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LA CHARRETTE

Dans la saison des roses, J'en ai tout un monceau; Le jour, à peine écloses.

Le soir, dans le ruisseau.

Courtisane et lorette K'auront destin meilleur, Et traînent leur charrette, Comme d'autres la leur.

Passe, les yeux revêches, Une ancienne beauté ; Sa joue eut de mes pêches L'incarnat velouté.

Plus de rubans, d'aigrette !

Un madras de couleur Pour traîner sa charrette, Comme d'autres la leur.

Tasse une robe bleue, Traînant à son côté, Dans les plis de sa queue, Un sot bien argenté.

Nulle plainte indiscrète ; Mais au front la pâleur 1 On traîne sa charrette.

Comme d'autres la leur.

Passe un gros portefeuille. Dont le maître, rêvant

LÉGENDES ET VIEUX REFRAINS

A tout ce qu'il recueille, A peur du moindre vent.

Et sa frayeur secrète Quand on crie : Au voleur!...

Il traîne sa charrette, Comme d'autres la leur.

Cet autre, qui rêvasse, Mais n'est point aussi gras, C'est un savant qui passe, Son livre sous le bras.

Il disserte, il décrète.

Pour lui seul beau parleur, Et traîne sa charrette.

Comme d'autres la leur.

Tantôt gai, tantôt triste, Passe, mal ficelé, Un poète, un artiste^ A son œuvre attelé.

Papillon ou fleurette.

Pour d'autres sans valeur, C'est pour lui sa charrette :

Elle vaut bien la leur.

Passe sans étalage Un prince, un potentat, Menant son attelage ; C'est le char de l'état.

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