique d'Aristote, quelques idées qui se rapportent infiniment à ce que dit ici l'interlocuteur. « Comme il n'y a rien, dit-il, au-dessus de la pensée, si elle n'était pas sub- « stance, mais acte simple, il s'ensuivrait que l'acte aurait la supériorité « d'excellence ou de perfection — 'f à tZ tô ctejivôv — sur le principe même « qui le produit, ce qui est révoltant. — "Qffxe çeyx-réov touto. — On s'ac- « coutume trop à envisager la pensée en tant qu'elle s'applique aux objets « extérieurs, comme science, ou sensation, ou opinion, ou connaissance; « tandis que l'appréhension de l'intelligence qui se comprend elle-même, « paraît une espèce de hors-d'œuvre. AÙTricSs (ïivéïifft;) èv Trapep^w. — Cette « connaissance de l'esprit est cependant lui; l'intelligence ne pouvant être « que l'intelligence de l'intelligence. — Kai èa-rtv r\ vôriat; vôriuewç vôr^atî. — « Le comprenant et le compris ne font qu'un. — Où-/' iTÉpov oiô) ôv toî toù « vooy(A£voy xal toO voO, etc. » Je ne serais pas éloigné de croire que ce chapitre de la Métaphysique d'Aristote se présentait au moins d'une manière vague à l'esprit de l'interlocuteur, lorsqu'il réfutait le préjugé vulgaire qui range si injustement Aristote parmi les défenseurs d'uu système non moins faux que vil et dangereux.
{Note de l'Éditeur.)
Page 96, note I
La vérité, dit-il, est une équation entre l'affirmation et son objet.
1. Je trouve en effet celte définition dans S. Thomas sous une forme un peu moins laconique. Vei'itas intellectus est adxquatio intelleclus et res secundum quod intellectus dicit esse quod est, vel non esse quod non est. [Adv. cent., lib. I, cap. xlix, n» 1.) — Illud quod intellectus intelligendo dicit et cognoscit (car il ne peut connaître et juger sans dire) opo7'tet esse rei eequatum, scilicet ut ita in re sit, sicut intellectus dicit. (Ibid.)
[Note de l'éditeur.)
Page 96, note 2.
(Entre la chose comprise et l'opération qui comprend.)
2. Illud verumest de eo quod intellectus dicit, non operatione qua dicit.
Intellectus possibilis (sive activus) est aliqua pars hominis et est dif/nissimum et formalissimum in ipso. Ergo ab eo speciem sortitnr et non ab intellectu passivo. — Intellectus possibilis probatur non esse actus corporis alicujus, propter hoc quod est cognoscitivus omnium formarumsejisibiliumin universali. Nulla igitur virtus cujus operatio se extendere potest ad universalia omnia formarum sensibilium, potest esse actus alicujus corporis. (S. Thom., lib. II, cap. lx, n» 3, 4.) — Scientia non est in intellectu passivo, sedin intellectu possibili. (Ibid.,
n° 8.j — Intellectus possibilis perficitur per species intelligibilis a
phantasuiatibus abstractas. {Ibid., n» 15.) — Sensus non est cognoscitivus nisi singularium... per species individuales receptas in organis corporalibus : intellectus autem est cognoscitivus universalium. {Ibid., lib. II, cap. Lxvii, n" 2.) — Sensus non cognoscit incorporalia, neseipsum, nec suam operationem ; visus enim non videt se ipsum, nec videt se videre. [Ibid., n° 3, 4.)
Ce petit nombre de citations suffit, je pense, pour justifier les assertions de l'interlocuteur au sujet de saint Thomas. On peut y lire en passant la condamnation de Condillac, si ridicule avec ses sensations transformées, si obstinément brouillé avec la vérité, que lorqu'il la rencontre par hasard, il s'écrie : Ce n'est pas elle.
[Note de l'Éditeur.)
Page Ho, note I.
(Comme le songe d'un homme qui s'éveille.)
1. Quam bonus Israël Deus his qui recto sunt corde! Vs. LXXI. yWei
autem pêne moti sunt pedes pacem peccatorumvidens, 2, 3, et dixe-
runt : Quomodo scit Deus! 2.... et dixi : Ergo sine causa justificavi cor
meum et lavavi inter innocentes manus meas! 13 Existimabam ut co-
gnoscerem hoc;labor est ante me. 16. donec intrem in sancluarium Dei, etintelligaminnovissimiseorum.il. Verumtamen propter dolos posuistieis, dejecisti eos. 18. Facti sunt in desolationem ; subito defC' cerunt, perierunt propter iniquitatem suam velutsomnium surgentium. •10.
Diderot, dans les principes de morale qu'il a composés d'après les caractéristiques de Shaftersbury, cite ce passage de David : Pêne moti sunt pedes mei, comme un doute fixé dans l'esprit du prophète, et sans dire un mot de ce qui précède et de ce qui suit. Jeunesse inconsidérée! Quand tu portes la main sur quelque livre de ces hommes pervers, souviens-toi que la première qualité qui leur manque, c'est toujours la probité.
Page H5, note 2.
(De célébrer devant les hommes les merveilles de mon Dieu.)
2 Quid enim mihi est incœlo, et a te quid volui super terrain ? Ibid. 25. Defecit caro mea et cor meura Deus cordis mei et pars mea Deus in seternum, 26. Quia ecce qui elongat se a te peribunt, perdidisti omnes qui fornicantur abs te, 27. Mihi autem adhœrere Deobonum est, ponere in Deo meo spem meam ; ut annuntiem omnes prœdicationes tuas in portis filiœ Sion, 28.
Page 120, note I.
(Et qu'il faudrait tout quitter pour aller contempler de près ces heureux mortels.)
1: Voy. Explication des Psaumes, t. II, ps. XXXVI, 2, p. 77, 78, 85. Réflex. spirû., t. II, p. 438, etc. Si je n'avais craint de passer les bornes dune note, j'aurais cité une foule de passages à l'appui de ce que dit ici l'un des interlocuteurs. Je me bornerai à quelques traits frappants de l'espèce de prière qu'il indique ici d'une manière générale.
« Est-il donc vrai qu'outre la félicité qui m'attend dans la céleste patrie. « je puis aussi me tlatter d'être heureux dans cette vie mortelle?.. . Le bon-
« heur ne se trouve dans la possession d aucun bien de ce monde Ceux
« qui en jouissent se plaignent tous de la situation où ils sont. Ils désirent « tous quelque chose qu'ils n'ont pas, ou que^iue auti-e que ce qu'ils ont; « d'un autre côté, tous les maux qui inondent la terre sont l'ouvrage des 0 vices,... qui nous présentent l'image de l'enfer déchaîné pour rendre
n l'homme malheureux Fussent-ils au plus haut point de la gloire et
« dans le sein même des plaisirs, les hommes qui n'ont pas compris la vraie « doctrine, .seront malheureux, parce que les biens sont incapables de les a satisfaire : ceux, au contraire, qui ont reçu la parole de vie,... marchent « dans la route du bonheur, quand ils seraient même livrés à toutes les « calamités temporelles... En parcourant les annales de l'univers,... je ne 0 trouve de bonheur que dans ceux qui ont porté le joug aimable et léger « de l'Évangile... Votre loi est droite, et elle remplit de joie les cœurs « (Ps. XVlll, 9.)... Elle procure un état de repos, de contentement, de dé- « lices même qui surpasse tout sentiment.... et qui subsiste môme au mite lieu des tribulations... Au contraire, dit le Sage (Eccl. XLI, 11, 12.),
« malheur aux impies! ils vivront dans la malédiction Le trouble.
« la perplexité, le désespoir même, feront, dès cette vie, le tourment des « ennemis de votre loi. (Berthier, Réflex. spirit., tome I, IV^ médit., IIP « rétlex., p. 438 et suiv.) »
(.Vo/e de l'Éditeur.)