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CHANT D'APPEL A LA MONTAGNE

(A mon cher fils Edouard Bertrand. — Inédit.)

Oh! quand verrai-je ma montagne, Son alpe verte et ses grands bois, Et le torrent qui m'accompagne Et de ses flots et de sa voix?

Là-haut, là-haut, c'est le mélèze, C'est la cascade et son rocher.

C'est le cityse ayant à l'aise Tout un abîme où se pencher.

Oh ! quand verrai-je ma montagne.

Son alpe verte et ses grands bois, Et le torrent qui m'accompagne De ses détours et de sa voix?

Sa voix répond à mes pensées Qui vont fuyant avec ses flots,

MONTAGNE

Là bondissant et là bercées, Songes confus, vagues tableaux.

Oh! quand verrai-je ma montagne, Son alpe verte et ses grands bois, Et le torrent qui m'accompagne De ses détours et de sa voix ?

Je ne veux plus savoir du monde Le combat vain, mais trop réel; Je ne veux plus, ô paix profonde î Que la montagne et que le ciel.

Oh ! quand verrai-je ma montagne.

Son alpe verte et ses grands bois, Et le torrent qui m'accompagne De ses détours et de sa voix?

CONriANŒ

Petit oiseau sur la montagne.

Chantant au bleu sommet des airs, Seul et n'ayant d'autre compagne Que l'abeille des rocs amers.

Oses-tu bien risquer ton aile Où le vent s'en ferait un jeu?

— Voyageur, que la tienne est frêle Pour moi, je me confie en Dieu.

Petite fleur sur la montagne,

Si j'en crois ton ruisseau d'argent,

A bouche de neige, et qui gagne

La plaine d'un pas diligent,

Ici, l'hiver à ta corolle

Ne dit jamais un long adieu...

— Voyageur, que ta crainte est folle ! Pour moi, je me confie en Dieu.

Petit berger sur la montagne, Malgré tes airs de petit roi, La pauvreté, qui t'accompagne, Quand tu montes, monte avec toi.

— Voyageur, que le ciel t'assiste !

Il faut savoir vivre de peu.

Mon père dit : La vie est triste !

Pour moi, je me confie en Dieu.

Vous qui, pour nous, d'un pas léger.

Battez la ville et la campagne, Donnez-nous aussi, Messager, Des nouvelles de la montagne.

^ Le Messager des Alpes est un petit journal qui se publie à Aigle, dans le canton de Vaud. (Les éditeurs.)

MONTAGNE

« Messager des Alpes, » ce nom Qui nous affriande et nous gagne, Que doit-il promettre, sinon Des nouvelles de la montagne ?

Donc, quoi de neuf sur les sommets, J'entends sur ceux de la vallée, Rois et reines qui n'ont jamais Senti leur couronne ébranlée?

Trônent-ils au soleil d'hiver.

Dans un ciel pur et sans haleine, Tandis que, pareil à la mer.

Le brouillard engloutit la plaine?

A leurs pieds, avant la saison, La gentiane fleurit-elle?

Voit-on de sa blanche maison Sortir la pâle soldanelle?

Ou malgré l'auvent du rocher.

Courbant leur tête trop mutine.

Ont-elles dû se recoucher Sous un duvet de neige fine?

Leur nom jamais ne publia

Rien de fâcheux pour ces fleurs pures.

Tandis que du camélia

Nous savons trop les aventures.

Un chasseur a-t-il déterré Des marmottes ensommeillées?

J'en ai moi-même rencontré, Mais qui dormaient tout éveillées.

A-t-on vu l'aigle dans les cieux ^ Décrire un cercle redoutable?

Que d'aigles à leurs propres yeux, Mais qui n'ont rien du véritable !

Vous nous citez d'heureux filous Trop bien jouant à qui perd gagne.

J'aime autant savoir que des loups Rôdent parfois dans la montagne :

Souhaitons aux Suisses romands D'avoir enfin leur part modeste.

Sans toujours dire aux Allemands :

« Après vous, Messieurs, s'il en reste. »

Ou faut-il croire que, plus fort, Doublé de Zurich et de Berne, L'Ours, qui longtemps passa pour mort N'a que dormi dans sa caverne?

Pourquoi la sape et le niveau Sur le vieux sol aux vieilles dalles, Si c'est pour faire du nouveau A la manière des Vandales ?

MONTAGNE

Oh ! comme alors tout changera, Quand des Français sociaUstes Iront au bal de l'Opéra, Au lieu de Français royalistes !

On ne veut plus de joug, — c'est bien, De couronne, de diadème, On est libre, on est citoyen.

On reste esclave de soi-même.

Laissez donc là, sur les débris Entre lesquels le monde oscille.

Le cratère en feu de Paris, Le cratère éteint du Concile.

Dites-nous plutôt les secrets, Ou de bonheur ou de misère.

Dont l'écho va des Diablerets A la pointe de Chamosaire.

Au lieu de tribuns dont la voix Est seule à prêcher leurs maximes.

Montrez-nous plutôt les chamois Siégeant en conseil sur les cimes.

Leur tribune est, en vérité.

Avec ses degrés sur l'arête, La plus haute oii l'on soit monté.

Mais ils n'en perdent pas la tête.

Ils ont aussi des orateurs Que l'intérêt public embrase, Et qui ne sont jamais rhéteurs, Ne sachant faire un bout de phrase.

Un jour, ils allaient décider

•Que les droits du chamois, en somme,

Sur le roc peuvent se fonder

Encor mieux que les droits de l'homme.

Quand tout à coup leur président, Vieux chef à la corne éprouvée, Hume l'air, pousse un cri strident...

D'un bond la séance est levée.

Et, comme eux, je la lève aussi, Sans plus long discours, ni réplique ; Que d'autres, en faisant ainsi, Serviraient mieux la république !

Je conclus : mon amendement Ne veut point châteaux en Espagne ; Il vous demande seulement Des nouvelles de la montagne.

Paris, février 1870.

jP. 5. Un messager, pressant le pas.

Donne et reçoit maint coup de coude ; Au mien ne vous arrêtez pas ; Bon messager jamais ne boude.

J. OLIVIER, II. 2î)

450 MONTAGNE

Sous son bonnet de hérisson, On voit sourire la châtagne; Même en riant à sa façon, Racontez-nous de la montagne.

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