LA CHANSON X)E L'ALOUETTE
(Sur un distique villageois.)
« Alouette, vole en haut Prier Dieu qu'il fasse chaud. »
De son nid caché sous l'herbe^ Où ses œufs gardent encor Leur secret, leur doux trésor, L'oiseau voit le ciel superbe.
Il ferme en vain sa prunelle, Elle s'ouvre malgré lui ; Sous l'azur elle a relui ; Il lève un œil, lève une aile.
Ses deux ailes étendues Sur le nid sont toujours là, Mais le dépassent déjà.
Déjà dans l'air suspendues.
C'en est fait, l'oiseau s'enlève.
Battant les airs à la fois Et de l'aile et de la voix.
Montant comme on monte en rêve.
LA CHANSON DE L'ALOUETTE
A ses pieds, dans les prairies; Hautes meules, longs andains Aplanissent les gradins De leurs collines fleuries.
Et déjà les plus grands chênes Ne sont plus que des halliers ; Et des joncs, les peupliers Bordant les rives prochaines.
Toujours droit au-dessus d'elle, Elle suit, sans craindre rien, Son sentier aérien.
Qu'elle taille à grands coups d'aile-
Elle monte, elle s'enivre De son vol audacieux.
Qui la pousse vers les cieux Et que l'oeil a peine à suivre.
Dans l'azur elle est perdue, Mais sans la voir on l'entend.
Toujours montant et chantant.
Libre voix de l'étendue.
Puisque tu n'es pas muette Devant le ciel, comme nous.
Devant l'abîme au-dessous.
Chante donc, vive alouette,
LÉGENDES ET VIEUX REFRAINS
Alouette, vole en haut Prier Dieu qu'il fasse chaud.
Dis-lui tout, sans rien lui taire :
Comme au loin le jour décroît.
Et déjà comme il fait froid Dans les cœurs et sur la terre î
Dis, pour un dont la charrue Tire l'or de ses sillons.
Combien d'autres en haillons Qui grelottent dans la rue.
Dis-lui que si la matière A nos pieds vient se coucher, Nous aplanit tout rocher, Notre cœur reste de pierre.
Loin de la céleste route.
Dis-lui comment des humains S'enfoncent tous les chemins Dans la froide nuit du doute.
De tout temps, de rive en rive, Dis-lui les peuples errants.
Dis-lui les cœurs soupirants.
Sans qu'hélas ! son règne arrive.
EA CHANSON DE L'ALOUETTE
Dis surtout, dans ta prière, Dis comment nous nous payons Du faux jour, des faux rayons De notre obscure lumière.
Dis-lui tous ces vents funèbres Qui tombent en glace sur nous, Et comment nous marchons tous A tâtons dans nos ténèbres.
Ah ! du moins si la souffrance Reste notre dure loi, Qu'il rallume en nous la foi, Qu'il réchauffe l'espérance!
Prie ainsi, prie, invisible, Un plus invisible encor, Mais qui soutient ton essor Et rend ton aile invincible.
Ainsi le cœur qu'il anime D'un même élan monte à lui, Et sent un secret appui Sur les terreurs de l'abîme.
Mais l'azur qui te recèle De nouveau te laisse voir, Là, comme un petit point noir, Ici, comme Une étincelle.
LÉGENDES ET VIEUX REFRAINS
Et, ta requête achevée, Tu te balances dans l'air, Puis, comme un trait, un éclair, Tu t'abats sur ta couvée.
Mais revole, vole en haut Prier Dieu qu'il fasse chaud;
Le prier qu'il nous envoie De quoi mûrir nos moissons, De quoi fleurir nos buissons ; Dans les cœurs soleil et joie.
Alouette, vole en haut Prier Dieu qu'il fasse chaud.