HOMUNCULUS
Il est nous, dans sa gaîne; Et chacun, pour son bien, A le sien.
Il est plus diaphane Que le souffle argentin
Du matin ; Le moindre vent le fane Et le fait tressaillir
Et pâlir.
Si son berceau se tache.
S'il s'y glisse en rampant
Un serpent.
En vain on le lui cache.
Il en a de l'émoi,
De l'effroi.
Il est dans sa nature De sentir en dormant
Si l'on ment.
Bénigne créature, Il abhorre le mal,
Son rival.
Son sommeil se prolonge Tantôt plus, tantôt moins.
Sans témoins,
LÉGENDES ET VIEUX REFRAINS
Sans que, même en un songe, Personne ait eu l'espoir De le voir.
Mais il est ; il habite En nous, sans faire bruit,
Et nous suit.
Il se plaint, il s'agite Si nous ne marchons pas
Bien au pas.
Des savants qu'on renomme Ont usé leurs creusets,
Vains essais!
Pour faire un petit homme Semblable à celui-là
Que voilà.
C'est un plus grand chimiste Qui le fit, le forma,
L'anima, Et, patient artiste.
Ne veut le mettre au jour
Qu'à son tour.
Il est sous notre garde.
Il nous est confié, Et lié.
HUMUNCULUS
Qu'il avance ou qu'il tarde, Nous et lui, c'est tout un :
Sort commun.
Devenu plus agile, Quand doit-il s'éveiller,
Gazouiller ?
Quand son berceau fragile En pièces s'en ira.
Tombera.
Alors, le petit homme,
Plus grand qu'aucun de nous.
Que nous tous.
S'il a fait un bon somme.
Bénira ce réveil
Sans pareil.
Qu'il dorme bien,
Qu'il dorme bien.
Qu'il se dorlote bien!
Sans se' douter,
Sans se douter, Sans se douter de rien.
LÉGENDES ET VIEUX REFRAINS