PRESSENTIMENT
Non, ne me dites plus que ma voix est vivante ! C'est un son sans écho qui mourra dans la nuit ; Un soupir dont le cœur s'attriste et s'épouvante , Car nul ne sait d'où vient cette lyre au vain bruit. Les grands noms, près du mien, étouffent sa lumière : Les géants courent seuls, le nain reste en arrière ; Mon pays, avec moi, dans l'ombre et la poussière Se plonge et rien, rien ne nous suit.
Pourtant, ô ma patrie, ô terre des montagnes Et des bleus lacs dormant sur leur lit de gravier , Nulle fée autrefois errant dans tes campagnes , Nul esprit se cachant à l'angle du foyer , Nul de ceux dont le cœur a compris ton langage , Ou dont l'œil a percé ton voile de nuage , Ne t'aima plus que moi, terre libre et sauvage , Mais où ne croit pas le laurier.
38 LE POÈTE ET SON ŒUVRE
J'ai VU quelques rameaux de l'arbre de la gloire, Poussant avec vigueur leurs jets aventureux, Se pencher, il est vrai, sur l'onde sans mémoire De ce Léman vaudois que domine Montreux. Mais un souffle inconnu rassemblait les tempêtes: D'Arvel et de Jaman l'éclair rasa les crêtes, Les lauriers tristement inclinèrent leurs têtes , Et le beau lac pleura sur eux.