QUATORZE ANS
(A M"" Angèle ***.)
A quatorze ans, c'est de la vie Le frais bouton, demi fermé, Qui s'ouvre à peine, et se replie^ Et s'ouvre encor, tout parfumé.
A quatorze ans, tout se colore.
Même les pleurs, trouble incertain Ce sont les larmes de l'aurore.
Les perles roses du matin.
A quatorze ans, sur la montagne, Tout n'est qu'azur et frais gazon; On ne voit pas l'ombre qui gagne Les bords lointains de l'horizon.
A quatorze ans, du vaste monde Les mille voix chantent dans l'air ; On n'entend pas celle qui gronde Ou rit tout bas d'un rire amer.
A quatorze ans, on n'est que belle, Sans le savoir déjà trop bien :
Et cependant, dites, Angèle, A quatorze ans, n'en sait-on rien ?