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LES FLEURS DANS LES PRES

Sur le bord d'un champ mûr, par les épis cachée, Considérant le ciel, ou, la tête penchée, Assemblant des bluets qui, dans la moisson d'or, Sont comme des joyaux semés dans un trésor. Une fille est assise, et toute seule. Un frêne, En s'inclinant parfois, lui jette avec amour Le voile fugitif de son ombre sereine.

Qui tremble au souffle d'un beau jour.

Assise et toute seule. Elle est faible et malade;

Ses pas sont lents et courts : des haltes, fréquemment,

Doivent, triste repos, couper sa prom^enade,

Et d'aucun bras le sien ne s'appuie un moment. .

En tous sens la moisson disperse les familles : Le village est aux champs, époux, garçons et filles, Et les petits enfants, vol bruyant de glaneurs Qui tourne autour des moissonneurs.

Le chien lui-même, au pied d'un noyer solitaire. Non loin des travailleurs, surveille avec mystère Un grand panier couvert, leur espoir et le sien. Dépôt qui tente même un si probe gardien. Au sein d'une javelle un nouveau-né repose ; L'animal vigilant, s'accroupissant auprès, Lèche dans les épis la petite main rose Du bel enfant qui dort au frais.

Tout est vie et labeur sur la plaine brûlante. Qu'un soleil rugissant mord de ses dents de feu ; Mais la pauvre malade, avec sa main tremblante, Ne cueille que des fleurs et succombe à ce jeu. Ses doigts fiévreux et secs, sa lourde et chaude haleine Flétrissent promptement les bluets qu'avec peine Elle arrache, en faisant un effort triste et doux Pour les tresser sur ses genoux.

Dans les modestes fleurs, à leur tête, elle place Un pavot dont la flamme à l'azur s'entrelace. Et semble aussi trouver, dans cet amusement. Le langage muet d'un noir pressentiment.

« Voilà ce que j'étais ! — peut-être disait-elle : Fraîche, avec des couleurs sur la joue et les bras ; Voilà ce que j'étais : jeune, riante et belle! Et maintenant, que suis-je, hélas ! »

Ou bien, d'un plus secret tourment, peut-être encore, Avec cette couronne elle entretient son cœur : « Je l'aimais! je l'aimais! que toujours il l'ignore, Maintenant que je suis une ombre qui fait peur. Il est le pavot rouge où la vie étincelle ; Moi, je suis la fleur bleue, ou du moins je fus telle. Pâle à présent, fanée au moment de s'ouvrir, La pauvre fleur qui va mourir ! »

Soudain, par sa tristesse emportée, abattue, Comme pour se soustraire au penser qui la tue. Elle tourne la tête, et dans les blonds épis La plonge, et disparaît sous leur morne tapis. Elle y resta longtemps ; et les tiges penchées. Par ce jour calme et chaud, s'étonnèrent de voir Des gouttes humecter leurs pailles desséchées. Sans que le ciel les fît pleuvoir.

Elle demeurait là, pleurant, la pauvre fille ! Sur sa vie envolée et son bonheur perdu, Sur ses rêves éteints de mère de famille, Quand elle aurait un fils à son bras suspendu.

Qui vers son père au champ s'en irait avec elle, Sur la gerbe à son tour porterait la javelle, Et le soir, à tous deux, leur donnerait la main, En babillant par le chemin.

Un aigre sifflement interrompt sa pensée. Les frissonnants épis, sous la faux balancée. Tombent, vaste forêt abattue à grands coups. Et que le faucheur range entre ses deux genoux. Elle dressa la tête et se leva tremblante. Les moissonneurs surpris s'arrêtèrent soudain... Sinon, comme une fleur de la moisson, sanglante Ils l'eussent roulée à l'andain.

Leur salut amical fut suivi d'un langage Dur à son cœur : « Il est bien tard pour être au lit, Dirent-ils en riant : Voyons ! prenez courage ! Plus on se laisse aller et plus on s'affaiblit. » Elle, dans son dépit, prend, d'une main qui tremble, Un râteau sans emploi, le balance et rassemble Quelques épis traînards,... mais bientôt l'instrument Retombe et dort sans mouvement.

Sans rien dire elle part; et, bronchant dans le chaume, Elle atteint du noyer le frais et large dôme. Le nouveau-né jouait tout seul avec ses doigts, Ou faisait en riant un murmure de voix.

Comme il tendait les mains, en piétinant sa couche, Il fallut la couronne à ce petit boudeur, Qui lui sourit au moins; mais, pour le chien farouche. Il la reçut d'un ton grondeur.

Inquiète, la mère accourut empressée.

Se reprochant tout bas d'avoir manqué de soin. Elle n'osa d'abord déclarer sa pensée.

Mais quand, bientôt après, la malade fut loin, A l'enfant, qui pleurait, elle ôta la guirlande. Des affligés on aime à suspecter l'offrande : Et d'ailleurs c'est un mal, dit-elle en s'alarmant, Qui se ramasse promptement.

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