LE BOUT DU MONDE
— « Voilà! dit-il, c'est là, voyez! »
Et, de sa main petite et ronde,
Il me montrait, juste à nos pieds, Il me montrait le Bout du Monde.
Le Bout du Monde était un pré.
Dont je voyais baisser la pente, Baisser la pente par degré.
Avec le ruisseau qui serpente.
Il ne faisait pas grand détour.
Il n'avait rien de fort sublime :
Point de rocher, de haute tour; Point de caverne, point d'abîme :
Quelques sapins, un court gazon Où le berger, pour sa génisse, Peut faire une honnête moisson.
Pourvu que le ciel la bénisse ;
Et les prés, toujours, devant nous, Recommençant leur vague errante ; Et les bois, retraites des loups ; Et rétendue au loin mourante.
— « C'est là, me dit encor l'enfant, En secouant sa tête blonde
D'un air naïf et triomphant :
C'est là, c'est là, le Bout du Monde.