NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE
« Rien ne dure, disait Juste Olivier dans une lettre écrite vers la fin de sa vie, rien ne dure, et j'aurais fait mieux, que cela ne durerait pas davantage. Il y a de ma faute, mais aussi descelle d'un public indifférent et froid qui ne nous soutient pas. C'est une triste histoire que celle de notre cher pays. Il n'a aidé ni Viret ni Vinet, et quoique fort au-dessous d'eux, j'en sais quelque chose aussi, « Allons boire un verre, » c'est la fin finale et le résumé de tout ici. Ou bien , comme le trouvait à sa grande déconvenue quelqu'un qui, voulant faire une histoire de Lausanne et feuilletant les anciens manuaux, n'y rencontrait d'autre note un peu saillante que celle-ci : Tel jour, à tel dîner municipal, potenter potatum est. Un beau latin bachique, n'est-ce pas? Sans dédaigner ce latin-là, j'avais espéré mieux. Oh! quel beau rêve î du moins j'y ai été fidèle, si je n'ai pas fait, je crois, tout ce
IV JUSTE OLIVIER
que j'aurais pu faire. Depuis le jour où dans un de mes premiers morceaux imprimés, je disais :
Un génie est caché dans tous ces lieux que j'aime,
j'ai cherché obstinément ce génie et tâché de le faire parler. Il m'a encore plus répondu, ce me semble, qu'on ne l'a écouté. Vous et quelques amis avez bien et sympatiquement soutenu sa voix. Mais ne nous faisons pas d'illusion ! il s'évanouira, il rentrera dans sa grotte comme ses prédécesseurs. »
Voilà tout Olivier, le voilà raconté par lui-même, dans l'abandon de l'intimité.
Jeune homme , il s'éprend d'une idée et en fait le but de sa vie ; homme d'âge mûr, il s'efforce, au milieu des vicissitudes d'une existence laborieuse , de réaliser la pensée de sa jeunesse; puis, la vieillesse venue, voyant l'indifférence du public, et mesurant son œuvre à l'idéal que d'abord il s'était fait, il jette un regard désenchanté sur une carrière qui n'a plus qu'un point lumineux , ce rêve premier, auquel, en dépit de tout, il demeure fidèle.
Ce rêve était donc de faire parler le génie caché dans tous ces lieux qu^il ai^nait.
Quels sont ces lieux ?
« C'est la Suisse, nous répond une voix autorisée : Olivier — je cite librement — était si foncièrement suisse -que rien n'a pu le franciser, ni son intérêt littéraire, ni sa longue fréquentation des littérateurs parisiens , ni son séjour de cinq lustres sur les bords de la Seine ; c'est même moins que la Suisse, c'est la patrie de Vaud; c'est même moins que la patrie de Vaud, c'est ce petit coin de terre, aux aspects romantiques, qui des grèves de Clarens monte aux gazons d'Enzeindaz entre les remparts des Diablerets et les escarpements de l'Argentine. Gryon, le haut village, voilà le plus aimé de tous ces lieux aimés ;