LINA
Au bois, en robe blanche, Qui vers elle se penche ?
Lina.
Des fleurs des monts, trophée Que sa main butina, Qui redescend coiffée.
Comme une jeune fée?
Lina.
Qui, les cheveux en onde, D'épis se couronna, Et fit dire, à la ronde :
« Blonds épis, tête blonde ? »
Lina.
Qui, tenant une pêche.
En riant la tourna, Sans nul air de pimbêche.
Vers sa joue aussi fraîche?
Lina.
Sur sa lèvre vermeille Quelle est celle qui n'a Que le miel de l'abeille.
Sans le dard qui s'éveille ?
Lina.
D'une longue tourmente Dont le flot l'entraîna,
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Qui donc, que je ne mente î Nous revient plus charmante ?
Lina.
Quelle est, et c'est tout dire, Celle dont même on a.
Sut-on mal la décrire, Encore un doux sourire?
Lina.
PORTRAITS
Son œil est doux, sensible et gai ; Sous les cils bruns il étincelle, De ce bleu des plumes du geai.
Eclair d'azur au coin de l'aile.
Ses cheveux ont le brun doré De la châtaigne ouvrant sa coque.
On voit courir leur flot moiré Sous le velours vert de sa toque.
Sa robe aussi d'un vert naissant Comme les premiers jets du saule.
Sans nul effort joue en passant Avec la taille, avec l'épaule.
PORTRAITS
Blanc sous un mince ruban noir, Elle a le cou de la colombe, D'un mouvement si doux à voir.
Soit qu'il s'élève ou qu'il retombe.
Sa joue est bien la pêche en fleur, Comme sa lèvre est la cerise. Qui n'a rougi, chaste couleur, Que du soleil et de la brise.
Ainsi modeste en son maintien.
Charmante fleur et qui s'ignore.
Elle est le jeune lis dont rien N'a fait pencher la tête encore.
Et cependant, l'air d'un oiseau Qui va, qui vient, d'une aile folle.
Vous suit de l'œil, passe un ruisseau, Boit, vous regarde, et puis s'envole.
Ses yeux d'un bleu d'iris foncé Ont le calme d'une eau sereine.
Miroir sans tache ou n'a passé Que l'ombre de leurs cils d'ébène ;
Ou bien un seul nuage encor, Quand sur son front, quand sur sa joue, Comme un voile de flamme et d'or, Sa chevelure se dénoue.
374 JEUNES FILLES
Elle a le teint d'un blanc si pur, Que, vient- elle à rougir sans cause, On se demande, on n'est pas sûr Si c'est du blanc, si c'est du rose.
Dans ses cheveux nul ornement, Aucune fleur à sa ceinture ; Elle-même est le diamant, Elle, la rose blanche et pure.
Sa robe d'un lin argenté.
Couleur de la vague marine.
Flotte avec grâce en liberté.
Gonflée un peu sur la poitrine.
Son pied touche à peine le sol.
Et d'une marche si légère Qu'on croit la voir prendre son vol, N'étant ici qu'en étrangère.
Mais ce qu'elle a surtout des cieux.
Ce qu'on dirait d'une immortelle, Ce sont ses yeux, ce sont ses yeux!... Ils font rêver... mais rêve-t-elle?
Quand on la voit sur les monts apparaître, Grande, élancée, et les yeux d'un feu clair, N'est-elle point, sans se faire connaître, Une habitante, une fille de l'air?
PORTRAITS
N'est-elle point des cimes descendue Pour se mêler à nos essaims joyeux, Puis remonter, comme elle en est venue, Dans son Olympe invisible à nos yeux?
Elle a la taille et le port d'une reine, La grâce noble et le pas mesuré.
Et dans son calme et sa hauteur sereine Je ne sais quoi de doux et d'assuré.
Lorsqu'en riant elle frappe la terre De son bâton ferré comme un épieu.
Est-ce Diane, en un val solitaire Tenant sa cour et debout au milieu ?
Non, ce n'est pas des fables de la Grèce Le songe vain, ressuscité pour nous.
Car sur les monts la belle chasseresse Ne frappe au cœur ni les cerfs ni les loups.
Mais la voilà qui, le front sans nuage, Nous dit adieu, s'éloigne et disparaît.
Comme une nymphe écartant le feuillage Et qui soudain rentre dans la forêt.
JEUNES FILLES