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VAL DE TRAVERS

(A Fritz Berthoud. — Inédit.)

Sur un seuil qui m'est coutumier, Pendaient à la branche inclinée Les grappes rouges du thymier, Dernière rougeur de l'année.

Sur la fontaine et son bassin, Sur le portail de pierre grise, Se balançaient, comme à dessein, Leurs pendants de corail cerise.

Et des rochers suivant l'arceau, La neige couvrait l'esplanade Dont le sauvage et fier Rousseau Faisait sa haute promenade.

O vallon ! disais-je, ô maison, A mes pas errants familière.

Tu m'ouvres en toute saison Ta porte amie, hospitalière !

En blanc panache, en blanc cimier, L'hiver a beau lever la tête ; Vieux majordome, le thymier Me reçoit en habit de fête.

258 TRISTESSES ET REVERIES

Des monts quand l'hiver descendra^ N'épargnant maison ni chaumine, L'arbre gaîment mouchettera De grappes rouges son hermine.

Ainsi, près d'un vieillard tout blanc,.

En qui tout dort et tout repose, Un enfant joue, et va collant Au front de neige un front de rose.

Ainsi, malgré cet autre hiver Sur nous, ami, prêt à descendre.

L'amitié nous rend un éclair De ce qui dort parmi la cendre.

Fleurier, Paris, octobre, novembre 1869^

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