‹ Œuvres choisies;Chapitre 15 sur 194 · A MADAME DE S · texte numérisé non relu

A MADAME DE S

En lui envoyant les Chansons lointaines.

Allez, Muse légère, et n'ayez point de peur! Je le sais : votre voix n'est qu'un filet à peine, Un filet d'eau qui chante au détour de la plaine, Suivant à petits pas son petit bord en fleur.

Vous n'avez ni l'éclat ni l'accent d'une reine; Le teint hâlé, pieds nus, au gré de votre humeur Vous marchez, vous rêvez et, la chose est certaine, Vous dites beaucoup trop ce qui vous pèse au cœur.

Allez pourtant! car celle à qui je vous adresse A souffert comme vous, en a mieux profité : Son sourire n'a rien d'amer en sa tristesse ;

Que d'indulgence unie à la sincérité !

Que d'âme en son esprit, de charme en sa bonté !

C'est l'aimable rayon sans aucun trait qui blesse.

' MUSETTE

Celle qui s'appelle ainsi,

Dame ni grisette.

N'est pas, même en raccourci.

Une autre Lisette; Ni la fée au bord du Rhin, Ni la Muse au fi-ont serein.

LE POÈTE ET SON ŒUVRE

Ce n'est que Musette,

Oh gai !

Ce n'est que Musette.

Elle vit pourtant, elle est :

Ou bien je délire.

Son nom même qui me plaît

N'est un nom pour rire.

Quoi qu'il n'en dise pas long, Je ne veux autre Apollon ;

J'aime mieux Musette, Oh gai !

J'aime mieux Musette.

Je l'aimai du premier jour,

A première vue.

N'étant pas homme de cour,

Elle est mal pourvue.

Mais une autre en bel arroi Serait moins belle pour moi.

J'aime mieux Musette, Oh gai !

J'aime mieux Musette. . v

Au bois elle ne va pas

En grand équipage ; Elle marche à petits pas,

Sans laquais ni page; Mais les fleurs, sur le chemin.

Sont là toutes sous sa main.

MUSETTE

J'aime mieux Musette,

Oh gai !

J'aime mieux Musette.

Elle a les cheveux bouclés

Tombant sur l'épaule, Mais non point échevelés.

Ni d'un air de saule :

Rien qu'un peu se soulevant Sur la nuque au moindre vent.

J'aime mieux Musette, Oh gai!

J'aime mieux Musette.

Ses yeux, j'en suis incertain.

Ils sont gris peut-être; Mais de ce gris du matin.

Quand le jour va naître.

Ils n'ont, d'ailleurs, grand savoir Le cœur seul fait leur pouvoir.

J'aime mieux Musette, Oh gai !

J'aime mieux Musette.

Elle n'a, pour ornement,

Sur son sein pudique Qu'une rose seulement,

Comme au temps antique; Mais son corsage est le sien, La faiseuse n'y fait rien.

LE POÈTE ET SON ŒUVRE

J'aime mieux Musette,

Oh gai !

J'aime mieux Musette.

Elle n'a, pour déjeuner.

Qu'un pain dans sa poche, Et moi, pour notre dîner.

Que maigre sacoche ; Mais aussi nous remplaçons Le dessert par des chansons.

J'aime mieux Musette, Oh gai !

J'aime mieux Musette.

Peu de monde en son sentier.

Peu de concurrence ; On n'y fait qu'à l'églantier

Belle révérence ; Très belle encore aux oiseaux... Que de gens la font aux sots !

J'aime mieux Musette, Oh gai !

J'aime mieux Musette.

Nous nous amusons d'un rien.

D'un flocon qui vole.

Nous nous entendons très bien

Sans voix ni parole.

Ah! que de muets discours!...* Ceux-là du moins semblent courts.

MUSETTE 53

J'aime mieux Musette,

Oh gai!

J'aime mieux Musette:

Elle me dicte des vers,

Me souffle une rime ; Pour qu'ils n'aillent de travers,

Avec moi s'escrime.

Au lieu de prendre mon bien, Elle me donne du sien.

J'aime mieux Musette, Oh gai!

J'aime mieux Musette.

Nous tentons même parfois

Quelque cime fière; Nous nous perdons en des bois

. Oîi meurt la lumière ; Mais au lieu de m'égarer, Elle m'aide à m'en tirer.

J'aime mieux Musette,

Oh gai !

J'aime mieux Musette.

« C'est prendre un bien grand souci

Pour petit prodige :

Laisse-moi, va-t-en d'ici ! »

Quelquefois, lui dis-je.

Elle fuit, je ne sais où.

Et j'enrage dans mon trou.

LE POÈTE ET SON ŒUVRE

J'aime mieux, Musette,

Oh gai !

J'aime mieux Musette.

C'est en vain que je vieillis

Et me fais morose ; Elle vient par le treillis.

Si ma porte est close ; Et lorsqu'ainsi je l'entends M'appeler comme au printemps,

J'aime mieux Musette, Oh gai !

J'aime mieux Musette.

Alors, nous nous racontons

Nos déconvenues.

Et de nouveau nous montons

Au pays des nues. Nos châteaux coûtent moins cher Que d'autres bien plus en l'air.

J'aime mieux Musette, Oh gai !

' J'aime mieux Musette.

Non, s'il fallait pour avoir

Place en la gazette.

Te quitter, ne plus te voir.

Ma pauvre Musette, Non, dirais-je, cent fois non !

J'aime mieux vivre sans nom,

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