LE PROMENEUR
Sur un bouquet de violette Ses longs regards restaient fixés.
Pensive, elle était là seulette, Oubliant la foule indiscrète, Et laissant son âme distraite Se voiler de ses yeux baissés.
Et cependant, faut-il le dire ?
J'ai cru, moi seul, rencontrer son sourire.
Voilà ! voilà !
Pourquoi je passe et repasse par là.
Ce fut pour moi bonheur suprême !
Et, bien que j'aie été muet,
Dès lors, il me semble à moi-même
Que ma rougeur, mon trouble extrême
A mes amis disent que j'aime,
A tous vont livrer mon secret.
Mais, puisqu'on sait que je l'adore, Là-bas, je veux passer, passer encore
Voilà ! voilà !
Pourquoi je passe et repasse par là.
JEUNES FILLES
CLAÏKETTX
Clairette, vous me permettez
De vous traiter comme ma fille,
De vous dire vos vérités
Comme un vieux grondeur de famille.
Eh bien! je vous dirai d'abord Que vous êtes beaucoup trop franche Votre pensée a ce grand tort D'être toujours en robe blanche.
Pourquoi ne feignez-vous jamais ?
Est-ce le tout d'être discrète?
Mentir vous ferait peur : eh mais, Chacun ne ment-il pas, Clairette ?
On ment de la langue et des yeux.
On ment de la voix et du geste.
Le mensonge est si gracieux !
Rien de si gauche qu'un Alceste !
Composez donc votre maintien :
C'est le grand art, le don suprême.
On ment aux autres pour un rien ; En tout, on se ment à soi-même.